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Message 93 – écrit en mai 2011
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Nombre de personnes inscrites à la lettre : 989
Position de L'Etoile de Lune : Moorea, Opunohu

RAPA NUI, le puzzle aux pièces manquantes

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« Chaque fois que l'aube paraît, le mystère est là tout entier. » René Daumal, Poésie noire et poésie blanche


Programme à venir
Villégiature au coeur des îles de la Société...

moaiLes nouveautés sur notre site internet : etoiledelune.net
Nous vous invitons à consulter une page que nous avons particulièrement soignée pour vous. Elle vous conduira au coeur des sites archéologiques de l'île de Pâques. Mais pas seulement, car nous avons sélectionné les images des plus beaux panoramas de l'île, vous emmenant successivement dans les tunnels de lave, au creux de cratères polychromes, sur les sommets de falaises vertigineuses, au bord d'un rivage aux rouleaux d'écume hypnotiques... Cliquez sur chaque icône de la carte Google et c'est comme si vous y étiez!

Sur le Blog : www.etoiledelune.fr/blog
Des anecdotes, des photos, des rencontres, des coups de coeur ou de pousse, en bref, l'essence du voyage au quotidien et aussi les annonces de trois bateaux de copains à vendre en Polynésie ou en Méditerranée.

En fin de message
Pourquoi nous ne sommes pas allés à l'île de Pâques en bateau (explication en images)


Résumé
Notre Etoile reste amarrée à une bouée du mouillage principal de Tahiti. Valérie du bateau Tam Tam, nous emmène à l'aéroport au milieu de la nuit. En cinq heures de vol, nous changeons de monde, de fuseau horaire et de climat, nous voici à Rapanui. Cette tête d'épingle de l'immense océan Pacifique entretient les plus fascinantes énigmes anthropologiques de notre planète. Elle est aussi l'île de tous les excès. Sur place, nous nous livrons au jeu des questions sans réponse. De quoi alimenter notre curiosité pendant tout le séjour... Mais au-delà de l'aspect archéologique, ce qui nous a le plus séduits, ce sont les milliers de chevaux dans un paysage polychrome surgissant du bleu cobalt océanien.


Bonjour,

rapa nuiJe vous avoue que cette lettre..., je ne sais par quel bout la prendre! L'île de Pâques est vraiment une île à part sur nos océans. Une île à part entière et « à part d'ailleurs ». Ce n'est pas tant son éloignement qui m'interpelle, mais l'empreinte minuscule de sa solitude.

Il suffit de se pencher sur une carte du plus grand océan du monde pour s'en rendre compte. Les archipels de Polynésie sont à plus de 7000 kilomètres de la plus proche des côtes continentales, tandis que l'île de Pâques n'est qu'à 3700 kilomètres des côtes du Chili. Mais ses cousines polynésiennes se regroupent par dizaines, alors que l'île de Pâques flotte seule. Sa plus proche voisine, Pitcairn, se situe à 2000 kilomètres à l'ouest. Toutes deux rivalisent au panthéon des îles lilliputiennes. Pâques forme un triangle, d'une grandeur similaire à la forêt de Fontainebleau, dont la base mesure 23 kilomètres sur une hauteur de 12 kilomètres et compte environ 5000 habitants, dont 40% seulement se disent les descendants des Rapanui.

Imaginez la vie des insulaires sur cette tête d'épingle, desséchée par les vents furieux, battue par une houle qui ne se calme que trop rarement...

