Bavure technologique…
Mais comment faire autrement ????

En venant de l’Est, Puerto La Cruz fait l’effet d’une bavure technologique dans le paysage. En effet, pendant de nombreux milles, seules des collines désertes et sauvages font partie du paysage. Puis, dans la brume de chaleur, apparaissent au loin les silhouette de cargos, un, puis deux, puis trois… des dizaines de cargos sont en attente au large des îles de Chimana et de Borracha. Puis, sur le littorale les usines pétrochimiques font leur apparition. Lentement, la région est en train de supplanter la renommée de Maracaïbo en matière de ressources pétrolières. En effet, les rives de l’Orénoque, dont les réserves de pétrole lourd sont estimées à 600 milliards de barils, ne sont qu’à quelques kilomètres de la célèbre station balnéaire. Dans un pays considéré comme le 4ième exportateur mondial d’or noir, Puerto La Cruz est devenu l’un des ports de transit importants des matières pétrochimiques.

Comme la plupart des grandes villes de ce pays, l’urbanisme a poussé vers le ciel. Les gratte-ciel sont posés par maladresse, sans aucun souci esthétique tout au long de la ville. Ils logent la population vénézuélienne qui, avec l’aire du pétro-bolivar, a préféré affluer vers les villes et délaisser les campagnes. Ainsi 83% de la population du pays est citadine.

Pour rétablir l’équilibre, les autorités locales ont été obligées de créer des plans de réaménagement de la province. Car cette migration eut pour effet de voir la population préférer les métiers de l’industrie du pétrole à ceux des champs. Pendant de nombreuses années, le Venezuela s’est vu obligé d’exporter son pétrole contre des produits de base. Aujourd’hui, les choses changent, et le pays vise l’autosuffisance, d’un point de vue alimentaire. La nature l’a doté de tout ce qu’il faut pour le faire…

Toutes les grandes villes de ce pays ont subi le même sort, poussant plus vite que des champignons dans un imbroglio de buildings. Aujourd’hui, toute cette population n’a pu être engagée dans les usines pétrochimiques, et donc, les laisser-pour-compte sont nombreux, et viennent grossir le rang de cette délinquance qui sclérose la banlieue des villes vénézuéliennes. Ceci dit, le Venezuela n’est pas le seul pays à pâtir des affres d’une économie de marché, y a-t-il un seul pays au monde qui peut se targuer de ne pas avoir de banlieue difficile ?

A l’ouest de la mégapole, une ville nautique s’est édifiée…

Au départ, la mangrove formait des méandres qui constituaient de merveilleux abris anti-cycloniques naturels. Avec le temps, la mangrove a reculé jusqu’à disparaître sous l’impulsion investigatrice de l’homme. Aujourd’hui, cela se présente comme une lagune ramifiée ou l’on trouve à l’entrée plusieurs marinas. Entendez par marina des quais sommaires, bâtis le long de l’ancienne mangrove, à la place des palétuviers. Ces quais sont protégés des habitations (à moins que ce soit le contraire ?) par de hautes barrières métalliques et électrifiées. En s’enfonçant dans la lagune, l’on trouve des habitations d’un type hispano-créole au bord de l’eau. Cette lagune se donne alors des airs de Port Grimaud. Un vrai cliché !

Une place de port au bout d’un jardin qui borde une maison aux couleurs pastel, un balcon de bois, sous lequel on espère un guitariste qui joue la sérénade à sa belle… Cette scène se répète inlassablement sur plusieurs milles. Heu… pas la sérénade… mais les maisons proprettes et colorées aux balcons de bois !!!

Au cœur de cette cité lacustre, un hôtel cinq étoiles trône majestueusement sur un demi-cercle corallien. Une piscine se remplit des jets harmonieux de cascades et de fontaines, un jardin tropical retient les hôtes du palace dans l’enceinte sécurisée. Seul un cormoran et un pélican solitaires paraissent admis dans ces lieux. Il y fait calme, comme si personne n’osait s’y faire remarquer.

Au-delà de cette limite, les plaisanciers américains ont élu domicile dans l’une des plus belles marinas aménagées dans ces lieux. Ils se la réservent. Et voient d’un mauvais œil tout bateau qui vient simplement au mouillage devant l’hôtel…

Ambiance bizarre sous haute protection. Endroit à l’écart du vrai monde vénézuélien, où les étrangers viennent se protéger de l’insécurité.

Etrange…

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