Marquises - Tahuata
Hanatefau

Kaoha,

Ce matin, nous nous levons avant l'aurore et nous dérapons l'ancre pour une nouvelle destination. Nous aimons partir tôt, voir le soleil se lever pendant que nous traçons notre sillage. Comme récompense de notre caractère matinal, des ailerons de dauphins caressent la surface du mouillage, juste à l'arrière de L'Etoile de Lune. Ombres silencieuses et divines. Elles se dirigent vers le Nord-Ouest. Comme pour nous montrer le chemin, car nous suivons la même direction.

La météo était annoncée belle, elle le fut. Un vent d'Est de 15 à 20 noeuds, la grosse houle de sud-sud-ouest avait disparu, pour laisser la place à celle du vent et mettre fin au bouillon océanique. L'océan était néanmoins cabossé, il n'aime pas jouer à la "piscine".

En quelques heures nous parcourons bon train les 44 milles qui séparent Fatu Hiva de Tahuata. Une nouvelle découverte, celle de la pointe sud de Tahuata. L'île est montagneuse, comme toutes les Marquises. Sa pointe extrême sud, est vraiment spéciale. Les aiguilles s'élancent hors de l'eau. Comme figée pour l'éternité. Il semble qu'elles soient sorties d'un trait, j'aillissant vers le ciel. Derrière ces ménirs taillés sauvagement dans une roche noire, un dôme basaltique arrondit les angles. Aucune végétation n'a encore osé coloniser ces parois verticales. La roche est brute. Sur fond anthracite, des veines de couleur émaillent le relief. Des pochons rouges et ocre se détachent de l'ensemble. Ils sont si bien dessinés, qu'avec un tout petit peu d'imagination, on y verrait des peintures rupestres. Un peu à la façon des grottes de Lascaux. Ici, je vois un grand poisson rouge ondoyant dans l'anthracite, là, c'est un dauphin ocre... Comme avec la forme des nuages, la roche, nous of
fre un divertissement qui nous fait oublier les quelques rafales qui déboulent du haut des falaises.

Derrière ce spectacle minéral, un vaste demi-cratère, regorge de végétation. Les verts se jouent des ombres et lumières dispensées par les nuages. Tout là-haut, un trou est taillé dans la roche. Il ressemble à une carie qui agacerait les dents qui se dressent maladroitement d'un sommet à l'autre.

Au bas des falaises, la roche offre encore des teintes rougeoyantes. Plusieurs grottes s'ouvrent. C'est incroyable on dirait leurs contours peints par l'homme. Une bordure de brique... mais elle est naturelle.

A voir ces variétés minéralogiques, nous ne pouvons penser qu'à ces premiers découvreurs qu'étaient les Maohis. Sans connaissances scientifiques, ils ont dû penser que de telles formations étaient l'oeuvre de quelqu'un... de quelque chose de si géant, capable de façonner des montagnes, avec de tels effets artistiques. Ils ne pouvaient imaginer que seule la nature était capable de faire pousser des volcans depuis le fin fond des océans. Aujourd'hui encore, nous devons nous raisonner et nous dire : "oui, oui, voilà des formations volcaniques, voici des orgues basaltiques..." Mais au tréfonds de nous, devant un tel spectacle, on ne peut qu'invoquer le "sur"-naturel.

Pour compléter une si belle découverte, à l'approche du mouillage de Hanatefau (prononcez Hanatéfaou) nous sommes accueillis par plusieurs familles de dauphins. L'eau est translucide, je les observe, depuis l'étrave, sous toutes leurs coutures. Ils nous guident un moment, ils nous abandonnent. Restant à l'arrière du bateau.
Sont-ils la garde rapprochée de la nurserie?
En réalité, nous avions lu ce matin un extrait de journal du bateau "Ratafia" qui avait séjourné 11 jours à Tahuata. Ils disaient que la baie servait de nurserie... A l'intérieur du mouillage, il y a à nouveau plusieurs familles. Ils regardent l'ancre chatouiller la surface de l'eau. Ils sont partout autour du bateau. Ils soufflent fort et lancent une purée d'embrun sur la coque.