D'accord, depuis 1971, et l'ouverture d'une ligne aérienne régulière entre le Chili et Rapanui, l'île s'est largement ouverte au monde. Les touristes affluent, chaque année plus nombreux, apportant avec eux, un flot de dollars grâce auquel la population a atteint un niveau de vie respectable. Mais je ne peux m'empêcher de penser que ceux qui ont connu l'isolement dans sa signification la plus profonde gardent une empreinte génétique de ce qu'ils ont subi. Ce ressenti est d'autant plus fort, pour les touristes venant de Polynésie, où les regards sont ouverts, les sourires toujours prêts à vous accueillir. Sur l'île de Pâques, la population est discrète, voire pudique. Sans doute, les visiteurs ne restent-ils pas assez longtemps pour nouer des liens réels? Et la population qui voit défiler entre 50 000 et 70 000 touristes par an, soit de 10 à 14 fois plus que sa propre densité, ressent inévitablement une certaine lassitude.

rapa nuiDonc nous éprouvons un premier étonnement en ce qui concerne le contact avec les insulaires. Pourtant à la faveur de certains sourires plus engageants, nous avons trouvé des autochtones prêts à communiquer et à nous parler français. Quelle belle surprise! Les Pascuans aiment les Francophones, et en particulier, les Polynésiens, qui sont après les Chiliens les plus nombreux à visiter leur île. Chaque pascuan rêve d'aller un jour à Tahiti. Du fin fond de leur génétique, ils se sentent Polynésiens! Ils se vexent quand les visiteurs les rattachent aux « latinos ». Tout cela n'apparaît pas au premier abord. Les traits physiques des Pascuans étant largement apparentés aux Sud-Américains. Mais ils s'opposent « au colonisateur chilien » et au rattachement administratif, prônant la génétique contre la politique.

D'où viennent donc ces Pascuans tant imprégnés de leur passé?

De l'ouest! A l'origine, tous les peuples insulaires de l'océan Pacifique viennent des côtes asiatiques. Par étapes successives, ils ont progressé, contre les vents et les courants d'ouest en est. Si au départ de leur colonisation, les navigations étaient relativement courtes, les dernières terres à conquérir le furent au prix d'efforts et d'un savoir-faire nautique qui ne connaissent pas d'équivalent sur notre belle planète. Nul autre peuple n'est allé si loin, sur des embarcations archaïques, sans instruments, suivant leur instinct, guidé par un chemin d'étoile et la manifestation d'oiseaux pélagiques ou de nuages.

rapa nuiLe peuple pascuan serait d'origine marquisienne et plus probablement rikitéenne (îles Gambier). Imaginez, des pirogues doubles façonnées dans les plus grands arbres de ces archipels, surmontées en leur milieu d'un abri sommaire où se réfugiaient plusieurs familles, des poules, des cochons, des chiens et bon nombre de racines alimentaires (patates douces, ignames, taro...). La flotte s'élançait sur l'océan, bravant les houles erratiques. Les navigateurs sans savoir si une terre les accueillerait de l'autre côté de l'horizon poursuivaient leur route, contre les vents. La seule terre qu'ils trouvèrent, après les Gambier fut Rapanui, soit à 4200 kilomètres de leur point de départ. Quelles étaient les motivations de ce peuple? Pourquoi quitter leur terre? Conflits entre clans? Pénuries de nourriture? Nul ne le sait. Mais le résultat est là, entre 1000 et 1200 apr. J.-C., une poignée d'hommes et de femmes débarquèrent sur l'île la plus occidentale que le peuple polynésien ait conquise.

Que découvrirent-ils? En ces temps-là, l'île n'avait supporté aucun humain. Les vents, les oiseaux avaient importé les graines permettant à au moins 22 espèces de ligneux, d'arbres et d'arbustes de se développer. L'étude des sédiments a prouvé que l'île fut jadis couverte d'une belle forêt.

J'utilise le mot « jadis » en le lestant de tout son poids! Car en moins de 500 ans d'occupation humaine, l'île se retrouve complètement dénudée. Disparue la forêt endémique! Seuls quelques arbres se cramponnent aux parois des cratères les plus profonds. Que s'est-il passé? Chacun y va de sa petite théorie. Rassemblant celles des uns et des autres, voici un itinéraire probable de cette nation.

