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tampon etoiledelune

Message 91 – écrit en février 2011
Nombres de milles parcourus : 18 188 milles
Nombre de personnes inscrites à la lettre : 957
Récit sur les Tuamotu : Ahé
Position de L'Etoile de Lune : Tahiti, mouillage de Punaauia

Un rêve de Tuam's vaut tous les diam's du monde

Le PDF

« Il y a bien longtemps de cela, Jean Bluche qui rentrait de son tour du monde sur Chimère en a ramené l'image la plus belle de ce qu'est un atoll :  Ni tout à fait la terre, ni tout à fait la mer, mais une union des deux, comme offerte au marin dans un écrin d'azur entouré d'immensité. » Tamata et l'alliance, Bernard Moitessier


Coup de projecteur :
Une famille vous raconte son année sabbatique en mer des Caraïbes. Des images émouvantes, drôles et surtout du rêve à portée de tous, retrouvez-les sur : www.lajolieboucle.fr


Programme de navigation jusqu'en avril :
L'Etoile de Lune restera sur Tahiti jusqu'à son carénage prévu fin mars. Début avril, nous aurons des travaux de maintenance à réaliser au chantier de Papeete. En attendant le matériel nécessaire, nous en profiterons pour visiter Tahiti, nous irons en vacances « terriennes », sur l'île voisine de Moorea, et puis sur l'île de Pâques...

Nouveautés sur le site : etoiledelune.net
Des guides pratiques et complets ont été réalisés pour vous :
- Guide détaillé des archipels nord et sud des Marquises (Version téléchargeable en PDF ou consultable en HTML)
- Guide général sur la Polynésie française avec détails sur Ahé, ainsi que la passe d'entrée de Papeete
- Pour les amoureux de sites extraordinaires, les curieux d'histoire sur un peuple légendaire, nous ouvrons une nouvelle rubrique : Polynésie
-
Plusieurs albums photo dont Marquis'art et Spectacle Moana - soirée merveilleuse

Blog : etoiledelune.fr/blog
Jour après jour, vous découvrez Tahiti par le petit bout de la lorgnette. De vastes sujets ont été traités en détail comme la merveilleuse et rocambolesque histoire des mutinés de la Bounty et ses descendants, ou l'établissement des Pomare par les missionnaires.


Contenu cette lettre :
Récit de notre séjour à Ahé
Conseils de navigation dans les Tuamotu
Photo du mois : Perles à déguster sans modération


Résumé
Après une jolie navigation de quelques jours, nous pénétrons dans le plus grand archipel du monde. Soixante-seize atolls disséminés sur 860 milles nautiques sont là, juste au bout de notre étrave. Nous laissons les conditions choisir, pour nous.
Quel sera celui qui nous accueillera en premier ?
Ce sera Ahé, celui sur lequel Moitessier avait jeté son dévolu pour rompre quelques années avec ses moeurs marines. Nous y vivons quelques jours, insouciants, dans la beauté pure de la lumière et des couleurs lagon. Nous y serions encore, si le bateau n'avait décidé de poursuivre sa route. Une panne handicapante interrompt notre idylle intitulée : Tuam's...


Bonjour,

Dans le courrier numéro 90, nous vous laissions au bout de 7 mois de séjour aux Marquises, au large de Ua Pou. Une brise de 25 noeuds nous poussait grand largue, nous mettions le cap au sud-sud-ouest vers les Tuamotu.
Ha, les Tuam's!
J'en ai rêvé autant que vous. La tête farcie d'images, je regarde sans regret s'éloigner les pics fantasmagoriques de Ua Pou. Mes neurones pétillent autant qu'une bouteille de champagne!

