Le petit monde de La Blanquilla

Navigation et zones de pêche sur le parcours.

Les routes qui mènent à la Blanquilla sont variées. L'on peut venir des Testigos, d'un point de vue nautique c'est facile. D'un point de vue des formalités ce l'est beaucoup moins! En effet, s'il existe un poste de garde côtes sur Testigos et sur la Blanquilla, en revanche il est impossible d'y faire son entrée douanière. Il faut donc d'abord passer par Margarita. Faire son entrée sur Porlamar et aller via Juan Griego sur la Blanquilla. C'est une navigation agréable. Il vaut mieux quitter Margarita au point du jour, car de nombreux pêcheurs sillonnent les eaux de l'île principale. De nuit, il est parfois difficile de distinguer leur méthode de pêche. En effet, ils déroulent des filets très longs entre plusieurs barques. Chaque barque part dans une direction opposée, ils tendent au maximum le filet dont l'extrémité supérieure " survole " la surface de l'eau. Il n'est pas recommandé de foncer étrave baissée dans la senne. Les pêcheurs n'apprécieraient pas. Votre hélice non plus! En plus de ces grosses barques, vous trouverez sur votre route une multitude de peñeros. Ils ne sont pas toujours éclairés. Ils pêchent le poulpe. Ils envoient à plus de 50 mètres de leur barque des longs câbles au bout duquel un rapala tente les poulpes suicidaires. Ils n'apprécient pas, pour des raisons évidentes, qu'on les approche de trop près. Parfois ils ne se signalent qu'au dernier moment d'un flash. Vous l'avez compris, il n'est pas évident de naviguer de nuit aux abords de Margarita.

Dès que le cordon des pêcheurs est dépassé, nous retrouvons les eaux libres pour soixante milles. Sur la route des lanchas posent des filets signalés par de simples drapeaux aux extrémités. Parfois des morceaux de polystyrènes signalent le filet tous les 50 mètres. On peut franchement passer entre ces " balises " car le filet se trouve au fond. Outre de naviguer dans une zone de pêche, l'été la navigation vers la Blanquilla est facilitée par un vent qui souffle en général de Sud-Est. Une navigation au portant donc qui ne pose aucun problème. En revenir est en général plus compliqué. En effet, le vent de Sud-Est toujours présent refusera et vous vous retrouverez nez au vent. Par contre, de la Blanquilla, il est facile de naviguer sur la Tortuga.

Au bout de soixante mille, nous trouvons le mouillage d'El Yake. Nous n'y sommes pas seuls. L'Etoile de Lune est ancrée au milieu d'une dizaine de voiliers et de lanchas. Le mouillage n'est pas vraiment protégé de la houle. Par temps calme tous les mouillages sont confortables, comme partout sur cette planète mer. Par contre le mouillage d'El Yake s'est révélé dangereusement rouleur lors du passage plus au Nord de la Dépression tropicale numéro 5, fin août. La Blanquilla est trop haute en latitude pour y séjourner pendant la saison des cyclones sans prendre de météo quotidienne. Il faut franchement rester aux aguets. Certains bateaux ont logé par vents de Sud-Ouest devant la plage de l'Américain, y trouvant un certain confort. En outre par alizés forts de Sud Est voire de Nord Est les mouillages deviendront rouleurs. Le mouillage en patte d'oie peut alors être utilisé afin de rendre le séjour plus confortable. Le mouillage de Playa El Americano est un mouillage de beau temps. Lorsque la houle s'intensifie elle pénètre dans la baie, avec l'effet de couloir le roulis s'y intensifie plus que partout ailleurs. Au Nord de l'île plusieurs plages offrent des mouillages peu protégés. Il y a trois plages devant lesquelles on peut jeter l'ancre. Impression de carte postale assurée.