rapa nuiLes Polynésiens avaient toujours vécu sous un climat tropical. Celui-ci pardonne les comportements dilapidateurs : l'humidité et la chaleur aidant à reconstituer en permanence la flore, fournissant un abri pour la faune. Ce peuple débarquant avec ses habitudes de consommation sylvestre ne s'est pas rendu compte de la fragilité de leur nouvelle terre d'adoption, trop menue pour se régénérer. Outre la petitesse du lieu, le climat y est trop rude pour que la nature foisonne et suive le rythme dévastateur des humains. On peut tout imaginer pour justifier la disparition de la forêt: des incendies indomptables causés par des guerres de clans, des périodes de sécheresse particulièrement longues, l'insatiable besoin en bois engendré par l'érection des statues mégalithiques que sont les Moai... La configuration de l'île, où chaque vallée est facile d'accès, n'a pas permis non plus de préserver quelques oasis. Tout est envisageable, à tel point que certains scientifiques parlent d'écocide ou de suicide écologique, ce qui suppose une conscience de destruction. Mais à l'aune des habitants d'antan, chaque génération n'a pu se rendre compte de la disparition des forêts. Elles reculaient subrepticement.

Il y a donc bel et bien eu sur cette île, dilapidation du patrimoine naturel par inconscience et incapacité de prévoir les conséquences des actes de tous les jours.
Devrions-nous en prendre de la graine?

rapa nuiLe retour vers le passé, et le parcours des Pascuans est d'autan plus difficile à décrire, que les ancêtres n'ont pas laissé de fil d'Ariane. Certains morceaux de bois sculptés tentent à faire croire qu'ils ont mis au point les prémices d'une écriture. Mais ces « bois qui parlent » (ou tablettes de Rongo Rongo) n'ont pas livré le moindre indice pour aiguiller les contemporains à retrouver le chemin des ancêtres. La marque la plus représentative laissée par ces derniers reste le culte au Moai. Ils sont environs 900 sur l'île. Dressés, couchés, écroulés, ensevelis, encore accrochés à la paroi de basalte du volcan dont ils sont issus... Dans quelque position que ce soit, ces monstres de pierre gardent emprisonnés dans leur regard tous les secrets des ancêtres. Là aussi, au pied des « ahu » (autel où sont dressés les Moai) l'étonnement est au rendez-vous.

rapa nuiAvant de débarquer sur l'île de Pâques, nous avions vu, comme tout le monde, des photos des statues emblématiques. En les côtoyant, nous basculons dans un autre monde. Nous plongeons dans la stupéfaction devant ces statues disproportionnées, inhumaines. Nous imaginons l'énergie, le travail et les ressources qu'elles ont exigés tandis que ce peuple ne disposait que de l'industrie de l'âge de pierre. Outre les sites archéologiques d'Anakena, de Tongariki ou d'Akivi, où des statues de plusieurs mètres de haut et de plus de dix tonnes sont aujourd'hui re-dressées grâce aux nombreuses restaurations, le site de Rano Raraku est celui qui nous interpelle le plus. Tout autour du volcan près de 400 statues semi-ensevelies sont abandonnées. Certaines sont inachevées, mais la plupart d'entre elles sont finies, quasiment parfaites. Elles semblent attendre « une reprise » de l'esprit mégalithique de l'île.

Nous n'avons pas en mémoire de telles pratiques. Par exemple en Egypte au temps des pharaons, des obélisques ont étrapa nuié abandonnés, en raison de défaut de la matière première, de ratage des sculpteurs ou parce qu'elles n'ont pas résisté aux manipulations de transport. Mais sur les flancs du Rano Raraku, les Moai se comptent par centaines. Qui a ordonné cette frénésie productive? Pourquoi mener à bien tant de sculptures sans avoir l'intention de les sortir de la carrière? Pourquoi avoir fourni tant de travail pour les laisser là, inutiles, face à l'infini, à la merci de l'érosion? Tout cela donne l'impression d'un immense gâchis, la sensation que ces statues ont été commandées par les caprices mégalomanes de certains chefs ou prêtres, puis qu'ils les ont reniées pour se tourner vers un autre culte.

