Village en développement touristique et mangrove en quête de conservation
Bienvenue au pays des pélicans et des lanchas !

Venant de la mer des Caraïbes, l’on pénètre dans Mochima par un étroit couloir creusé au sein de la Cordillère Caraïbe. Des mangroves immenses s’insinuent dans les montagnes et forment des fjords verdoyants. Le regard est captivé par le spectacle grandiose d’un océan de verdure, où les montagnes ont tracé pour l’éternité les crêtes d’une tempête figée. Chaque cap cache une mangrove profonde qui peut accueillir des centaines de bateaux. Pourtant, dans ce dédale de baies, il est rare de croiser un bateau à l’ancre.

L’endroit a mauvaise presse… Encore… hé, oui, c’est une manie chez les navigateurs non habitués au Venezuela… Vous l’apprendrez, tout comme nous, en y venant. Et peut-être que vous aussi, vous serez conquis…

Nous retrouvons, quand même, une dizaine de bateaux devant le village, tout au fond du fjord. Un américain nous demandera de prendre de nos aises et de ne pas serrer les autres bateaux comme des sardines en marina… Hum, nous étions à plus de 100 mètres de lui ! Mais il est vrai que l’espace est si grand qu’un bateau paraît toujours mal venu lorsqu’il vient planter l’ancre dans la piscine qu’on croyait sienne et exclusive !

Ce mouillage est fermé au Nord par un « parterre » de palétuviers où les pélicans viennent se reposer de leur longue journée de pêche. Ce sont des animaux placides qui analysent le danger éventuel d’une annexe qui les approche plutôt que de s’envoler à tire d’aile dès la première incursion dans leur habitat naturel. A l’Est, une petite plage se « cocoone » au creux de la mangrove, au pied d’une haute colline. Un hôtel-restaurant fermé est joliment aménagé. Dans les contreforts des montagnes environnantes des centaines de perroquets viennent dormir. Ainsi, le soir et le matin, nous les voyons défiler en couple qui piaillent au-dessus du mât.

Mochima est classé Réserve nationale naturelle. Il est permis d’y mouiller, mais les règlements restent flous et leur application est à la merci de la bonne volonté des villageois. Selon les saisons, les envies, les garde-côte viennent prélever une taxette de séjour, ils vous demanderont parfois de partir ailleurs au bout de trois jours. A d’autres moments, ils vous laisseront là plus d’un mois sans rien vous dire…

Au Sud-Est, un village est en train de prendre l’essor d’une cité balnéaire à la mode. Du moins pendant la période de vacances au Venezuela, c’est-à-dire le mois d’août, car à d’autres moments de l’année l’endroit paraît plus calme.

Quelques maisons neuves aux peintures encore fraîches viennent égailler les anciens cabanons. Des petits restaurants voient le jour. Des marchandes de rue proposent des bijoux, des gâteaux et toute spécialité locale. Ce village n’est pas grand, deux rues composent les seuls axes de circulation existant, quelques aménagements sont encore possibles, mais s’il veut s’étendre encore, le village va devoir attaquer les versants abrupts de la montagne.

Au centre du village, un menuisier construit des bateaux locaux, ce sont des lanchas. Ce travail est proche du grand art. Nous nous régalons à le voir ajuster les varangues. Chaque pièce de bois prend la cambrure voulue pour dessiner plus tard une barque aux courbes harmonieuses.

Vers la place principale, une berge sommairement aménagée abrite des dizaines de lanchas qui attendent le client. Les touristes sont pour la plupart vénézuéliens. Ils débarquent par flots successifs de bus locaux qui cheminent la montagne depuis Mochima. Ils arrivent avec toute l’exubérance des peuples sud-américains. Les filles belles et sans complexe alpaguent sans gène de beaux garçons ténébreux. Une liesse et une bonne humeur perpétuelle animent ce village dès les aurores. Les lanchas emmènent ces fournées de bons vivants vers la plage qui est à l’entrée du fjord de Mochima. Ainsi le mouillage est sillonné de barque, engendrant un bourdonnement de moteur hors-bord à longueur de journée…

Il faut aimer… ou être connaisseur !!!