Lanchas et peñeros

Mais je vous parle tant et plus de lanchas et de peñeros. Qu'est-ce donc? Les lanchas sont des bateaux de pêche traditionnels. Nous n'avons, à ce jour, pas connu d'équivalent. Ces barques sont vraiment typiques du Venezuela. Leur longueur varie entre 10 mètres et 17 mètres ce sont des barques en bois munies d'un toit et souvent d'une petite cabine centrale. Elles sont mues par un moteur in bord de plus d'une centaine de chevaux. Ce sont souvent des moteurs de camion. Ce qui leur permet de braver la mer contre les vents et les courants. Les pêcheurs viennent de Margarita ou du continent, le plus souvent de l'Etat de Sucre. Ils partent en campagne de pêche sur l'île de la Blanquilla pour plusieurs jours voire deux ou trois semaines. Ils vivent à bord continuellement. Ils dorment à même le sol et bénéficient d'un confort plus que relatif. La lancha pose des filets au large. Ceux-ci sont souvent très longs et à peine signalés. Les plus grands d'entre eux forment des cordons sous-marins de plus de 1000 mètres. Certaines lanchas tirent des chaluts. Lorsque les lanchas partent en campagne sur la Blanquilla certaines d'entre elles se font accompagner d'un ou plusieurs peñeros.

Le peñero est une barque plus spartiate encore. Sans abri et muni d'un moteur hors bord puissant. Le peñero pêche plus souvent à la ligne. Il peut également tirer la senne. Le peñero apporte chaque soir le produit de sa pêche à la lancha. La conservation du poisson se fait en général par salaison. Les pêcheurs se rendent alors sur l'île où ils puisent du sel dans l'une des nombreuses salines qui se cachent derrière le rivage.

Il existe des barques intermédiaires que l'on nomme lanchitas, elles mesurent moins de 10 mètres. A bord de ces dernières ne vivent jamais plus de 2 à 3 pêcheurs. Les pêcheurs du Venezuela n'abordent pratiquement jamais les plaisanciers pour leur vendre leur poisson. A la Blanquilla cependant, les pêcheurs sont heureux d'échanger une partie de leur pêche contre des produits qui amélioreront leur quotidien. Jamais ils ne veulent d'argent... Qu'en feraient-ils sur la Blanquilla? Le rapport entre les pêcheurs de la Blanquilla et les plaisanciers est cordial et sans fioriture.

Ici, loin de tout, nous avons croisé un pêcheur qui s'était enfoncé une épine de poisson venimeux dans le coude. Heureusement, Brigitte de Mangaia était parmi nous. Elle est infirmière, elle a pu ainsi lui administrer les premiers soins et plus encore. Car la campagne de pêche n'était pas finie, il fallait qu'il reste dans les envirrons de l'île plusieurs jours encore. En fouillant notre pharmacie, nous avons trouvé les antibiotiques qui lui permettraient d'attendre la visite chez un médecin. Le bruit s'est rapidement répandu au sein de la petite troupe de pêcheurs. Ainsi, notre Brigitte a vu défiler tous les cas de bobos, de dysenterie et autres maux de nos amis vénézuéliens. A quand l'ouverture d'un poste médical avancé ???

Ile déserte...

La Blanquilla est plus déserte encore que la Tortuga. Elle a été investie par des lézards, des ânes, des perroquets (nous nous y sentons presque en famille…), une variété inouïe de passereaux ou d'espèces curieuses comme ces frères de faucons, les caracaras huppés. La végétation s'apparente à celle d'une savane. Des graminées plus ou moins hautes jaunissent ou reverdissent au rythme des saisons sèches et pluvieuses. Des arbustes sont pour la plupart des épineux. Les cactus sont ici représentés en nombre et en variété.

Le Club Med de la Guardia...

