Margarita, une perle au double visage

Porlamar l'arbre qui cache la forêt

En venant des Testigos, pas le choix, le premier mouillage où l'on se présente sur Margarita est Porlamar.

Porlamar est la capitale économique de Margarita. Elle est l'une des premières villes fondées par les conquistadores sur le territoire vénézuélien en 1536. La première ville étant Nueva Cadix fondée sur l'île de Cubagua. Celle-ci fut engloutie par un ras-de-marée une nuit de Noël. A l'époque, Porlamar portait le nom de Pueblo de la Mar. Lorsqu'on arrive à Porlamar au vingt-et-unième siècle il saute aux yeux que l'atmosphère de "pueblo" a totalement disparu. C'est ici que se concentre la plus grande partie de la population de Margarita qui compte 370 000 habitants et plus de 100 000 touristes pendant la saison estivale.

Porlamar est en réalité une ville hideuse, faite de buildings disparates et d'hôtels gratte-ciel abandonnés par les promoteurs effrayés par les effets de la délinquance. Pour les Vénézuéliens elle est le point de départ de leurs vacances qu'ils aiment passer sur l'île de Margarita. Ici, les estivants font leur marché hors taxe dans les grands centres commerciaux climatisés ou dans les rues piétonnes autour de la Place Bolivar. Ensuite, ils vont s'amuser dans l'un des parcs d'attraction ou sur l'une des 52 plages de l'île.

Pour les marins cette escale se révèle essentiellement administrative et alimentaire.

A Porlamar, Juan est le Grand Organisateur des plaisanciers peu rassurés. Il organise des ramassages de plaisanciers, grâce à un ballet de bus qui sert de cordon ombilical entre le mouillage et les centres commerciaux. Juan prend sa commission au passage, ce n'est pas un service social ! Il est bien organisé ce Juan, il parle le français, l'anglais, l'espagnol (évidemment) je ne suis pas certaine, mais je pense qu'il se débrouille aussi en Allemand. A côté de son officine, il y a un petit «bodegon» où l'on peut prendre un rafraîchissement en attendant le car. Et puis au retour on repassera par son bureau, pour faire un tour sur internet. Pendant que vous surfez sur le net, les victuailles vous seront livrées par les bons soins de l'équipe Juan. A ce rythme la bourse nautique se dessèche rapidement.

Le mouillage de Porlamar est vaste et peut contenir autant de bateaux qu'il en vient. Il faut y observer des règles simples de sécurité : l'annexe doit être remontée tous les soirs, comme partout au Venezuela, une annexe à l'eau est une annexe "cadeau"! Fermez votre bateau, et tous les hublots dès que vous le quittez. Un catamaran avait laissé son hublot sous la coque ouvert, "l'équipe de nettoyage"est passée emportant le superflu : appareils photos, caméra, argent.

Il faut également se tenir au courant de la météo. Margarita n'est pas complètement à l'écart des trajectoires des cyclones. S'il est rare cependant de subir un cyclone à Margarita, les répercutions de la houle causée par un ouragan, qui empruntent la route des Antilles, le sont moins. Ainsi, la houle générée par Ivan a provoqué plusieurs naufrage dans Porlamar en 2004. Si un phénomène cyclonique est annoncé sur les "windwards"il vaut mieux migrer vers Mochima ou vers Laguna Grande. Enfin, certains jours, sans crier gare, un vent de Sud-Ouest se lève semant la pagaille dans tout le mouillage.

 

A la recherche de l'authenticité de Margarita

De notre premier passage, en 2005, à Margarita nous avions gardé la double image peu élogieuse d'un panorama bétonné de Porlamar et de la rencontre fracassante avec les pirates de Robledal. Nous ne nous avouons pas vaincus nous refaisons une visite en 2006. Cette fois, nous voulons partir à la découverte de cette île. Cathy une jeune Vénézuélienne de Cumana, avec laquelle nous avons sympathisé, était si triste de constater l'image déplorable que nous avions de Margarita qu'elle nous a convaincu d'y retourner pour y découvrir, cette fois, les vrais trésors de l'île de ses vacances. Après tout, l'île a pour surnom "La Perle".