Quelle joie d'arriver en si bonne compagnie!
Tout cela est de très bon augure... Si nos amis les dauphins nous tolèrent ici quelque temps, nous resterons en leur compagnie...


Mouillage calme dans la nurserie des dauphins, météo clémente malgré la pluie, et nature généreuse en fruits.

kaoha,

Nos parents nous disaient lorsque nous étions enfants que la vie appartient aux gens qui se lèvent tôt. Il aura fallu sans doute traverser bien des années et parcourir de nombreux milles pour leur donner raison, qu'ils nous pardonnent.

Au lever du soleil, Dom et moi sommes sur le pont. Dans les premières lueurs du jour, nous distinguons des ailerons partout autour du bateau. Les dauphins soufflent fort, très fort.

Je vous parle d'eux si souvent, que vous pensez-vous que je radote.
Point du tout!

Nos rencontres avec ces mammifères marins sont souvent fugaces, le résultat d'un concours de chances. Mais, ici, nous sommes chez eux. Il suffit de lever la tête dans le cockpit et nous les voyons barboter dans la baie. Un peu comme Caroline et sa famille d'otaries à fourrure des Galapagos. Sincèrement, il est difficile de ressentir la moindre lassitude en la compagnie d'animaux sauvages et pourtant si proches.

Nous ne sommes plus que deux bateaux au mouillage, demain nous serons seuls, pour profiter de ce spectacle que la nature nous offre. Pour quelque temps, nous serons donc les observateurs privilégiés de la famille de dauphins qui a élu domicile dans cette baie.

Je vous assure que nous ne boudons pas notre plaisir et vous recevrez des nouvelles régulières de tout ce petit monde que nous observons soit depuis le pont, soit en kayak.

Question climat, la houle est calme. Nous ne ressentons presque pas les effets des alizés qui ne passent la haute montagne qui nous abrite que par de rares rafales de faibles intensités. Nous entrons dans la saison des pluies aux Marquises. Le pont est propre, les hublots sont clairs, le bateau est content. Un très beau climat où nous ne grillons pas sous les trop violents rayons du soleil. Entre les grains, nous avons droit à des périodes ensoleillées, suffisantes pour aller se balader, profiter de l'environnement, mais pas assez généreuses pour recharger les batteries.

Le décor autour de l'Etoile de lune est serein. La baie est évasée, nous logeons sous une falaise tapissée de végétation, un petit village s'étale au sud, à un mille du mouillage. Le décor est moins spectaculaire qu'à Hanavave, mais les courbes douces des monts environnants sont plus reposantes à l'oeil.

Dom est parti en reconnaissance. L'accostage est «rock and roll» ! Il n'y a pourtant pas de rouleaux, ou de houle. Mais la grande respiration pacifique monte et descend le long de gros rochers ronds et glissants. Il a fallu toute l'ingéniosité d'un capitaine pour débarquer de son kayak. Il m'a ramené de sa balade, deux mangues. Il me promet une récolte plus prodigue lors d'une prochaine visite à terre...

Hé bien... je vous le dis! Nous ne sommes pas partis d'ici!
Un mouillage solitaire, des dauphins, des fruits, un plan d'eau qui ne pose pour le moment pas de problème... Voilà des ingrédients qui nous plaisent pour le menu des prochains jours!


Des petites photos entre nous de nos meilleurs amis du monde!

Notre histoire avec l'île de Tahuata n'est pas finie. Mais... nous y mettons un brin d'interruption.

Hier matin, tandis que nous regardions les dauphins sauter autour du bateau, nous observions également une houle suspecte entrer dans le mouillage. Le capitaine fronce les souris, le moussaillon s'accroche à son inséparable appareil photo, et roule notre Etoile sur le plan d'eau rebondi.