Notre Etoile a quitté ses allures de caravanes en escale, pour reprendre ses airs de baroudeuse. Je la trouve belle, ses grandes ailes blanches déployées sur le vaste océan outre-mer. Reprendre la mer après une longue escale, ouvre l'esprit sur l'avenir. Tout l'être se projette vers cette ligne infinie entre ciel et mer. L'horizon : l'un des plus beaux mots de notre langue, ne trouvez-vous pas? Il catalyse tous les rêves. Tous, même ceux que l'on n'ose à peine formuler. Il est fidèle, aussi. A la sortie des ports les plus encaissés, il est là, attendant simplement notre décision de partir! Autre mot magique de notre si belle langue: Partir ! Il rime avec les mots plaisir, désir, découvrir... Ah! Que j'aime cette langue qui nous offre autant de liberté qu'une étrave sur l'océan.

En mer, la vie est belle, l'océan Pacifique se montre gentil, doux, presque câlin. J'ai envie d'effacer l'ardoise où depuis plusieurs mois j'inscris tous ses défauts. Dom n'en est pas là. Il se bat avec la brise qui nous lâche. Fini l'alizé qui gonflait nos voiles, elles s'avachissent sur le tangon. Nous battons un record, celui du moins de milles parcourus en 24 heures : 70 en tout!

J'ai lu quelque part quelque chose qui disait à peu près ceci : « un capitaine qui ne tire pas le meilleur de son bateau est un mauvais capitaine ». Ben, voyons! S'il y a un endroit sur cette belle planète où les performances ne dépendent pas de nous, c'est bien en mer. Le bateau, l'équipage obéissent avant tout aux directives de l'Océan.

C'est une excellente école de la patience, où l'on apprend à accepter ce que l'on ne peut changer.

J'avoue que je suis si bien sur le disque bleu de 360 degrés que je n'ai rien envie de changer, pas même la brise molle et le tapis cabossé. Les nuits étoilées, la lune, la solitude à deux, que rêver de plus?

En 5 jours, 5 heures et 30 minutes de navigation, nous parcourons 500 milles, une moyenne de 3,8 noeuds. Il en resterait 100 pour atteindre Tikehau. Cet atoll m'attire. Je ne sais si c'est son motu nommé « île d'Eden » qui crée en moi les plus fous des fantasmes atolliens, mais c'est sur lui que j'ai jeté mon dévolu. Dom, plus pragmatique, ausculte la carte marine, il compte les milles, inspecte le ciel et la météo. Il décide : « ce sera Ahé! . Nous y serons par beau temps, sans faire trop de moteur, et nous pointerons notre étrave devant la passe de Tiareroa juste au moment de l'étale. »

C'est pour ça qu'il est capitaine et que je suis moussaillon! Moi je rêve, j'aide, j'exécute, parfois même j'obéis (il faut le dire vite!) et lui, il décide, il planifie, et surtout il gère les impondérables! J'adore ma vie de moussaillon! Pour rien au monde je ne lorgnerais d'autres galons!

Notre Etoile poursuit sa route sous pilote automatique. Je profite d'une vue enchanteresse. Un cordon de cocotiers pousse sur l'horizon. Il dessine la naissance d'une terre évanescente. La houle se calme et se range comme par magie. Dom descend à la table à carte. Il étudie la passe de Tiareroa. Il lit les instructions nautiques, consulte ses logiciels de marée, revient sur l'Opencpm (logiciel de navigation). En bref, il prend plus de précautions que jamais pour cet atterrissage.

Autrefois, les Tuamotu se nommaient « l'archipel dangereux ». Trop de navigateurs y ont laissé leur coque! C'était au temps du sextant, des cartes approximatives et de la navigation à la voile. Aujourd'hui, les technologies ont bien avancé, les informations circulent et s'affinent pour donner toujours plus de précisions aux navigateurs. Il n'empêche que pénétrer dans un atoll des Tuamotu ne se fait pas sans une étude détaillée des conditions.

Les premières sont de ne jamais y entrer de nuit ou à contre-courant. L'atoll se vide et se remplit selon le rythme des marées, s'engager dans un chenal à contre le courant est une entreprise périlleuse, voire impossible. Le courant y atteint 5 noeuds, soit la vitesse moyenne des voiliers qui naviguent au moteur.