Voyons, voyons où se cachent ses trésors?

Pour nous aider dans notre quête d'authenticité nous faisons appel à un jeune Margariteñio. Il se propose en tant que guide. Outre sa langue maternelle il parle l'anglais. Une journée linguistique en perspective pour nos pauvres neurones. Attention ne dites pas à ce jeune homme qu'il parle l'espagnol... Non, non! Il parle le margariteñio. C'est un langage un peu différent de celui qui est parlé sur le continent et qui, s'il s'apparente à l'espagnol, est parlé si rapidement que des débutants en espagnol n'y comprendront pas grand chose. Vous l'avez compris les habitants de Margarita se sentent avant tout Margaritains! Ensuite, ils consentiront peut-être à dire que Margarita est une île, la plus grande île du Vénézuela! Là encore, pas de bévue, ils ne sont pas Espagnols! Comme partout sur cette planète, les particularismes et les identités se révèlent passionnants lorsqu'ils sont ressentis avec la fougue et la verve de tempéraments au sang chaud!

Rien que pour vos perles...

Les insulaires préservent ce qui reste de la culture de leur île. Ils sont fiers de son histoire. Ils colorent leur discours de petites notes romantiques. Ils tiennent toujours à expliquer qu'avant l'arrivée des conquistadores cette île était peuplée d'Indiens fiers et courageux : les Guaiqueris ou Waikeris. A les entendre les Margariteñios se sentent plus proches des Guaiqueris que des conquistadores. D'ailleurs notre guide nous emmène en tout premier lieu dans un hôtel. Non pour lui-même, mais pour son architecture. Les toits de la réception ont été réalisé par des Indiens de l'Orénoque dans la plus pure tradition ancestrale. Travail de patience et de minutie pour une oeuvre magistrale!

Pour les Guaiqueris Margarita s'appelait Paraguachoa. Ce qui signifie poissonneux. Les eaux vénézuéliennes sont encore aujourd'hui très poissonneuses. Les indiens Guaiqueris récoltaient également les huîtres perlières. On peut penser que jusqu'au 15 août 1498, l'île était un réel paradis pour les Indiens.

 

Christophe, conquistadores, pirates et corsaires

Cette année là, Christophe Colomb entame son troisième voyage. Il passe par Paraguachoa qu'il nomme Margarita... En mars 1525, l'île est cédée par une capitulation de l'empereur Charles Quint à Marcelo de Villalobos. Très vite les conquistadores voient en l'île une manne inépuisable de perles. Les Indiens, qui avaient accueillis les nouveaux venus fraternellement, deviennent les esclaves des nouveaux venus. Les Indiens sont envoyés à la récolte de l'huître perlière. Ils doivent plonger par tout temps et au risque d'être la cible des requins. Les conquistadores exportent, en ce temps là, entre 200 et 300 kilos de perles par mois. A ce rythme là, les ressources s'épuisent rapidement et il faut pêcher toujours plus profond afin de contenter les maîtres espagnols. Ce travail fastidieux et dangereux décima la population de Guaiqueris.

Le commerce de perles attira de nombreuses convoitises. Dont celle des pirates et des corsaires qui assiégèrent l'île à plusieurs reprises. On a compté quatorze assauts entre 1665 et 1695. L'île n'eut pas le choix et dû se protéger. Sept forteresses furent érigées pour parer l'entrée des assaillants. Il reste de cette époque des vestiges de fortification dont deux fortins en bon état : le Castillo de San Carlos de Borromeo à Pampatar et le Castillo de Santa Rosa, à la Asunción.