Personne ne vit en permanence sur la Blanquilla. Une base reculée de gardes-côtes est installée au Sud de l’île. Les gardes sont relevés tous les deux mois. A vrai dire, on pourrait les nommer les Gentils Organisateurs du Club des Garde-Côtes. Car leur base ressemble plus à une colonie de vacances qu'à un camp militaire. Nous nous y sommes rendus par un chemin d'ânes lors d'une randonnée pédestre de plus de 5 heures sous le soleil de plomb. Bien qu'un panneau sur le chemin marque la délimitation d'une zone militaire, nous pénétrons dans le camp sans qu'aucune barrière ne nous en empêche. Tout le monde arbore un sourire imperturbable. Les gardes sont plutôt jeunes, très jeunes. En cette période estivale, les enfants du commandant animent la cour des gardes. Ceux-ci restent cantonnés autour de la plus belle cocoteraie de l'île. Je ne crois pas avoir vu une seul arme. Contre quoi? Contre qui?

Nous cachons les appareils photos et la caméra comme, il est d'usage sur ce genre de terrain. Nous passons au sein même du camp. Tous les militaires nous saluent et ne comprennent pas pourquoi nous ne photographions pas leur jolie plage au bord de l'une des plus belles piscines militaires de cette planète... Nous sommes accueillis par le Commandant qui nous offre un super jus de fruit. Il nous propose même de nous raccompagner au mouillage en barque de la garde nationale. Non, non... Sur le retour, j'ai bien l'intention de trouver l'un de ces ânes qui a eu la gracieuse idée de tracer un chemin plus ou moins dégagé de cactus... Je me suis mis en tête de les photographier...

Les garde-côtes passe en général une fois par semaine dans les mouillages de la Blanquilla. Ils viennent vérifier les papiers d'entrée. Ils posent quelques questions. Il est arrivé qu'ils fouillent certains bateaux, gare à ceux qui n'ont pas déclarer leurs armes! Au Venezuela, un étranger n'a en effet pas le droit de posséder une arme à feu. Mais toute personne en règle n'a absolument rien à craindre des visites de la guardia. Elles sont plutôt cordiales. Ce sont des jeunes qui font bien leur boulot. Parfois on peut les dépanner de quelques cigarettes. Mais ils ne sont pas demandeurs. Ils en profitent souvent pour faire connaissance et surtout parler à des étrangers. Ils essayent leur anglais spartiate... Nous trébuchons sur les accords des verbes espagnols... Les Français sont plutôt bien vus...

Entre l'horizon et un buisson de palmiers : Playa el Yake

Au cours de notre séjour, les bateaux vont et viennent. La fin de la saison des cyclones approche et les plaisanciers n'ont plus qu'une idée en tête : remonter vers l'Arc antillais. Le mouillage est de plus en plus désert. Protégé par la vierge de la vallée. En effet, deux minuscules chapelles ont été érigées par les pêcheurs. La première surplombe la mer au Nord du mouillage d'El Yake. L'autre se trouve à proximité d'un puits à l'intérieur des terres au-delà des salines. Les pêcheurs nous ont dit utiliser cette eau pour laver leur linge ou des ustensiles. Ils nous la déconseillent en tant qu'eau potable. En y regardant de près, la couleur en est totalement décourageante. Nous séjournons plusieurs jours dans ce mouillage serti de l'écrin d'Azur que l'horizon dessine à l'ouest. Il nous offre chaque soir l'espoir d'un rayon vert au couchant. A l'Est une bande de sable étincelant serpente le long du littoral. Ici, une touffe de cocotiers rompt la blancheur. Là, des rochers de granit interrompent l'uniformité et offrent du relief pour parfaire le tableau. A l'arrière plan, l'île pas très haute mais très vallonnée s'éparpille entre la savane et des monticules verdoyants. Aux aurores, les perroquets viennent en nombre piailler dans les palmes des cocotiers. Atmosphère divertissante renouvelée chaque matin. Lève-tard s'abstenir... Lorsque le soleil est haut, nos pétulants jaseurs s'éclipsent à l'intérieur des terres jusqu'à la tombée de la nuit. Pendant toute la journée les pélicans et les fous nous tiennent compagnie. Parfois, les pélicans s'enhardissent et viennent se poser sur notre annexe. L'un d'eux particulièrement familier a passé de longs moments à se baigner avec le Cap. Je ne sais pas ce qu'ils se sont dit, mais j'ai eu la ferme impression que ces deux là ce sont compris!