D'autres facteurs nuisent à la navigation dans les passes. Un vent de face augmente l'effet de courant contraire. Une houle forte bâtit des murs d'écume, accentués par l'effet de couloir. Un ciel gris inhibe les variations de couleur d'eau qui dévoilent les hauts-fonds. Ah ! J'oubliais... Certaines passes se révèlent plus diaboliques que d'autres. Plus l'atoll est grand et moins il compte d'accès, plus le courant sortant est important. Si le maramu (vent de sud-est à force de coup de vent) s'en mêle, les vagues océaniques passent par-dessus la barrière de corail et remplissent, sans discontinuer, le lagon. Le trop-plein d'eau s'évacue par les passes et il jugule toute renverse de courant qui survient à marée montante. Dans ces conditions le courant sortant décuplera sa puissance et empêchera tout navire de pénétrer dans l'atoll.

Inutile de tenter le diable!

Nous nous présentons devant notre première passe dans les meilleures conditions. Il est onze heures du matin, le soleil est impérial dans un ciel azur d'un bout à l'autre de l'horizon . L'océan est un tapis de velours, le vent est nul, l'étale est passée d'une demi-heure, la marée montante débute à peine, la renverse de courant est amorcée. Malgré cela, l'écume gronde sur les récifs bordant chaque côté du couloir étroit qui nous mène à l'intérieur du lagon.

Notre premier lagon!

Les Tuam's sont l'exact antipode des Marquises. Rien de semblable à ces montagnes entourées d'eau. L'atoll est tout le contraire, il enferme une mer intérieure dans un anneau de motus couverts de cocotiers. Ce rempart contre l'océan, n'est qu'une barrière chétive dévorée à chaque coup de dent de l'Océan, anéantie par le moindre cyclone (heureusement rares!).

Dom qui a tant aimé les Marquises souffre d'une privation de relief. Je l'entends murmurer :
« c'est ça les Tuamotu?... Ça te plaît? »
Oh que oui! Nous évoluons dans une oasis radieuse. De la couleur, de la lumière, enfin! J'ai la sensation tout à coup que le soleil brille plus. Quelle palette! C'est sûr, un orfèvre consacre tout son temps à ensoleiller ce joyau. Pas étonnant que les descriptions comparent inlassablement les atolls aux bijoux les plus prestigieux de notre planète!

Visiblement, les Marquises ont été engendrées par Mars, et les Tuam's par Venus... Et Bernard Moitessier avait raison : « Un atoll, on aime jusqu'au fond des tripes, ou bien on n'aime pas. Si on aime seulement un peu, ça devient très vite pas du tout. »

Un chemin de balises rouges et vertes nous indique la route sécurisée jusqu'au village de Tenu Kupara. Il réunit la plus grande partie de la population de Ahé, le reste se disperse sur les 83 motus qui sertissent l'atoll.

Le mouillage est l'un des meilleurs qui soit aux Tuam's, cerné d'une barrière de corail en forme de fer à cheval, il nous protège de toutes les houles. Nous sommes seuls. Nous choisissons de poser l'ancre dans une tache de sable, il reste à dévider la chaîne le plus à l'écart possible des multiples pâtés de corail. Mission impossible! Si le vent tourne, la chaîne s'engagera dans un labyrinthe corallien dont il sera difficile de se dépêtrer.

AITA PEA PEA!
(expression polynésienne signifiant « pas de problème »)

Aita pea pea, demain n'existe pas! Notre Etoile est aujourd'hui posée sur la plus belle piscine qu'elle ait fréquentée à ce jour. C'est aussi le plan d'eau le plus plat que nous ayons connu ces derniers mois! La première nuit, quel délice! Notre Etoile se transforme en hôtel de luxe, tout confort! Le calme, enfin après tant de mois de houles forcenées! Plus de mouvement, plus le moindre craquement, un lit horizontal. Un vrai lit!