Hymne sanglant à la liberté

En 1810, le joug espagnol pesait vraiment trop lourd sur l'âme margaritaine. Elle se rallie alors au groupe indépendantiste initié dans la province de Caracas par un certain Bolivar. Mais le divorce entre les Vénézuéliens et l'Espagne ne sera pas consenti à l'amiable. Il faudra livrer bataille contre le pouvoir en place. Pour obtenir la liberté le sang coulera! Le chef de fil des héros de l'indépendance est bien évidemment El Libertador señior Bolivar en personne. Il vient sur l'île en 1816 pour y préparer sa deuxième et décisive campagne militaire contre l'empire espagnol. A Margarita deux autres personnages tiennent également le haut de l'affiche. Le fidèle général Santiago Mariñio et la Jeanne d'Arc de Margarita : la señiora Luisa Caceres de Arismendi. Aujourd'hui encore le souvenir de ces trois personnages reste vif dans la mémoire de Margarita. Pas un musée, pas une place de centre ville, pas un hôtel de ville sans y trouver l'effigie des trois héros.

Le Venezuela obtient son indépendance en 1823. Margarita gagna pour la bravoure et la fidélité sans faille de ses habitants une étoile qu'elle affiche pour la pérennité au milieu des 6 autres étoiles du drapeau vénézuélien. Margarita devint un état à part entière nommé Nueva Esparta. Cette nomination fait référence à Spartacus, chef des esclaves révoltés contre Rome. Il mena le plus grand soulèvement d'esclaves de l'Antiquité et tint en échec l'armée romaine pendant deux ans. Plus illustre comparaison eut été impossible...

De villes en villes. De plages et plages...

Pampatar

A quelques kilomètres au Nord de Porlamar nous découvrons Pampatar, l'une des plus vieilles villes de l'île puisque fondée en 1535. Elle portait alors le nom de Puerto Real de Mampatare. Ce nom signifie « Pueblo del Sal ». Jadis, il était le plus grand port de l'île. Idéalement placée à l'abri des vents dominants, la baie dont la profondeur est importante pouvait accueillir les grands voiliers venus d'Espagne.

Nous gardions de cet endroit une vue erronée. En effet, nous ne connaissions de cette ville que Sambil, LE centre commercial de Margarita. Il est vrai qu'il est impressionnant de luxe et de confort. Aujourd'hui, nous nous laissons guider par Herman notre accompagnateur. Il nous mène au centre historique de Pampatar.

A vrai dire le coeur de cette petite bourgade est très agréable. En bordure de mer, El Castillo de San Carlos de Borromeo regarde la mer. Il fut érigé entre 1664 et 1684. Sa base résume les préceptes de Vauban. Elle dessine une étoile entourée de douves restées vides par une erreur de l'architecte... Nobody is perfect... Son pont-levis a été conservé. Du haut des échauguettes, nous profitons d'une vue plongeante sur la petite baie de Pampatar. Des Lanchas ondulent lascivement au rythme de la houle. Des peñeros attendent les pêcheurs pour partir à la conquête des vagues de la Caraïbe. Ils y pêchent leur subsistance par tout temps. Des cocotiers ombragent de leurs palmes frémissantes un croissant de plage doré.

Il suffit de tourner le dos à la mer pour se retrouver sur la place à l'ombre d'arbres feuillus, la statue de Simon Bolivar impose le respect. Non loin, l'Eglise del Cristo del Buen Viaje ( le Christ du bon voyage) abrite l'une des nombreuses légendes de l'île. Le Christ de cette Eglise était paraît-il voué à poursuivre son voyage sur l'un de ces grands voiliers qui faisaient escale à Pampatar. Mais une tempête fit chasser l'ancre du voilier de telle sorte que le navire manqua d'eau pour repartir. Le Christ fut débarqué et le voilier releva singulièrement sa ligne de flottaison. Il put refaire route vers ces pays lointains qui attendent toujours le Christ qui visiblement a choisi la belle ville de Pampatar pour séjourner à long terme.

En sortant de l'Eglise de l'autre côté de la place Bolivar, l'hôtel de ville affiche des formes pompeuses et des couleurs pastel. Il complète l'image romantique de ce petit coeur de ville. La maison de la culture accueille une exposition de tableaux réalisés par les jeunes artistes de l'île. Il y a là des petites merveilles. De toile en toile une ambiance s'échappe. Chacune d'elles traduit l'attachement à l'histoire et aux valeurs de l'île. Ici, une case typique qui existent encore dans les hauteurs de Margarita. Les montagnes de Margarita ont conservé une forêt tropicale intacte. Là, un Indien de l'Orénoque. Ailleurs, des pêcheurs, leur lancha. Plus loin, une représentation de Bolivar à cheval. Comme un écho la belle Luisa suppliciée reflète l'image même de sa fidélité. Toute la tradition de l'île est réunie dans cette exposition, c'est très émouvant.

