Proche de l’île Paradis…

A quelques 90 milles de Grenade, un premier archipel nous accueille. La navigation entre Grenade et Les Testigos est facilitée par un fort courant de Sud Ouest qui nous entraîne rapidement vers les terres les plus boréales du Venezuela. Attention à ne pas se laisser piéger par ce courant. En effet, souvent l’on calcule l’heure de départ depuis Grenade en fonction d’une heure d’arrivée diurne sur l’archipel. Si vous ne tenez pas compte de cette propulsion positive, vous arriverez forcément avant le lever du jour…

Les Testigos sont des petites îles plantées à la lisière des eaux territoriales, un peu comme des postes frontières désaffectés. Cinq îlots nommés composent Los Testigos. En général, les noms ne sont pas issus d’une imagination débordante, donc nous trouvons au Nord de l’archipel Testigo Grande, au Sud, Isla Iguana Grande et Isla Cabra. Nous mentionnerons Isla Calentador vaste caillou, terre d’élection des pélicans, et Isla Morro Blanco.

Nous avons planté l’ancre devant ce qu’ils nomment Puerto Real, sur Testigo Pequeño. Qui n’est, en réalité, qu’une longue bande de sable de la consistance de la farine, qui se présente tel un isthme entre le courant caraïbe et le mouillage. Ce mouillage est un bon abri en temps normal. Par contre, il est arrivé que la houle cyclonique d’ouragans qui sévissaient plus au Nord, passe par-dessus la langue de sable et rende le mouillage dangereux.

Sur la plage vous croiserez certainement Chonchon, c’est la figure emblématique des Testigos. Ce vieux ranchero aux allures encore altières bénéficie d’une notoriété qui dépasse de loin son île. Lorsque les anciens vous parlent du Venez de ce qu’il faut faire et ne pas faire, ils vous diront… Va voir Chonchon, s’il t’a à la bonne, après tu peux rester aux Testigos… Nous, on nous avait dit de lui amener du « Pastaga ». N’en buvant pas, nous nous étions procuré une bouteille du breuvage anisé avant de quitter les îles françaises. Lorsque nous sommes allés le voir, il ne demandait rien du tout ce brave, homme. Il vit paisiblement sur sa plage, fait ses tours en mer et n’exige rien. Il voit passer du monde et le laisse passer.

Il est sympa ce gars, il a l’œil espiègle et vous laisse venir à lui… Il vous laisse vous dépatouiller dans un espagnol démuni, à la limite de l’anorexie… Néanmoins, comme vous lui paraissez sympa et que de toute manière vous êtes planté là, il vous dira dans un français très correct pointé d’un accent qui ne demandait rien à personne que pour soigner ses articulations, le vin rouge lui était conseillé, et puis les batteries de sa lampe montraient des faiblesses… Tout cela est fort simple, en échange de vos bons offices, il vous ramènera peut-être un superbe poisson qu’il était allé pêcher tout spécialement. Il vous dira à cette occasion, qu’il faut vous balader sur l’île, il y a des choses à voir, comme ces dunes immenses sur la partie sud-est de Grande Testigos. Des tortues viennent y pondre.

Les Testigos représentent une escale très agréable. Non loin du mouillage de P Real, il y a un premier village où quelques pêcheurs vivent dans des maisons bricolées ou en attente de quelques réparations. L’abri de Chonchon est plus que précaire. Pourtant, nous ne rencontrons aux Testigos aucune animosité. … Cet archipel ne compte que quelques baraques, quelques familles qui vivent simplement de la pêche, un poste de gardes côte existe aussi… Ils assurent une présence qui est proche du symbole. Ils ne sont pas très virulents, et pourtant, la plupart des bateaux en escale ne sont pas en règle puisque le premier poste de clearance se trouve à Margarita. Cependant, il faut veiller à garder une attitude respectueuse envers les habitants et la nature. Il n’y a rien ici pour recycler les déchets, rien qui permette aux habitants de lutter contre la pollution qui serait dramatique pour leur écosystème. Alors, abordez cet archipel comme si vous rentriez dans un lieu de culte. Et cela permettra aux plaisanciers de garder avec les années de bons contacts avec la population.

Il faut aborder l’archipel dans une attitude de totale autonomie. Pas de quoi faire l’approvisionnement, de plus la pêche est réservée aux seuls habitants de l’île. Adressez-vous à eux, ils vous fourniront du poisson à un prix défiant toute concurrence ou contre échange de denrées qui leur sont nécessaires.

Vous me direz, mais que faire, il n’y a rien ici ?
Et bien vous êtes ici au pays des couleurs étincelantes, dans la patrie des pélicans, des frégates et des fous bruns. Ici, vous pourrez pendant des heures regarder la couleur de l’eau. Elle est d’une générosité pure, et les amateurs de nuances pourront débattre à l’envi sur la tonalité de cette émeraude qui se marie avec le turquoise et se fond dans l’écume étincelante qui pourlèche la plage immaculée… SI en outre ce nuancier, se trouve en présence d’un daltonien, vous passerez ainsi de nombreuses heures à enseigner les « couleurs lagons ». Car comment mieux définir la couleur de l’eau qui est ici un réel ravissement ?

Lorsque ébloui par tant d’éclats chromatiques, vous désirerez changer d’activité, prenez l’annexe et partez vers la plage. Vous vous munirez de bonnes chaussures et partirez par le chemin de chèvres au-delà de la colline qui domine la partie Nord de l’île. Vous découvrirez des paysages qui se renouvellent à chaque pas. Une vue magnifique sur votre bateau qui tire gentiment sur son mouillage au milieu d’une eau translucide, les falaises de la plus grande colline de Testigo Grande qui gravite à 250 mètres s’élancent dans un plongeon de verdure vers la caraïbe d’un bleu profond. Des rouleaux d’écumes s’abattent avec fracas sur le rivage. Les mouettes tentent d’y pêcher quelques poissons assommés. Plus loin, des lézards d’un vert jaunâtre fuiront devant vos pieds. Sur les falaises, des fous chérissent leur progéniture au beau milieu d’un troupeau de chèvres. Les frégates trônent en permanence dans le ciel. Et vous feront penser au célèbre film d’Hitchcock.

Au retour vous passerez par une petite cocoteraie, dans le sable vous surprendrez quelques crabes qui se replient dans leurs trous… Puis, curieux, ils reviendront vous observer.

Plus tard, vous irez faire vos salutations à la faune aquatique. En pratiquant, ce que de ce côté de l’Atlantique on nomme le snorkeling. Vous vous retrouverez nez à nez avec un poisson fort sympathique, ses gros yeux vous observe dans les moindres détails car il est curieux, ses lèvres pulpeuses semblent vous envoyer des bisous sexy… Il est adorable ce diodon ! En apnée vous rencontrerez ces charmantes brésiliennes. Ne rêvez pas, messieurs, ce ne sont que de petites langoustes tachetées ! Un poisson ange rêvasse au bord d’une grosse tête de corail… Vous passerez des heures à barboter en présence des poissons sous le regard dubitatif des fous et de pélicans qui du haut de leur rocher semble vous regarder comme si vous étiez des réels extraterrestres. Ils doivent penser que nous nous y prenons bien mal… et puis que viennent faire ces bipèdes mal adaptés dans notre garde manger ? Après tout, ils sont chez eux !

Seule une dépression tropicale mal embouchée ou la famine pour cause de provisions en berne vous chasseront de cet archipel.
Mais attendez ! Vous ne pensez donc qu’à manger ?
Et les tortues des grandes dunes ? Vous ne les avez pas vues…
Il faut, sans doute, en laisser pour la prochaine fois…

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