En plus du confort retrouvé, nous mouillons devant le seul morceau de terre qui a su retenir le plus célèbre des « vagabonds des mers du Sud » . Toute la magie du merveilleux livre de Bernard Moitessier, Tamata et l'alliance me revient à l'esprit :« Autrefois, je ressemblais un peu au Chat des Histoires comme ça de Kipling... « Le Chat qui va tout seul sur les sentiers mouillés du Bois Sauvage, et tous lieux se valent pour lui »... mais Poro-Poro m'a donné de nouveaux yeux, quelque chose d'intraduisible a remué en moi. C'est la première fois que j'éprouve cet impérieux besoin de planter ma tente pour un bon bout de temps, arrêter de courir après des chimères, regarder plus près de l'horizon, faire alliance avec la terre. »

Entre 1975 et 1978, Bernard Moitessier, sa compagne Ilana et leur fils Stefan, y tentent l'expérience unique de rendre fertile un motu. Un motu est un îlot corallien où ne poussent en général que des cocotiers ou tout arbuste résistant, peu exigeant, acceptant un milieu salin et alcalin. Au bout d'efforts insensés, ils parviennent à faire pousser un potager sur un désert dardé par un soleil de plomb. Que reste-t-il de tout cela? Rien. En 1983, un cyclone a dévasté plusieurs atolls des Tuamotu, dont Poro-Poro. Et les Paumotu ont oublié ce Popa'a « un peu excentrique ». Seul Neti, le meilleur ami de Moitessier, vit encore sur l'île et parle de ces années folles où un motu est devenu fertile.

Les Paumotu sont les habitants des Tuamotu. Ils sont accueillants, souriants, insouciants et généreux. Oui... généreux. C'est sans doute l'archipel de Polynésie où la vie est la plus rude. La terre ne donne rien, ils mangent du ris, de la coco et du poisson. Les Tuam's ont eu leur heure de gloire entre 1960 et la fin des années 80, du temps de la perle noire. Du temps où les fermes perlières produisaient pour l'exportation des perles si parfaites qu'elles étaient comparées aux pierres les plus précieuses de notre planète. Mais cette industrie a fait long feu. Une production non surveillée, trop de perles bas de gamme sur le marché, et d'un produit de luxe de la joaillerie, la perle noire se transforme peu à peu en bijou de fantaisie. Le filon se tarit pour ceux venus chercher l'eldorado. Cette industrie est moribonde pour les familles non expertes. Par contre, il reste dans les Tuam's quelques fermes produisant de réelles perles de qualité, cela m'étonnerait que nous ayons la moindre chance d'en voir une seule. Ces perles-là partent à l'étranger, dans les maisons les plus prestigieuses de confection.

Terres infertiles, pas de production suffisante pour bâtir une économie, peu de tourisme en raison de l'éloignement et de la cherté des billets d'avion. Tout cela ne semble pas trop affecter les Paumotu. Ils croquent la vie à pleine dent. A croire qu'ils noient la fragilité de leur milieu dans la prodigalité du soleil et surtout la richesse de leur coeur. Ils profitent de maintenant, parce que tout est là. Demain? Hier? Tout cela n'a aucun sens! Dès notre arrivée nous en avons la preuve. Une barque rapide secoue notre petite piscine et fait vibrer notre coque jaune. Toc, toc, toc! Trois gaillards me demandent, en même temps qu'un grand bonjour rieur, si j'aime les keshi?

« Si j'aime quoi? »
Les keshi : le mot me semble venu d'ailleurs, de si loin que l'Inde. Ils rient à mon ignorance :
« Tu ne connais pas les keshi? Vas chercher une serviette on va te montrer ce que c'est. »
Je m'exécute, je ramène une serviette de table, je la leur tends. Fred, sous les ordres de Patrick plonge la main dans un sac, il en racle le fond à la manière d'une pelle et remplit ma serviette de perles noires aux formes disparates. Mes yeux ressemblent à des soucoupes, je reste sans voix (ça, c'est très rare!). Les trois gars rigolent de plus belle, Fred plonge à nouveau la main dans le sac, recommence l'opération et me tend le tout. Si je lui avais donné une serviette de la taille d'un filet de pêche, l'aurait-il rempli, lui aussi?