Le successeur des Moai se nomme « l'homme oiseau ». Si les Pascuans renoncèrent aux Moai, laissant le temps les renverser de leur piédestal, ils ont toutefois persévéré dans l'art de la sculpture. La façade sud-ouest du volcan Rano Kau est tapissée de plus de 650 pétroglyphes représentant ce culte, ainsi que le dieu Make Make. Moins spectaculaire que leurs prédécesseurs, la pratique de ce culte est pourtant renversante. rapa nuiChaque année au printemps, sur l'aplomb de la falaise de Rano Kau, tous les chefs et les prêtres de l'île se réunissaient pour l'avènement du printemps. A cette occasion, chaque chef élisait un représentant en charge de découvrir et de lui ramener le premier oeuf pondu par les sternes. Celles-ci, oiseaux pélagiques migrateurs, viennent chaque année se reproduire sur les îlots satellites du volcan Rano Kau. A charge pour le "représentant" de descendre de la falaise en à-pic de rejoindre sur un radeau de roseau les îlots et d'attendre patiemment l'heureux événement, puis de revenir, à la nage, avec le précieux butin vers son maître. Le vainqueur de cette compétition était immédiatement intronisé "roi de l'île" ou le Tangata Manu (homme oiseau) jusqu'au printemps suivant. A l'occasion de sa nomination, un homme à la tête d'oiseau était gravé dans la falaise. Sur les bas-reliefs l'homme oiseau était accompagné d'un visage aux grosses joues et aux yeux globuleux représentant le Dieu créateur du monde rapanui, Make-Make. Ce culte perdura jusqu'à l'évangélisation des Rapanui en 1868.

rapa nuiOutre l'originalité de cette compétition, nous trouvons sur le site quelques indices qui nous permettent de mieux comprendre le quotidien des ancêtres. Ils construisaient des maisons semi-troglodytes. Très basses, leurs entrées étaient si exigües que les habitants ne pouvaient y pénétrer qu'en rampant. A l'abri des vents violents et des embruns, les familles s'entassaient dans un confort plus que sommaire. Les nombreux tunnels de lave qui jalonnent le sous-sol rapanui servaient également de refuge aux familles. Lorsque les toits de lave s'effondraient, elles en profitaient pour planter bananiers et taro, toute sorte de plantes alimentaires, profitant de la protection naturelle contre les vents, de l'humidité préservée par l'enclave volcanique et d'un brin de lumière se faufilant par la cassure.

Mais ne vous fiez pas à ces quelques lignes qui témoignent d'une capacité à vivre dans un écosystème appauvri. Lorsqu'en 1722, Jacob Roggeveen, premier navigateur à décrire l'île de Pâques, débarque, il trouve un désert, et se demande comment les insulaires survivent dans de telles conditions. Ils ne mangent que des racines (Taro, ignames...), n'ont plus le moindre bout de bois pour construire des pirogues qui leur permettraient de pêcher, ne disposent pas de sources d'eau potable et se contentent de puiser l'eau saumâtre des sources à marée basse. Plus tard, James Cook a cette phrase lapidaire pour décrire son escale : « Aucune nation n'a intérêt à revendiquer l'honneur d'avoir découvert cette île, car peu d'endroits au monde offrent moins de commodités pour la navigation. Il n'y a pas de mouillage sûr, ni d'eau douce qui vaille le transport. La nature s'est montrée fort avare de ses dons à l'égard de cette île. »

rapa nuiA partir de la fin du dix-huitième siècle, le destin des insulaires bascule dans ses plus tristes chapitres. Les escales des Européens propagent au sein de la population des maladies telles la tuberculose, la syphilis, la variole... Pour ajouter à leur malheur, des navires négriers péruviens opèrent des razzias sur l'île emportant vers les mines de guano continentales plus de 1500 insulaires. Les survivants de cette période esclavagiste ont maille à partir avec un despote, français d'origine, qu'ils nomment Pito Pito (le despote) de son vrai nom Jean-Baptiste Onesime Dutrou-Bornier, auto proclamé premier roi de l'île de Pâques. Plus de quatre cents insulaires fuient l'hégémonie de l'usurpateur. Ils se réfugient à Tahiti. Entre les rafles des négriers, les maladies et l'exode des survivants, il ne reste plus en 1877 que 111 habitants sur l'île de Pâques, dont une cinquantaine atteinte de la lèpre.