Sortis de la maison de l'Art, nous retrouvons Margarita grandeur nature. Nous rencontrons une jeune femme qui expose les travaux de ses élèves. Elle a créé une association pour les enfants sourds et muets. Elle leur apprend à peindre sur le bois. Ici l'art naïf égaye les murs et des tables dressées pour l'exposition de vaisselles, de plateaux en bois peint. Les couleurs vivent expriment l'exubérance ensoleillée de cette île. Je serais tentée d'acheter l'une des réalisation. Elle me parle, jaune et bleue comme le bateau. Regard en biais sur le Capitaine. Il soupèse l'objet, son arcade sourcilière se cintre. Son regard en dit long. Il ne veut pas que ce plateau vienne surcharger le lest du bateau! Bof, au point où on en est... Hum, il ne cédera pas. Après tout c'est lui le capitaine. A défaut je le garderai en photo...

Monpatar

Après Pampatar, Herman nous emmène dans les hauteurs de l'extrême pointe Est de Margarita nommée la Pointe de la baleine. Là, un phare est en construction. Les techniques les plus traditionnelles sont utilisées pour finaliser l'édifice. Il était temps de l'ériger! Au moment où en France tous les phares s'automatisent et à l'heure de la navigation par GPS, Margarita offre enfin aux marins la possibilité de se repérer visuellement lors des approches de nuit sur Margarita. La décision me semble quelque peu anachronique... Aux pieds du phare, une construction qui n'a pas encore trouvé sa vocation : bâtiment officiel ou résidentiel???

Sous la colline du phare, un grand spectacle! Les salines de Margarita. Pendant longtemps avec les perles, le sel était l'or de l'île. En fait, on retrouve dans le mot espagnol "sal" la racine du mot "salario" c'est-à-dire le salaire. Aujourd'hui, les ressources principales de Margarita sont la pêche, les huîtres perlières qui se font rares, le sel dans une moindre mesure, et surtout le tourisme. Margarita est la première destination touristique du Venezuela. C'est leur Côte d'Azur, leur Riviera del Sol.

El Valle del Espiritu Santo

Au Nord de Porlamar se situe la capitale religieuse de Margarita. La petite ville est entièrement organisée autour de l'Eglise Del Valle. Elle est tout bonnement étincelante; Ce sanctuaire est aux yeux des Margariteñios primordial. Toute la ville et les alentours de l'Eglise sont imprégnés d'une odeur de piété. C'est ici que la Vierge de La Vallée est apparue pour le première fois.

Miracles, légendes et prodiges

En 1608, l'île souffrit d'une sécheresse intense. La famine s'installait inéluctablement. Un jour, les habitants se réunirent. Tous ensemble, ils entamèrent une pérégrination en l'honneur de la vierge à travers l'île. A la suite de la procession la vierge apparut sur les hauteur de El Valle. Puis, le ciel se chargea, il plut tant que tous les problèmes liés à la sécheresse furent résolus.

Depuis, la Vierge de la Vallée est la patronne des Etats de l'Est du Venezuela. Elle protège également les marins et les pêcheurs. Elle est le symbole de la protection contre les pirates. Mais elle illustre aussi la fin des violences entre Indiens et conquistadores. On ne compte plus les interventions miraculeuses de la Vierge de la Vallée : enfants sauvés, pêcheurs secourus d'un naufrage... Un magnifique vitrail illustre l'un de ces miracles, le plus réputés d'entre eux : El Milagro de la Perla. Celui-ci a inspiré de nombreux contes et poèmes qui se récitent encore aujourd'hui dans les écoles.

