Marquises - Hiva Oa
  Rencontre avec les ancêtres maohis de TAAOA

Hiva Oa

Ma'ae de Taaoa partiellement dégagé.

Aujourd'hui, nous renouons avec la tradition maohie et nous partons à la découverte d'un site extraordinaire, celui d'Upeke sur la commune de Taaoa, dans le Sud. Aujourd'hui, c'est un village discret, où les maisons s'éparpillent sur de grands terrains. Les habitants aiment leur faa'pu (travail de la terre, travail des champs). Ici, notre ami Irona (ce qui signifie en tahitien, "homme qui aime le travail) installe peu à peu sa famille dans sa petite ferme. Il fait pousser des arbres fruitiers, des citrouilles, des courgettes, des melons, des salades...

La terre des Marquises (Te Fenua Enata) est généreuse! Les Insulaires disent qu'il n'y a pas de pauvres dans cet archipel. "Ceux qui le sont, c'est parce qu'ils sont "fainéants"! (d'après eux!). Il est vrai que la terre offre, sans trop de peine tous les fruits et légumes nécessaires à chaque famille.

La voisine de Irona, Céline, possède plus de 23 hectares de terre. Elle est entreprenante, en plus de ses terres, qu'elle cultive, elle élève des poules pondeuses. Elle s'installe chaque jour sur la route principale au centre d'Atuona, avec sa camionnette. Elle vend sa production. Irona, n'en est pas là. Il doit encore travailler dur. Pour aider son financement, il travaille à la seule pompe à essence de l'île. Vous imaginez, qu'il y a quelques années à peine, sans pompe à essence, les habitants devaient commander leur carburant à Tahiti. Le faire livrer, en fûts de 200 litres, par le Taporo, cargo qui fait escale à Hiva Oa toutes les trois semaines... Le prix du fret était entièrement à leur charge. A présent, le prix de l'essence et son fret sont amortis par la société "Mobil" qui a changé la vie de ses habitants et qui a fourni un travail à Irona.

Hiva Oa

Arbre aux racines impressionnates

Notre ponton d'annexe est à côté de la station, chaque fois que nous descendons à terre, il nous salue d'une grande et chaleureuse poignée de main. Il m'apprend quelques mots en langue marquisienne. Il a vite compris que j'étais curieuse de tout ce qu'il voulait bien m'enseigner. Ça tombe bien, lui, il est intarissable. Il a deux enfants. Il adore me donner leur nom marquisien. Sa fille se nomme Mata Hei Pua, ce qui signifie "le regard sous la couronne de fleurs". Le nom de son fils est un poème en soi : Vahi Ani O Temetiu ou "le ciel cassé par Temetiu". Quelle poésie! Pour la naissance de son fils, il a célébré la montagne Temetiu qui du haut de ses 1276 mètres, chapeaute sa maison et fend les nuages, pourvoyant la vallée qu'il habite d'une richesse inestimable : la pluie!

Le peuple maohi, qui s'installa à Taaoa il y a plus de 2000 ans, ne s'était pas trompé. Il se regroupa au pied des falaises du mont Temetiu, au sein de cette immense caldeira dont les terrains irrigués par trois rivières distinctes nourrissaient une population nombreuse. A l'époque, les habitants de chaque vallée appartenaient à un clan. La vallée, elle-même était divisée en deux clans, celui du haut et celui du bas. Les tribus du bas avaient accès à la mer et donc à la nourriture fournie par l'Océan. Le clan du haut possédait l'eau douce. Si les échanges commerciaux étaient possibles entre clans, le plus souvent, ceux-ci entraient en guerre, lorsque les soubresauts climatologiques empêchaient l'eau de desservir les villages de bord de mer.