Je ne sais quoi leur dire, ils en sont conscients, et toujours en souriant, ils me lancent :
«C'est un cadeau de bienvenue, pour que tu te souviennes toujours des Tuamotu. »

Sans plus de manière, d'un vrombissement des 40 chevaux de leur moteur, ils s'éloignent. Je reste dans le cockpit à contempler ce cadeau. J'ai dans les mains plus d'une cinquantaine de perles, dans le tas, plus d'une dizaine sont parfaitement rondes. Je n'y connais rien, il paraît que la valeur d'une perle se détermine selon leur diamètre, leur forme, leur couleur, le lustre et l'orient, voire l'épaisseur de nacre. Peu importe la qualité de ces perles-là! Cette générosité sans équivalent sans la moindre contrepartie me stupéfie.

Nous apprenons très vite à calculer notre rythme sur le quotidien des Paumotu. Ils ne connaissent ni l'heure, ni le jour... Mais ils savent quand la goélette arrive. Ahé est une île qui a de la chance, nous dit le Mutoi (Policier) de l'île. Car la goélette passe une fois par semaine. Le ravitaillement est donc fréquent. Plus loin, vers le sud, certains atolls ne sont approvisionnés que tous les deux mois.

La goélette est un petit cargo dont le faible tirant d'eau lui permet de franchir toutes les passes. Anciennement, le rôle de fret était tenu par de vraies goélettes, des navires mixtes à voile et à vapeur. Les cargos de ravitaillement d'aujourd'hui ont gardé ce nom, par habitude plus que par tradition. Le jour du fret, les habitants des 83 motus de Ahé se rassemblent sur le quai du village. Ils traversent la mer intérieure d'un jet de hors-bord. Ils apportent les coquilles vides des nacres, qui sont envoyées en Chine ou en Asie. La nacre y est traitée pour devenir des bijoux ou des boutons. Dans le sens inverse, les nucléus qui servent de greffon viennent du Japon et sont issus des coquilles de bénitier. Les perliculteurs payent le paquet de 250 nucléus 2000 euros. Les investissements sont multiples, de plus en plus de familles acculées par les dettes, doivent cesser leur activité.

Le village de Tenu Kupara est convivial, dès le premier pied posé sur le quai, nous sommes envahis d'un bienêtre inouï. Tout contribue ici au bon vivre : la petite église sage, l'école d'où fusent les rires d'enfants, les tricycles où pédalent les jeunes filles en paréo coloré, fleur de tiaré à l'oreille... Le village tout entier embaume de multiples fragrances florales. Chaque ruelle faite de bitume ou de sable battu est un enchantement. Les maisons peintes aux couleurs pastel se cachent à l'ombre de gros arbres à pain. Elles s'éparpillent sur une bande de terre séparant l'océan du lagon. D'un côté, tout n'est que grondement, écume, brise, de l'autre, le plan d'eau lumineux et reposant bordé de cocotiers invite à la musardise.

Nous sommes les seuls « éléments exogènes » de l'atoll, ainsi nos balades nous révèlent chaque jour de nouveaux sourires, de nouvelles rencontres.

Ici, Sandra nous appelle depuis le patio de sa maisonnette. Elle nous ramasse au bord du lagon, et nous offre deux noix de coco que son mari nous ouvre pour nous en faire boire le délicieux lait. Au retour, en foulant le sable blanc, je heurte la coquille vide d'un petit bénitier. Je réalise un de mes rêves, celui d'emporter ce coquillage si particulier. Plus loin des spécimens « habités » nous gratifient de leurs couleurs bleu et vert.

Au village, une vieille dame au sourire édenté nous interpelle. Elle nous demande si nous connaissons les « firi firi ». Bien sûr que non. Elle le savait, d'un rire malicieux, elle nous entraîne vers son tricycle, elle ouvre une grande boîte, remplit un sac de brioches faites de farine de coco. Elle en fait son commerce, nous voulons la payer, mais elle refuse catégoriquement. Nous acceptons ce cadeau de plus, et la quittons après une après-midi où les mâchoires se sont drôlement bien musclées!