Partout dans le pays on retrouve des statues à son effigie. Ce culte est le plus ancien et le plus respecté du pays. Dans chaque ville, chaque village, dans les coins les plus reculés ou les îles les plus isolées, les Vénézuéliens construisent des chapelles où ils honorent la Vierge de la Vallée. Nous avons retrouvé une statuette installée dans une mini-chapelle à la Blanquilla. Au milieu de nulle part, au pays des ânes et des perroquets, les pêcheurs ne manquent jamais de lui rendre hommage. A la Tortuga, la vierge dispose de la plus jolie maison, carrelée elle ponctue un rassemblement de cabanes de bois. Jamais les pêcheurs n'oublient leur Sainte patronne. Les témoignages de ferveur à travers le pays sont innombrables.

Fiestas de la Virgen

La fête de la Vierge de la Vallée est la célébration qui retient le plus de monde. Des milliers de pèlerins se rendent à Espiritu Santo. Les festivités s'étirent sur toute la première quinzaine de septembre. L'apothéose de la ferveur locale a lieu le 8 septembre. Jour de la nativité. On trouve les premières traces écrites des pérégrinations de pèlerins en l'honneur de la Vierge aux Testigos en 1533. Cet archipel, outre Margarita est d'ailleurs l'un des points d'orgue de la fête de la Vierge. Ce jour là la statue porte sa plus belle parure. Elle est brodée par de fines couturières qui la prépare tout au long de l'année. Chaque année sa tenue sera différente. La Vierge est baladée sur toute l'île. Puis, elle prend la mer à bord d'une lancha. Celle-ci a pour mission d'emmener la Vierge dans les coins les plus reculés de l'île et uniquement accessibles par bateau. Pendant la première quinzaine de septembre le Venezuela vit au rythme des processions, des chants et des messes consacrées à la Vierge de la Vallée.

Le fief d'un héros

La ville de El Valle n'est pas seulement un grand centre religieux, elle a également vu naître un héros de l'indépendance du Venezuela : Santiago Mariño. Un musée en son honneur a été installé dans sa maison natale. C'est un endroit formidable du point de vue de l'architecture. Au bout d'une allée, à l'ombre d'arbres centenaires, la maison de type colonial espagnol est dans un état de préservation exceptionnel. Elle présente une successions de patios organisés autour de cour intérieures où la lumière du soleil est tamisée par la présence de palmiers et de fougères. Toutes les pièces s'ouvrent largement sur des jardins intérieurs où l'eau cascade dans des fontaines. Il fait bon vivre dans cette demeure ancienne. La fraîcheur y est conservée grâce à l'agencement qui préserve un courant d'air permanent. Les meubles anciens, les tableaux qui relatent l'épisode sanglant de la révolution, tout procure une ambiance nostalgique et romantique à la fois. Bien que située au centre de la ville, le jardin bénéficie d'une vue dégagée sur la montagne.

La Asunción

Ville tapie dans la montagne elle est la capitale administrative de Nueva Esparta. Elle garde un cachet colonial avec ses demeures et ses centres administratifs colorés. Elle est surplombée du château de Santo Rosa. Il fut construit en position stratégique en 1681 afin de défendre la ville contre les incursions des pirates qui rôdaient dans la Caraïbe. Pendant la guerre d'Indépendance ce château fut le siège d'un épisode tragique. En effet, on y visite encore la chambre obscure où Luisa Caceres de Arismendi fut emprisonnée. Dans ce fortin admirablement conservé nous découvrons la la fin horrible de la belle indépendantiste.

La Jeanne d'Arc de Margarita

Le guide nous compte volontiers l'histoire pathétique et cruelle de cette jeune femme qui sacrifia sa vie pour défendre l'idée d'indépendance. Femme de la noblesse elle n'hésita pas à franchir les barrières des classes sociales. Jamais elle ne trahit non plus son mari, Juan, qui s'était engagé dans les troupes indépendantistes. La punition ne fut pas longue à attendre. Elle fut capturée par les conquistadores. Elle fut torturée et violée, les soldats pensaient sans doute qu'elle avouerait du coup la cachette de son mari... Mais non! Elle fut donc mise en prison pour trahison, où son calvaire s'est poursuivi. Ici, au château de Santa Rosa de Asunción, nous visitons la cellule dans la quelle elle fut incarcérée. Quelques secondes dans cette pièce minuscule où la lumière ne parvient jamais suffisent à imaginer toute la dramaturgie de sa courte vie. Rien d'étonnant, elle en mourra. Les Margariteñios finissent l'histoire par ce fait qui accentue le caractère cruel des geôliers de Luisa : l'héroïne était enceinte lors de sa capture, elle dût accoucher dans cet horrible cachot, où son fils ne survécu pas.