Playa el Americano

Nous pensions rester, dans ce mouillage d'El Yake, pendant tout notre séjour à la Blanquilla. Un jour de temps calme, nous partons au Nord de l'île en annexe. Nous longeons des falaises. Ho, rien d'exceptionnel! Beaucoup moins en tout cas que celles de Minorque... Et pourtant, creusées de grottes au niveau de l'eau, l'eau se faufile écumante dans chaque cavité. Elle fait un bruit sourd et inquiétant... Fascinant! Certaines formations attisent l'imagination et l'on devine une mâchoire de dents de requin...

Dans l'une des grottes les plus grandes, nous découvrons la caverne des pélicans. Je les aime ces pélicans! Nous nous invitons littéralement chez eux. Le pélican est muet. Il ne fait jamais de grands éclats. Lorsqu'un intrus vient à lui, il lui lance un oeil persan et il le suit du regard. Son grand bec longiligne traîne jusque sur ses pattes. Voyant qu'il ne peut décourager notre curiosité, il baille largement. Il replie son long coup et coince son bec entre ses épaules. On dirait un violon qui attend le " la ". J'adore les pélicans, patauds et nobles à la fois.

Hors de la grotte une colonie de fous bruns... Une HLM. Nous continuons la route en annexe. Et là nous découvrons une première arche. C'est une grotte dont le toit s'est effondré. Le plafond restant est tapissé de hiéroglyphes imprimés par l'évolution du niveau de la mer. Ici on devine une gorgone. Là des cornes de cerfs. Plus loin, un cerveau. De curieux stalactites attirent notre attention. Nous n'avons pas d'explication. Personne ne prend la peine de détailler ces falaises. L'île était autrefois immergée c'est sûr! La falaise n'est autre qu'un ancien récif. La lumière du soleil tombe littéralement dans le trou du plafond. Elle dessine une tache vert émeraude sur l'eau. Les reflets sont magiques! Au-delà de cette grotte nous découvrons la Playa el Americano. Un couloir pas très long pas très large, proportionné comme il faut pour loger deux bateaux, se termine par deux petites plages vierges. Blanches... si blanches. Virginales! Du granit sort du sable pour donner du relief et rendre la plage encore plus belle!!! L'eau est idyllique de couleurs et de température... En surplomb de la baie, une maison abandonnée. C'est une ancienne posada créée par un américain d'où le nom. Dans son jardin une arche... Encore... Superbe un pont au-dessus de l'eau. Les couleurs de la roche se marient aux reflets de d'eau. Plus beau panorama de sa terrasse eût été impossible! L'homme qui a vécu ici était heureux c'est certain! Vivre là, au milieu de la nature, simple où ne vivent que des ânes, des pélicans, des fous, des lézards et des perroquets... Que demander de plus à la vie? Cette baie nous inspire. Nous y revenons mais cette fois avec le bateau. Pour un séjour dans le plus paisible endroit que nous connaissons. Le soir, les ânes viennent parfois nous observer du haut de la falaise.

Safari photos et cours de science naturelle

Je me suis donc mis en tête de chasser l'âne... Une sorte de safari photo âne... Mais ces vilains ne viennent que la nuit sur la falaise juste à côté de nous. Impossible de les prendre en photo. Par contre un faucon nommé caracara huppé s'est tant approché de l'objectif qu'il a fallu que je recule... sans doute c'est lui qui faisait un safari photo Nat???? Finalement Dom monte au mât pour sa traditionnelle séance de photo, sur le retour vers le pont, il voit des ânes. Donc j'y monte aussi... mais ils étaient vraiment trop loin. Donc je me console en allant voir les poissons... ils se réfugient dans les grottes sous-marines. C'est impressionnant. L'eau a ouvert des galeries d'une longueur incroyable sous la falaise. La lumière se joue des profondeurs d'eau. Puis elle nous abandonne très vite. Il fait noir sous l'eau. On ne sait absolument plus qui fréquente ces eaux là. Nous préférons donc revenir vers les eaux plus claires et babiller avec des énormes poissons perroquet ou des poissons anges. Ils sont trognons avec leur gros yeux quand ils se mettent à plat pour nous regarder...