Plus tard, nous allons visiter la ferme perlière de Judy et Augustin sur le motu de Poro-Poro. L'accueil est à l'aune de tout ce que nous avons déjà vécu : nous parlons de tout, de perles bien sûr, mais également de politique, de l'avenir des Tuamotu. Au rythme de ces échanges, nous découvrons des bouts de quotidiens, des points de vue polynésiens, parfois même indépendantistes, nous apprenons à ouvrir le champ de notre perception du monde, à comprendre ce qui nous est étranger. Et toujours nous quittons nos hôtes les mains pleines. Judy a préparé la chair de la nacre, nous la dégustons crue, avec un zeste de citron. La chair est tendre et ferme à fois. Un délice!

Hors du village, nous croisons un jeune homme plein d'entrain. Il se nomme Huri Tefaito, il est le neveu du maire de Ahé. Il nous entraîne dans une visite détaillée de la nouvelle centrale électrique. Le maire est jeune, il aime les idées nouvelles et il a accepté que son atoll serve de « cobaye » pour une expérience énergétique qui pourrait améliorer le quotidien des Paumotu.

La Fédération européenne de développement a financé une centrale électrique mixte. Elle fonctionne grâce à 964 panneaux solaires de 135 watts et douze onduleurs de 5000 watts pour transformer l'énergie solaire en 220 volts. Les locaux sont flambants, Huri est vraiment aux petits soins pour les nouvelles installations. Nous sommes ravis de voir un tel projet réalisé. En effet, depuis de nombreuses décennies, la vie si paisible des atolls était compromise par le besoin de plus en plus important d'énergie. Du coup, tous les foyers ont acquis des groupes électrogènes. Outre le problème écologique lié au combustible, à son acheminement et au devenir de ces mécaniques lorsqu'elles ne fonctionnent plus, le bruit dans les villages des atolls devenait intolérable. Imaginez l'enfer! Les villages comptent entre cinquante et cent familles en moyenne. Si 50 ou 100 groupes fonctionnent en même temps, la nuisance en décibels est atroce.

Ahé avait déjà investi avant la FED dans l'énergie silencieuse, ainsi chaque famille disposait déjà d'un ensemble de panneaux solaires acquis dans le cadre d'aides fiscales et de subventions. Certains toits en sont complètement couverts. Les habitants nous disent à quel point cette technologie a changé leur vie. Pendant un long moment, Huri Tefaito n'épargne pas ses explications. Nous sommes heureux d'assister à la concrétisation des subventions françaises et des financements européens. Nous entendons trop souvent, qu'ils sont mal utilisés, qu'ils se volatilisent dans les caprices des politiques. Là, c'est du tangible, de l'utile et cela rassure!

Malheureusement, ce système ne fournit pas encore assez d'énergie pour entretenir un four électrique afin de fabriquer le pain. Du coup, c'est Manihi, l'atoll voisin d'une vingtaine de milles, qui le fournit via la goélette hebdomadaire. Autant dire que sur le quai, les précieuses baguettes s'arrachent à prix d'or. Je me demande pourquoi, ils ne fabriquent pas de pain au feu de bois (ou de palmes qu'ils brûlent de toute manière). Mais ce genre de question est étranger au tempérament polynésien. Et je respecte trop leur savoir-vivre, leur façon si délicate de ne jamais émettre la moindre opinion sur ce que fait le voisin, pour critiquer quoi que ce soit.

Début décembre, approche, avec lui, la saison des pluies. Des orages nocturnes viennent tracasser Dom, ce qu'il craignait survient : notre Etoile, dans les rafales de vent tourne autour de son ancre, la chaîne s'entortille entre les pâtés de corail. Comme un bonheur n'arrive jamais seul, lorsqu'au bout de 36 heures, le temps se calme et que nous tentons de relever l'ancre, notre guindeau démissionne. Cessation définitive de son activité mécanique, mais également manuelle. Dom se casse le dos à remonter cinquante mètres de chaînes et une belle ancre de 25 kilos, cent cinquante kilos d'efforts, et je ne compte pas la brise qui amplifie la résistance des 16 tonnes de notre Etoile. Je le soulage en avançant sur la chaîne au moteur, lorsqu'il revient dans le cockpit son regard en dit long. Pas besoin de parler :
« Fini notre séjour aux Tuamotu. Il est temps de rejoindre Tahiti. Là nous trouverons le moyen de commander les pièces qui nous permettront d'offrir les meilleurs soins à notre Etoile ».