El Tirano

Notre guide nous entraîne au Nord-Est de l'île. Nous découvrons un village sans prétention El Tirano... Pour un nom de village, le Tyran, voilà bien quelque chose d'étonnant!

Pourtant ce nom fait référence à Lope de Aguirre personnage historique dont sont friands les Margariteñios. Conquistador, il part en mission au Pérou au Seizième siècle. Il se prend au jeu du pouvoir et fait assassiner son chef Pizarre de Ursua. Il prend la tête d'une troupe qu'il mène à travers l'Amérique centrale en quête de son royaume. Paranoïaque, il passe par les armes tout homme dont il se figure la trahison. Sa course folle s'achève, ici, sur la plage grise d'un village de pêcheur. Sentant le vent tourner et avant d'être capturé puis exécuté par les Espagnols il tue sa propre fille de ses mains. Il la préférait morte que fille d'un embryon de tyran déchu...

Puerto Fermin est le nom du village de pêcheurs attenant à El Tirano. L'endroit seul serait insignifiant. Une plage grise aux pieds d'un morne, quelques cocotiers. Ce qui le rend exceptionnel c'est la concentration de peñeros sur cette plage. Il y a là plus de 200 barques. Les pêcheurs viennent en période estivale de l'Etat de Sucre. Ils viennent pour la saison du poulpe. Ils restent ici sans voir leur famille pendant trois mois. Ils établissent des campements sur la plage et passent leur temps entre des heures de pêche et quelque repos mérité. Quelque soit le temps, même si l'alizé est corsé et que la mer est mauvaise, ils partent au large. Ils sont seuls ou à deux dans leur barque de bois. Ils lancent très loin un rapala qu'ils ramènent à la main chargé d'énormes poulpes. C'est un métier éprouvant.

Juan Griego

Cette ville au creux d'une anse évasée représente le deuxième mouillage sûr de l'île de Margarita. Il suffit pour cela de mouiller devant la guardia récemment installée dans la partie Nord-Est de la baie.
Le mouillage est envahi de pélicans. Incroyable population ou surpopulation de ces palmipèdes aux longs becs qui plongent sans discontinuer dans les eaux glauques et nauséabondes de la baie. Incompréhensible... Vu l'état de l'eau que tant de poissons daignent y vivre pour se précipiter dans la poche de nos amis les pélicans! Cette baie est également le lieu de prédilection des lanchas. C'est là que les pêcheurs laissent leur barque lorsqu'ils rallient la terre. Sur la plage, à même le sable une sorte de chantier maritime improvisé répare ces lanchas.

La baie est surplombée des restes du fort de la Galera. Une muraille, quelques canons témoignent des nécessités de jadis à défendre l'île. Une obélisque en l'honneur des valeureux indépendantistes est élevée au coeur de l'édifice. L'endroit est pris d'assaut par des gamins qui profitent de la période estivale pour alpaguer les visiteurs. Ils leur proposent en échange de quelques bolivars l'histoire complète du fort. Celui-ci fut témoin du courage des indépendantistes. A vrai dire, nous aurions bien consenti à ce petite commerce. Cependant ces gamins récitent à l'allure d'un TGV en marche les frasques des héros de l'île. Tout bonnement amphigourique pour les pauvres petits francophones que nous sommes. Nous nous contenterons donc des inscriptions murales qui, fait exceptionnel, sont traduites en anglais, en allemand, en français et même en japonnais. En 1817, le 8 août, les troupes espagnoles investirent le fort. Ils assassinèrent tous les vaillants indépendantistes. Depuis, la lagune aux pieds de la colline du fort se nomme "la lagune des martyres"

