Marquises - Fatu Hiva

Comment une île de 8 milles nautiques de long parvient-elle à nous faire marcher pendant 5H30 et sur 18 km ?

Kaoha,

Nous savions depuis notre arrivée à Fatu Hiva que le "must des must" (en bon français!) était d'effectuer la randonnée qui relie Omoa à Hanavave ou l'inverse. Vous me direz : "pas de problème, vous avez marché sur 27 km autour de la caldéra d'Isabela, pourquoi pas 18 km à Fatu Hiva?"
La grande différence est qu'à Isabela, un beau taxi tout jaune nous emmenait pas loin du sommet et qu'arrivés à 1300 mètres, il nous restait 200 mètres pour atteindre le sommet et nous y balader, "quasiment" à plat! A Fatu Hiva, par contre, aucun taxi! Nous partons du niveau de la mer et gravissons pedibus jambus les 1000 mètres (ou presque!).

Dans la première semaine qui suit notre arrivée, nous nous cachons derrière tous les prétextes et nous repoussons l'échéance. Capitaine et moussaillon s'entendent à ravir pour se dire que monter à la croix qui surplombe le mouillage est un exercice suffisant qui comblerait largement notre curiosité.

En avant! La mini troupe grimpe à l'assaut du mont qui domine la Baie des Vierges de ses quelques 800 mètres. En chemin nous croisons un couple, puis un autre, et tout en bavardant nous loupons la croix. Marche contemplative et photographique où les muscles des mâchoires sont mis à rude épreuve et nous nous retrouvons à mi-chemin sur la piste d'Omoa. Il nous reste 3 heures de marche... Nos compagnons rebroussent chemin. Nous continuons main dans la main et coeur vaillant. Mais, des villageois, qui eux sont en 4x4, nous disent que nous sommes imprudents. Nous n'avons pas prévu le retour...

Le retour?
Hé oui... arrivés à Omoa au bout de 6 heures de marche, on ne va pas refaire le chemin à l'envers, le soleil ne brille pas assez d'heures dans la journée, ça deviendrait du "camping". Il faut prévoir le retour en barque. Et nous ne trouverons pas nécessairement une bonne âme qui veuille faire le trajet, entre Omoa et Hanavave. De plus, les villageois demandent 50 euros pour effectuer ces 3 milles nautiques en barque. Bouh!!!! Que de complications! Nous n'étions pas partis avec notre tirelire et le prix du taxi nautique nous paraît prohibitif. Nous décidons donc de faire demi-tour... à contrecour, l'esprit déçu, frustré... mais résigné.

Une semaine plus tard, les muscles alertes, l'oeil rivé sur les sommets de notre déception de n'avoir pas accompli "le must", nous rencontrons François et Francine du bateau Yovo. Leur fils est un "raider", il dispute des courses de 100 km et plus. Ce garçon, Paul, de 34 ans a fait le tour du Mont Blanc (98 km) en course à pied. Oui, oui, ce type de performance existe! Bref, Paul a demandé à son papa, François d'aller le chercher à Omoa. Tandis que Paul gravit au pas de course et en 2 heures les 18 km, nous sommes embarqués dans l'annexe de François et Francine et nous parvenons via la mer, au point de départ de ce qui, pour nous, sera une très belle randonnée contemplative de 5H30.
Hé... on n'a plus 30 ans!

Sincèrement, ça vaut le coup!

Il ne faut jamais céder à la comparaison. Pourtant, je ne cesse de penser à la Corse. L'île de beauté est rouge, mais elle a cette même façon de lever des pics acérés vers le ciel. A Fatu Hiva la montagne est tapissée de végétation, quelques parois verticales ne permettent pas l'implantation d'arbres et laisse sa roche à nu balayée par les vents et les pluies. Ceux-ci creusent des sillons et dévoilent tantôt une cascade, tantôt un nuancier de roches qui passe du gris à l'ocre et au rouge tendre. Ces interludes dans la végétation soulignent davantage l'épaisseur de la forêt. C'est un festival de verts.