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Ma'ae de Taaoa espace cérémoniel

La population maohie habitant la vallée de Taaoa devait être importante à en juger l'étendue des ensembles cérémoniels. Le site d'Upeke s'étend sur 2.6 kilomètres carrés. Vous me direz, que sur une telle immensité, nous avons dû nous régaler dans une forêt de tikis.
Hé bien non!
Ils étaient certainement innombrables à l'époque des Maohis, mais le site étant facile d'accès, les missionnaires ont laissé libre cours à leur haine des "effigies du diable"! Protestants et Catholiques se sont donnés la main, soit pour émasculer les représentations viriles des dieux maohis, soit pour brûlés les tikis de bois, ou encore les "combattre" à la massue. Il reste donc peu de tikis, les "survivants" se font discrets.

Il faut s'enfoncer sous l'ombre épaisse de grands arbres, tels les banians ou bancouliers..., grimper plusieurs étages de me'ae pour trouver un grand tiki tabulaire, haut de un mètre trente. Ses traits sont élimés par le temps, il ne fait plus peur à personne. Mais, il ne faut pas s'y tromper, toute la zone était tabu : interdite aux non initiés et aux femmes. Cette année, pourtant, des photos suggestives de femmes tahitiennes ont été prises, sur ce tiki. Ces photos font murmurer les vielles femmes de l'île : "Hé bien, elles n'ont pas peur celles-là! Vautrées sur le tiki sacré!". Elles sont très belles ces photos. En noir et blanc, un ton sur ton ravissant qui dévoile ce qu'il faut pour offrir toute une atmosphère!

Plus loin, une tête ovoïde taillée dans un bloc de lave rouge sombre, est posée sur une plate forme carrée. Sans une attention particulière, le visiteur raterait ce visage au nez et à la bouche grossièrement taillés dans la pierre. Il a une bille de clown, ce tiki, avec ses grands yeux ronds placés au niveau des oreilles!

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Taaoa : prison ou garde-manger ?

Vous l'aurez compris, aujourd'hui, nous n'étions pas à Taaoa, pour les tikis, mais bien pour le me'ae. Il s'étage en une succession de plates-formes qui paraît infinie. Elles épousent les déclivités de la colline, s'enfoncent dans la forêt, se laissent dévorer par la végétation et survivent néanmoins, se laissant enrober par des racines monstrueuses qui ne parviennent pas à démonter ces murs séculaires. Chaque partie de me'ae recevait une fonction bien particulière. Certaines accueillaient les danses rituelles (nous nous demandons, comment, ils ne se rompaient pas les chevilles sur ces assemblages irréguliers de pierres rondes et glissantes), certaines plates-formes servaient aux sacrifices humains, d'autres aux décisions des chefs, les plus sacrées étaient réservées aux prêtres. Sous le commandement de leur panoplie de Dieux, ils déployaient leur toute puissance sur chaque âme de la vallée.

Quelques plates-formes dévoilent en leur centre un trou. C'est là que l'on enterrait les ossements, des personnages importants. Ce qui étonne le plus, sur ce site gigantesque, c'est la taille des blocs utilisés pour la construction des plates-formes. Comment, à l'âge de pierre, sans connaître la roue, ni aucun outil industriel, les Maohis ont-ils déplacés et empilés avec autant de précision des roches pesant plusieurs tonnes ?

A la sortie du site, nous déambulons dans un océan de mystères. La tête farcie de suppositions, nous n'avons aucune réponse à nos questions. Il faudrait en potasser des livres, des recueils de voyages et des recensements archéologiques pour arriver à bout de ce sujet. Soudain, nous réalisons qu'une petite île, perdue au milieu du Pacifique pourrait occuper toute une vie, voire plusieurs vies, d'une âme passionnée...

Nous redescendons de notre lévitation en monde maohi vers le village de notre ami Irona. Le soleil se couche derrière les volcans endormis. Une hémorragie éphémère se propage de nuage en nuage. Les pirogues à balanciers sont rangées sur la plage de sable noir. Un cheval broute l'herbe du parvis de l'église construite en pierres volcaniques. Une vahiné, en paréo coloré, chapeau de paille serti d'une couronne de tapas tressés nous en ouvre les portes. Le bénitier, en forme de coquillage, nous plonge dans une cavalcade de clichés océaniens. L'autel sculpté en bois local, le chapelet en graines d'arbres endémiques imprègnent le culte catholique d'une couleur indélébile, celle des racines maohies.


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