Marquises - Côte sud de Fatu Hiva

Kaoha,

Pour la dernière nuit, un mouchoir de poche a suffi à nous propulser, sous la pointe sud de Fatu Hiva.

Au petit matin, notre valeureux E.T., qui a barré jour et nuit depuis le mouillage de Puerto Villamil aux Galapagos, jusqu'au mouillage de Hanavave aux Marquises, effectue tel un Hercule des Océans, ses derniers travaux. Rien ne l'a épargné sur le parcours. Pour le final, la mer sous le cap Teae est plus grosse encore qu'au large, les rafales s'abattent sur le bateau du haut des pics acérés. Notre bout de génois affronte ces rebuffades avec bravoure. Il pointe le nez vers les roches acérées, l'air de dire :
"Ha, ha! Tu ne me fais pas peur, je viens de loin et ce n'est pas toi qui vas m'en raconter, l'océan s'en est chargé!"

Le combat est titanesque, le soleil se lève derrière des montagnes d'eau noire, il darde ses rayons impitoyables sur une écume vrombissante. L'océan a fait la bamboula toute la nuit. Un chahut de tous les diables! A croire qu'un conciliabule houleux réunissait sous l'Etoile toutes les divinités de l'Océan! J'ai la sensation que l'omnipotent Poséidon s'est servi de notre dérive comme un bambin agiterait son hochet. Mais notre Etoile est fière et redresse le museau à chaque facétie du Dieu Océan.

A l'approche de Fatu Hiva, le conflit gagne un combattant : cette petite terre du bout du monde défie les dieux du large et prend notre Etoile à témoin. Du haut de la montagne, le vent dévale, court, fond sur nous. Les haubans sifflent, une vague monte à bord, l'Etoile plie et gîte. Mais elle se redresse. Infatigable, le Cap Teae s'époumone sans pour autant parvenir à décourager notre monture.

Le spectacle est saisissant. A la pointe Mahitoa, les falaises grimpent dans les nuages. D'une traite, une paroi aux angles vifs et affûtés jaillit de la mer. Un décor sans concession, une armure de pierre face à l'océan indomptable. Au ras de l'eau, les vagues, sans complexe, répondent aux crêtes de roches. C'est à croire qu'ils se lancent des défis, qu'ils concourent chacun dans des catégories d'intouchables.

Dans ce théâtre grandiose, le monde des hommes est insignifiant. Un clocher apparaît au détour du Tataahoa. Omoa, le seul village de cette île de 8 milles de long, niche au creux d'une baie à l'abri incertain. Un clocher d'église se fraye un chemin dans l'épaisse végétation. Il est la marque de l'insignifiante quête, de la dérisoire ambition d'asservir une nature qui jamais ne se soumettra.

L'île tout entière est la marque de cette toute-puissance.

En contournant la pointe Teohootetoa, nous laissons derrière nous rafales hargneuses et océan grincheux. Nous retrouvons un équilibre, une liberté de mouvement. A l'approche du mouillage de Hanavave, quelle n'est pas notre surprise d'y trouver 21 bateaux. Nous avons parcouru tout ce chemin, pour retrouver les mêmes, ceux qui étaient dans la Caraïbe, et aux Galapagos. Le temps de leur séjour, Fatu Hiva est le "Saint Trop" du Pacifique. Nous sommes le seul bateau français. Nous avons donc 11 voisins canadiens anglophones (pas un québécois... snif!), 7 Américains, 1 Hollandais, 1 Allemand, 1 Danois, et un Japonais.

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