Le chemin est à la fois nourricier et fleuri. Des buissons impénétrables de manguiers embaument de fruits mûrs, des bananiers envoient leur régime par-dessus nos têtes, des citronniers, tels des petits Poucets, laissent sur le chemin leurs fruits en guise de balises. Des fleurs d'hibiscus jaillissent d'un bouquet de yuccas. Des farandoles de rouges, de jaunes, d'orange dansent sur toute la route.

La piste est sèche. Heureusement ! Dans les tournants, le sol se transforme en farine rouge, sous la pluie cela deviendrait une gadoue difficile à gérer. Le ciel est splendide, aussi lumineux qu'un saphir à peine taillé. Des pomelos de nuages offrent une perspective superbe sur les sommets de l'île. Le décor ne se contente pas de donner deux dimensions : un avant-plan et un arrière-plan. A Fatu Hiva le spectacle prend de l'envergure ! Un avant-plan fleuri, un second plan où une vallée dégringole sur un toboggan végétal, un troisième plan où un ancien cône volcanique reprend de l'altitude et se laisse envahir d'une végétation indisciplinée, cette dernière escalade le quatrième plan : des sommets vifs, taillés sans ménagement qui vont chatouiller les nuages sur fond d'azur.

A chaque virage le panorama s'offre sous un angle différent. Le regard s'entraîne à jauger des nouveaux repères. Tout est trop grand pour entrer dans la tête. Acun objectif au monde ne parvient à cadrer des proportions aussi gigantesques. Le chemin nous emmène d'un cratère à l'autre. Entre deux, à mi-chemin, les gentils Marquisiens ont construit une cabane à pic-nique. Dominique sort de son sac à dos, le casse-croûte de Corine.
Qui est Corine?
Elle tient la boutique d'Omoa où l'on trouve le pain, des denrées de base, quelques bricoles essentielles à la vie, comme le gaz... Au matin, lorsqu'elle nous a vus entamer la randonnée, d'autorité, elle nous a fait attendre dans sa cour, elle est allée préparer des omelettes baveuses cuites aux oignons, elle a rajouté une demi-baguette. Elle voulait également que nous emmenions de l'eau glacée de sa source, car elle trouvait que nous partions un peu "trop légers".

Nous ne nous éternisons pas entre les deux cratères. Après 9 kilomètres de montée et le casse-croûte, nous ne pouvons laisser nos muscles se refroidir, nous ne repartirions plus. Nous sommes confiants, il nous reste 9 km de descente, cela devrait "rouler" tout seul! Si dans la montée j'avais parfois la sensation d'être un gros camion aux freins serrés qui ne parvenait pas à passer la deuxième vitesse, dans la descente je me prends pour un mutant de fakir qui tour à tour marche sur des clous ou sur des braises selon l'état de la route. Dom quant à lui fait des calculs savants et le résultat du degré de la pente cause un court-circuit entre ses neurones et la cinquième lombaire. Mon pied droit qui hurlait "A l'ampoule!" au travers de la chaussette et de la chaussure a cessé ses cris pour laisser gémir mes genoux et les muscles des cuisses.

Bon Dieu qu'elle est raide celle-là!

Nous avions perdu de vue l'océan, il revient à nous, sur un horizon gris métallisé qui s'étale à l'infini. A 900 mètres sous nos pieds, notre Etoile nous attend sagement dans la baie taillée en V.

Courage!
Il ne reste que quatre kilomètres! Sur cette fin, Dom et moi calculons les années, les mois, les semaines qui nous séparent de notre tendre jeunesse aux muscles alertes. La somme que nous obtenons intensifie nos courbatures. Et nous arrivons à Hanavave, les caméras farcies de clichés, nos mémoires comblées et nos corps vidés de toute énergie.

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