Qui sauvera les Rapanui de la misère et d'une disparition programmée?

Dans un premier temps un évêque et un consul. Le premier officie à Tahiti et se nomme Mgr Tepano Jaussen, il est aidé du consul de France à Lima, M de Lesseps, tous deux s'insurgent contre les navires négriers et mettent fin à cette abomination. Par la suite, des hommes d'Eglise épouseront le sort des Rapanui. Ils vivront dans des conditions innommables afin d'infléchir le destin des habitants.

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En 1888, le Chili annexe l'île de Pâques, volant la politesse au Pérou (plus proche). Mais cette annexion n'améliore pas la situation matérielle de l'île. A l'aube du vingtième siècle, la population croît lentement, ils sont à peine 230. Dès 1903, chacun doit abandonner son bout de terre pour être parqué autour de Hanga Roa, la partie sud ouest de l'île qui est encore aujourd'hui la seule partie de l'île habitée. Le reste du territoire est "cédé" à la compagnie anglaise Williamson et Balfour. Celle-ci est responsable de la dévastation des terres, par l'élevage intensif de ses moutons. La compagnie ne quittera l'île, avec ses moutons, qu'en 1953.

rapa nuiEnfin, en 1960 un véritable renouveau s'amorce. La lèpre a disparu des foyers. Les archéologues, toujours plus nombreux, débarquent. Attirés par le mythe pascuan et l'envie de déchiffrer ses énigmes, ils apportent une bouffée d'énergie, une conscience d'un passé glorieux. En chef de fil, le célèbre explorateur norvégien, Thor Heyerdahl.

Au milieu du vingtième siècle, tous les Moai sont renversés, certains par des tsunamis, d'autres, par manque d'entretien, se sont écroulés. Thor Heyerdahl a l'idée de recruter les insulaires pour tenter d'en redresser un et de comprendre comment, au temps de la préhistoire de Rapanui, les habitants s'y prenaient sans connaître la roue et ne disposant que d'outils, type herminettes d'obsidienne. Cet événement n'a pas seulement restauré un « Ahu », il eut pour conséquence déterminante d'offrir une nouvelle fierté aux Pascuans.

rapa nuiEn voyant leur travail récompensé par le redressement de ce premier Moai, la population prend conscience de son patrimoine. Elle va désormais défendre son dû. Elle empêchera que les missions archéologiques emportent vers leurs musées nationaux tout ce qui leur tombe sous la main (du moins, il faudra encore attendre un moment pour parvenir à ce résultat). Mais la graine est plantée. Les archéologues, plutôt que d'emporter chez eux les vestiges d'une civilisation, travailleront sur place (notamment W. Mulloy et William Ayrès de l’Oregon). Ils trouveront des financements pour qu'un maximum d'autels sacrés ne ressemble plus à une masse informe de pierres effondrées, mais perpétuent le souvenir d'une nation qui dépensa une énergie considérable, un savoir-faire inouï et une imagination sans borne pour adosser aux vagues de l'océan le plus grand du monde leurs idoles.

Il a fallu un siècle pour que la population se sorte des tyrannies imposées par les étrangers et des maladies apportées par eux. Son renouveau est consommé en 1978, lorsque, le premier archéologue, Sergio Alejo Rapu, originaire de l'île vient travailler sur le site O Kava. Il est le symbole d'une nouvelle ère. Celle où les habitants accèdent aux métiers qui étaient autrefois réservés aux étrangers.

 

La fin du vingtième siècle marque la consécration de Rapanui. En 1995, l’île est inscrite au PATRIMOINE MONDIAL DE L’HUMANITÉ PAR L’UNESCO.