Nous la laissons faire. Le spectacle est trop beau.

Hanatefau, la baie où nous sommes, est aussi surnommée la baie des dauphins. Croyez-moi cette dénomination n'est pas usurpée. Autour du bateau une dizaine de familles de dauphins prennent leur quartier. Il y a autour de nous et en permanence depuis samedi dernier une centaine de dauphins qui s'amusent. Ce sont des dauphins à long bec. Nous les identifions grâce à leur long rostre, mais aussi par les sauts extraordinaires qu'ils exécutent en série. Un dauphin qui saute le fera trois, voire quatre fois. Leurs bonds sont reconnaissables, ils exécutent des sauts périlleux selon l'axe longitudinal. Autour de nous, c'est un festival de splashs! Et je vous assure que sur mon objectif, le bond... du moins le résultat du bond, c'est à dire le spash est la chose la plus facile à capturer. Que d'eau, que d'eau... Heureusement que nous n'en sommes plus aux photos papier!

Vive le numérique!

Je m'en donne à coeur joie. J'essaye non seulement de capturer les bonds, mais aussi, les couples "maman-bébé". Nous sommes au coeur d'une réelle nurserie. Les bébés naissent et aussitôt, ils sont envoyés au-dessus de la surface par une "tante", une cousine... bref des marraines, afin qu'ils prennent leur première goulée d'air! C'est magique. Mais ce n'est pas "capturable", je ne peux que vous raconter, l'immense joie de voir virevolter ces animaux marins que nous aimons pardessus tous. Les mamans, dès que la première goulée d'air est prise se collent à leur petit. Les dauphins nagent, collés serrés. Nous voyons de grands dos de part et d'autre d'un tout petit aileron qui fait ses premières "brasses". Toute la famille sonde dans une harmonie parfaite. Prise d'air bruyante, et zoop, tout le monde disparaît dans une chorégraphie coordonnée pour célébrer à chaque plongée la beauté de ce monde. Ils passent dans un sens sous les panneaux solaires, dans l'autre sous la jupe arrière, plus tard, les adultes exécutent un saut, juste à l'avant du bateau. Et re'saut, et re-re-saut!

Impossible de quitter le pont, c'est hypnotique.

Notre Etoile est indifférente à tout ce spectacle. Des rouleaux type "Concours de surf à Hawaii" se forment très près derrière notre Etoile.Nous sommes ancrés poupe vers la plage. Et notre situation devient très inconfortable!

Nous étions prévenus et Jean-Yves, notre météorologue de choc, nous avait bien confirmé que la houle viendrait gâcher le spectacle. Les tempêtes du sud Pacifique envoient de la houle de Sud Ouest, tandis que deux belles dépressions entre Russie et Canada nous envoient de la houle de NNW. Résultat : la quasi totalité des mouillages sont impraticables. Tous... sauf un ! Tahauku sur Hiva Oa.   Incroyable mais vrai! Cette baie que nous avons fui, tant elle était infernale, se trouve être notre havre d'aujourd'hui.

Comme quoi, les meilleures alliés d'un beau séjour aux Marquise sont "de bonnes prévisions météo" et la mobilité!

Il est probable que nous fuirons Tahauku dès qu'une houle de Sud-Est sera prévue. Mais en attendant, nous arrivons "pile-poil" pour une fête qui se déroulera demain. "La fête du tourisme". A Hiva Oa! Là, nous répondons présents, pour grossir les troupes. Car il n'y a sur l'île plus aucun bateau de passage à part nous, les pensions ne sont pas pleines et il n'y a pas de paquebot promis avant plusieurs mois. J'espère, pour eux, que nous ne serons pas les seuls "touristes" de l'île à venir honorer les "fêtes"...

Je vous raconterai cela... Mais en attendant, voici quelques photos, pour que vous soyez avec nous. Et surtout avec eux...

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