Nous revenons au bateau et ... Qu'entends-je un âne! Donc je bondis dans l'annexe, Dom a la bonté de suivre aussi, et nous voilà partis dans les chemins de cactus épines dans mollet bâbord, picots dans pouce tribord... Tout va bien! En fait pour se balader à la Blanquilla à pied l'outil indispensable, c'est la pince à épiler! Nos efforts sont récompensés, finalement nous voyons un âne sur la colline. Mais à l'opposé de nous, donc on redescend et on remonte et on redescend... Ok je fais bref, et là plus rien!!! Où est-il donc???? On s'approche, et là il surgit hors du bosquet devant lequel nous étions!!! Il est pas content d'avoir été réveillé dans sa sieste... Il hennit! Si, si... Je vous assure quand il est pas content, il fait le cri du cheval. Par contre le soir à la fraîche, il brait comme un âne... Curieux tout cela... Je ne me décourage pas et je le canarde de l'objectif. J'ai failli crier victoire!!! Et non!!! en fait il boitait... Sûrement un adepte des épines comme nous! donc on était à égalité... pas de gagnant. Sauf que c'est mon jour de chance et là... plus loin une maman et un petit... et plus loin un autre... et encore... bon finalement c'est facile de photographier des ânes!!!

Faudra-t-il que je me trouve une nouvelle occupation? Pourquoi pas un safari photo perroquets? Ca c'est pas facile!

Nous avons failli adopté une famille de coulicous.

C'est une sorte de coucou mais qui ne parasite pas les nids.

Un jeune coulicou venait souvent nous voir. Il se posait sur le pont et regardait à l'intérieur du bateau par les hublots. Il nous prenait peut être pour des chenilles, son plat préféré. Un jour, je ne sais pas comment l'un de ses cousin s'est arrangé, mais en quittant notre bord, il a fait le grand plongeon. Pauvre petite chose flottant à peine. Il a eu de la chance que le caracara ne l'aie pas vu! Ses parents ne lui avaient pas dit qu'il faut d'abord apprendre à nager avant de se jeter dans la mer? Dom prompt à la manoeuvre, le rattrape par le " fond de la culotte ". Nous l'installons à l'ombre d'un hublot. Là il se requinque puis il reprend son envol. Mission accomplie! Nous nous félicitons et crions presque victoire, lorsque nous voyons, non loin de nous, son frère en posture tout aussi délicate. Là, le Cap en a marre de jouer les Saint Bernard et c'est moi qui prend l'annexe pour le sauver. Il se requinque dans l'annexe et ... attendons qu'il prenne son envol. Nous comprenons en voyant un coulicou adulte passer devant le bateau avec l'un de ses rejetons. Les enfants partent du nid... Jour très mal choisi. Il y a beaucoup de houle. Les parents ont semble-t-il construit le nid à flan de falaise dans une boule d'arbuste ou dans une des nombreuses grottes taillées par l'érosion dans la falaise. Lorsque leurs rejetons s'envolent ils visent en piquer et n'ont pas le temps de redresser leur route car une vague les captures. Un troisième oisillon, moins chanceux tombe quasiment en pied de nid. Il tombe dans l'eau, une vague l'emporte directement dans la grotte sous-marine. Je me précipite, j'y vais en kayak, car je risque de perdre notre annexe sur les rochers acérés de la grotte. Quand j'arrive il se débat encore pour survivre. Mais je suis propulsée sur les rochers, les vagues assassines se ruent sur lui et le projettent contre les parois de la grotte. Je le touche du bout de ma rame, mais une vague l'entraîne encore. Il se noie... Le lendemain matin, nous poursuivons notre mission de Zoro et repêchons trois autres coulicous. En deux jours, nous avons effectué 7 sauvetages . Six coulicous et un passereau. L'Arche de Noé! Nous les avons raccompagnés à terre, espérant que cette fois, ils apprendront à voler, car ce sont de piètres nageurs!