Une balade en bus vers CUMANA

Pour nous échapper de ce brouhaha perpétuel, qui perturbe l’équipage mais pas la quiétude des pélicans, nous nous rendons à Cumana par le bus local. Il ne faut pas s’en priver, pour 1350 bolivars c’est-à-dire 60 centimes d’euros, vous vous promenez « local » dans les montagnes de la cordillère Caraïbe pendant une heure trente. Puis vous descendez au cœur de la ville de Cumana.

Dépaysant ! Enrichissant !

Bien évidemment nous ne portons sur nous que notre sourire et notre envie de découverte ! Pas d’appareil photo, ni de sac, ni d’argent… Nos yeux pour regarder. A Cumana, les maisons basses agencées autour de rues qui se coupent à angle droit semblent la règle d’urbanisme. Pas de gratte-ciel ou très peu… Nous plongeons au cœur même du Venezuela, le vrai ! Au centre de la ville nous nous baladons dans la rue commerçante. Les rues sont bondées et trépidantes. Des vendeurs de cd animent l’espace sonore de décibels à la sauce salsa… Un petit super marché, de nombreuses boutiques de rue et un cyber high-tech ! Nous sommes abasourdis. Le marché de la communication est florissant. Nous trouvons un immeuble de deux étages divisé en multiples alvéoles où nous pouvons, soit téléphoner en toute confidentialité, soit surfer sur le net, sur un poste aménagé comme un petit bureau personnel. Une technologie de haut niveau rarement égalée depuis notre départ des côtes de France… Nous en profitons pour donner des nouvelles à la famille ! Faire une heure et demi de bus aller, mais également retour, pour dire bonjour à la mamimounette, c’est du luxe !!! Drôlement agréable…

Au-delà de la rue commerçante, un marché communal semi-couvert déborde d’énergie. Les étales débordent de fruits, de poissons séchés, de viandes et de tout ce que vous n’espériez pas trouver dans un marché ! Une foule dense et active parcourt le marché. Les livreurs munis d’une brouette comme d’un bouclier, foncent dans le tas en prévenant les badauds d’un sifflement aigu. Mieux vaut dégager rapidement, les « brouetteurs » semblent des véhicules prioritaires dans cette zone commerçante.

Très dépaysant !!

En quittant le marché, et, afin de nous rendre à l’arrêt de bus principal, il nous faut prendre le taxi, car il n’est pas recommandé aux étrangers de se balader dans certaines rues de la ville. La balade s’achève donc, dans une vieille voiture américaine. Elle couine et craque de partout, mais elle avance, c’est ce qu’on lui demande ! Les voitures à haute consommation énergétique sont légion dans ce pays où le prix de l’essence défie toute concurrence. Jamais aucun pouvoir politique n’a osé touché au prix de l’essence au Venezuela, cela provoquerait une révolution !

Nous rentrons donc à Mochima par le bus collectif. C’est vraiment un voyage plaisant. Nous nous mêlons à la population locale, qui n’a aucun apriorisme vis-à-vis de l’étranger. C’est fort agréable. A bord du véhicule, le chauffeur est aidé d’un jeune homme qui récolte le prix du transport. Bien souvent, le bus est tellement bondé qu’il passe son temps à-demi dehors en porte à faux, accroché à la porte ! Je pense qu’il n’y a pas de charge maximale définie pour les bus collectifs ! Tant qu’il en rentre, tout le monde est accepté ! Ceci implique une compétence particulière dans le domaine de l’équilibre pour les voyageurs, je l’admets !

Après cette balade, nous paressons sur les quais du village de pêcheur. Mochima est un village typique vénézuélien. Une « posada » (auberge) nous tend les bras. Nous en sortirons repus. La maîtresse de maison nous a servi des poissons, des crustacés et des légumes divers à la plancha. Impossible de finir ce plat sans exploser. C’est délicieux !

Repus, nous rentrons au bateau, où le calme est enfin revenu. Car en dehors des vacances, Mochima retrouve la quiétude d’une réserve naturelle où seuls les perroquets font du tintamarre…

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