Le combat de la population n'est pas terminé, les initiatives sont nombreuses, et l'envie de redonner vie à leur terre est plus forte que tout. Certaines régions sont entièrement consacrées au reboisement. Des bosquets d'eucalyptus sont bien développés, la réimplantation d'arbres disparus est en cours. Plus que nulle part ailleurs, les habitants de l'île de Pâques sont conscients de la fragilité de leur terre. Ils ont la chance aujourd'hui de bénéficier de techniques de pointes qui transformeront peut-être, leur savane en forêt.

rapa nuiEn attendant ce jour, la configuration de l'île et le climat sec et frais invitent à de longues randonnées. Bien que souvent qualifiée de « désertique », l'île de Pâques n'est pas austère. Elle offre des paysages polychromes à la fois familiers et particuliers. Ses collines volcaniques ravivent des souvenirs de Bourgogne, ses maisons de pierres plates nous ramènent en Lozère, la teinte de ses cratères rouge ressemble aux côtes des îles de la Madeleine, la succession de dômes volcaniques de basse altitude évoque les décors de Lanzarote. Vous me direz que je n'ai pas aimé Rapanui, pour elle-même, mais pour les souvenirs d'escales qu'elle évoque en moi? Sous certains aspects, oui, je le confesse! Mais il suffit de musarder au coeur des cratères, tel celui de Rano Raraku ou de Rano Kau pour me convaincre du contraire.

Nous surplombons l'océan du haut de falaises de 300 mètres, sur son miroir bleu cobalt se reflètent les nuages immaculés. Le cratère, tel un oeil bleu, regarde le ciel. Il s'ouvre sur des a-pic où la roche anthracite se dispute la vedette avec ses soeurs rouge vif. Sur le lac poussent des totora (joncs) et les flancs du volcan gardent jalousement quelques arbustes nourriciers. Toute cette végétation jalonne de touches vert tendre la balade. Nous empruntons des chemins forgés par les chevaux dans les hautes herbes. Ils se regroupent, se coursent, indifférents à notre présence. Une faille creuse subrepticement la falaise côté océan. D'ici, quelques milliers d'années, au rythme où les soubassements de l'île s'affaissent sous la plaque tectonique de Naska, le lac du cratère se déversera dans l'océan et formera une baie profonde où les bateaux pourront s'ancrer.

Sur ce dernier point, je rêve!

rapa nuiEn contemplant les deux cargos et les trois voiliers au mouillage dans la baie d'Hanga Roa, nous nous félicitons d'être venus en avion. L'annexe ne sert à rien, mieux vaut une planche de surf pour débarquer! Ici, l'océan est magnifique, vu de terre! Les rouleaux d'écume furieux s'écrasent sans discontinuer sur le rivage et ravissent les pratiquants de paddle ou les surfeurs. L'océan s'écrase sur les falaises en gerbes pouvant atteindre et dépasser 20 mètres. Ces jours-là, l'île de Pâques est une citadelle imprenable. Les cargos de ravitaillement patientent au large, car ils ne peuvent accoster, il n'existe ici, aucun port assez grand, aucun quai suffisamment protégé. Tout l'approvisionnement se fait en baleinières lorsque le vent et la houle sont relativement calmes. Ces déchargements épiques sont l'occasion d'un spectacle unique, un ballet de virtuoses surfant entre les cailloux et les rouleaux de la houle...

Quel que soit le temps, chaque journée se finit à Tahia. Sur fond de coucher de soleil magistral se dessinent les silhouettes d'une lignée de Moai déformés par l'érosion.

Amitié marine
Nat et Dom de L'Etoile de Lune

L'accès à l'île de Pâques en voilier est rendu difficile par la houle Pacifique

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Présence fréquente d'une forte houle, interdisant toute approche des côtes de l'île de Paques.

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Le débarquement des cargos ravitailleurs a été suspendu durant plusieurs jours en raison de la forte houle.

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Le temps va se calmer, mais un équipage impatient se fait retourner par la houle résiduelle lors du débarquement en annexe.

Texte écrit par Nathalie Cathala et mis en page par Dominique Cathala en mai 2011 - Tous droits réservés
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