Sur les murailles nous rencontrons une jeune insulaire qui prend plaisir à nous parler français... Rarissime! Elle a fait une partie de ses études à Paris et elle ne résiste pas à l'aubaine de parler un français qu'elle qualifie elle-même de "rouillé"... Evidemment, nous ne pensons plus à parler Histoire, mais à l'écouter évoquer ce beau pays de France qu'elle a tant aimé... Pendant ce temps, le soleil se couche sur la Pointe du Tigre qui marque le début de la péninsule quasi désertique de Macanao. C'est paraît-il le plus beau coucher de soleil qui soit sur l'île. Les Vénézuéliens se déplacent en masse pour assister au coucher de sa majesté le soleil. A vrai dire, ce sont les pélicans qui rendent ce coucher différent. La tombée du jour est pour eux la dernière occasion de s'offrir des "plâtrées" de poissons frais! Une frénésie incroyable s'empare de la population de palmipèdes. Ils plongent, dérapent en piqués et refont surfacent. Ils engloutissent bien vite le poisson avant qu'une mouette, irascible, vienne les harceler afin de leur voler le produit de leur pêche. Puis, ils repartent en tapotant l'eau avant décollage. Impossible de prendre une photo du coucher du soleil sans avoir au premier plan une nuée d'oiseaux pêcheurs.

La ville proprement dite de Juan Griego est charmante. Du mouillage on voit s'échapper deux campaniles au sein des palmes des cocotiers. Ce sont les tours pointues de l'Eglise qui est une reproduction de la basilique de La Valle de Espiritu Santo. Un petit phare burlesque est cerné de petits restaurants de plage.

Bien que touristique, le village couve une ambiance typiquement provinciale. Les hauts immeubles sont relégués au second plan. En front de mer au bord d'un lambeau de plage que l'on ne conseillerait à personne pour la baignade vu l'état de l'eau, les immeubles sont de 3 ou 4 étages maximum. Certaines maisons affichent des couleurs vives. Des ruelles entières sont vouées aux demeures traditionnelles. Les habitants y sont gentils et accueillants. En fait, il n'y a rien d'exceptionnel à Juan Griego. Pourtant nous y sommes restés plus longtemps que prévu. Comme aimantés par ses charmes. Nous avons apprécié de pouvoir nous balader dans les rues avec un sac ou même un appareil photo. Jamais nous n'avons senti la moindre insécurité. Contrairement à Porlamar à Juan Griego on ne doit pas prendre de taxis pour faire les courses. On peut franchement musarder dans les ruelles sans se risquer à la moindre imprudence.

Détour par la Lagune de Restinga

La lagune intermédiaire entre la partie est de l'île et la péninsule de Macanao a été classée parc national en 1974. C'est une lagune de 25 kilomètres carrés. Le statut de parc national permet de protégé un écosystème fragile et riche de nombreuses espèces d'oiseaux : pélicans, flamands roses, perruches, perroquets, ibis rouges. D'après les géologues l'isthme qui sépare les deux parties de l'île doit sa formation à l'accumulation de coquillages et de débris végétaux sur lesquels une mangrove s'est formée. Ici, l'on trouve la plus grande plage de l'île : 27 kilomètres! Et une typicité géologique qui a donné naissance aux deux Tetas de Maria : deux collines jumelles aux formes évocatrices classées monuments naturels.

Les plages

Celles-ci sont la proie de tous les caprices des estivants vénézuéliens. Elles se nomment El Agua, El Paguito, Playa Caribe, Playa Manzanillo... La première citée est la star des plages de Venezuela. Elle est représentée dans tous les offices du tourisme. La plage idéale : un ruban de sable pourléché de rouleaux d'écume et une rivière de cocotiers. Voilà l'endroit où les touristes passent le plus clair de leur temps pendant l'été!

Texte écrit par Nathalie Cathala et mis en page par Dominique Cathala en Novembre 2006
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