La Carte postale

Tout à fait au Nord-Ouest de l'île trois superbes plages déchirent le paysage de savane. Il faut largement arrondir la côte lorsque l'on passe du mouillage de l'Américain à ceux du Nord. En effet, quelques écueils se trouvent sur la route, en bordure de falaise. A l'approche des plages du Nord, une carte postale s'ouvre devant nos yeux. Ce genre d'endroit correspond exactement à l'image rêvée avant de partir. Avant le départ, nous nous figurions des escales type Robinson. Nous voyions notre Etoile, seule, ou quasiment, loger face à une plage blanche, un cocotier, la nature, la mer... Rien d'autre. Ici, c'est exactement ça. Sur un large horizon le soleil se couche. Sur une plage vierge, les rouleaux d'écume se cabrent et ronflent.

Le "village " du Nord : La muerta

L'une des plages du Nord abrite des cabanes sommaires de pêcheurs. Cet endroit porte le nom funeste de " la muerta ", la mort... Dieu seul sait pourquoi...

Ce coin de plage ressemble plus au paradis qu'à l'enfer ...

Les pêcheurs ont planté des cocotiers qui ombragent ce que certains nomment pompeusement le " village de pêcheurs ". En fait la seule qui y vive en permanence, c'est la vierge. Une petite cabane de la taille d'une niche abrite une stèle où les pêcheurs posent leur sainte patronne. C'est la seule construction soignée, peinte en jaune et bleu. (Couleurs de L'Etoile de Lune... Décidément!) Au moment où nous nous rendons au village, il est désert. Un chalutier a mouillé au large. Deux marins viennent au village à la nage. Ils nous expliquent que les pêcheurs de Margarita viennent séjourner ici pendant leur campagne de pêche. Ils se sont organisés. Outre une petite chapelle, des baraquements faits de tôles et de bois ont été dressés en front de mer. La paroi extérieure de l'une des cabanes a servi d'exutoire par le dessin. Des matelas sont entassés à l'abri de la pluie. Dans l'une des cabanes je suis surprise de voir une prise électrique à côté d'un lit construit en hauteur. Elle était alimentée par un parc de batterie, lui-même alimenté par un groupe électrogène. Du moins, nous le supposons. Car nous retrouvons des batteries soigneusement entassée à l'ombre des résiniers. Le groupe n'est pas sur place. Sur le toit une antenne bricolée qui est supposée capter la radio. Une douche ingénieuse a été installée. Le toit se finit par une longue gouttière qui atterri dans une bouteille d'eau renversée. Simple et efficace, du moins lorsqu'il pleut! Des photos de femmes aux poses suggestives sont collées aux murs. Ils se sont servis d'une ancienne saline pour délimiter un terrain de foot. Deux buts attendent une partie sous un soleil de plomb, où pour l'heure seuls des iguanes farouches s'ébattent. Un panier de volley sert de perchoir aux oiseaux. Ils ont planté des cocotiers, un palmier, de la papaye, de l'aloès, du résinier... Un puits a été creusé. En l'approchant nous faisons fuir plusieurs iguanes. Même si, ce rassemblement de cabanes ne peut être qualifié de village, il y règne néanmoins une sorte d'organisation qui semble avoir l'unique but de tromper l'ennui. Il faut imaginer leur vie. Seuls au bout de cette île. Sur cette plage, ils ne peuvent attendre la visite de personne. Seuls les iguanes et les ânes s'approchent d'eux... Les perroquets viennent certainement égayer le palmier chaque matin. Cet arbre est une réelle aubaine et leur offre à longueur d'année leur gourmandise préférée de l'île... Aujourd'hui, le jeune cocotier en avant plan, le palmier et quelques aloès posent sous le soleil pour une photographie idéale...

Il faut avoir une âme d'ermite pour vivre ici... C'est sûr!


Texte écrit par Nathalie Cathala et mis en page par Dominique Cathala en Novembre 2006
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