Nous traversons le lagon éblouissant, le courant nous expulse hors de la passe, déjà, notre étrave chevauche la houle de l'océan. Dans ma tête, les Tuam's riment plus que jamais avec Diam's. Aussi désirables, aussi inaccessibles! Mais après tout... Le rêve n'est-il pas plus beau que sa réalisation? Je repense au Marchand de l'Alchimiste lorsqu'il dit « j'ai peur que (la réalisation de mon rêve) ne soit qu'une immense déception, de sorte que je préfère encore me contenter de rêver. » (Paulo Cuello)

Amitié marine
Nat et Dom de L'Etoile de Lune

Conseils de navigation dans les Tuamotu

Les Tuamotu : 78 îles qui font rêver la planète entière !

Ces atolls sont l'archétype du voyage exotique. Pourtant, l'archipel tout entier est classé parmi l'un des plus dangereux pour les navigateurs. Tous les ingrédients les plus difficiles de la navigation y sont réunis : courants, marées, écueils, vents erratiques. Mais une bonne conscience des risques limite le danger.

Voici quelques remarques et conseils pour limiter les risques

Premier atoll
Pour pénétrer dans votre premier atoll, choisissez une passe réputée facile, par exemple celles de : Manihi, Ahé, Apataki, Tekehau... Ne commencez pas par celles de Fakarava et Ranguiroa réputées difficiles dans certaines conditions.

Conseil suprême
D'une manière générale, tout navigateur prévoira de pénétrer ou de sortir des passes de jour (entre 11h et 15h) et au moment de l'étale de marée.

Entrez exclusivement de jour!
Gardez à l'esprit que la majorité des accidents se termine par un naufrage sur le récif, et qu'ils ont quasiment tous eu lieu de nuit. Le comportement le plus dangereux est celui d'un navigateur habitué des lieux qui décide de ne pas attendre le jour pour pénétrer dans les passes. Tôt ou tard, un impondérable (bouée déplacée, panne de son éclairage, déficience des moteurs du bateau...) mènera à la catastrophe.

Ne négligez pas la météo et les instructions nautiques.
Certaines passes sont réputées dangereuses, là plus qu'ailleurs, le courant peut vous mener sans possibilité de réaction sur le récif. Lors de coups de vent, ou pendant des épisodes de forte houle, le courant sortant dans les passes peut dépasser 6 noeuds et parfois atteindre 10 noeuds. Dans certaines passes, pendant l'hiver il est totalement impossible de pénétrer, le courant ne s'inversant pas pendant plusieurs jours. (Phénomène dû au remplissage du lagon par les houles).

Surveiller la direction des vents
Les atolls sont de véritables mers intérieures. Pour mouiller, vous choisirez un ancrage à l'abri d'un motu, sous le vent dominant d'Est. Cependant, certains changements météorologiques peuvent surprendre les navires et le mouillage, au départ à l'abri, peut se révéler inconfortable voire un véritable piège. La chaîne se prend dans les pâtés de corail, le vent fraîchissant empêche de relever l'ancre, le fetch, très long, engendre des vagues qui peuvent atteindre 2,5m, si le mouillage cède, le navire est projeté sans possibilité de réaction sur le récif. Il convient donc de ne pas se retrouver face au fetch lorsque l'un des deux flux se lève. Il faut anticiper ces conditions afin d'aller mouiller directement sous le vent des motus qui vous protègeront.

Deux flux menacent les 76 atolls : celui de Sud-Est survenant l'hiver austral (de juin à septembre) pendant les coups de maramu, et celui de Nord-Ouest se produisant durant l'été austral (de décembre à avril).

Les coups de maramu sont presque toujours annoncés.

Les coups de vent de Nord, Nord Ouest le sont très rarement. La seule manière de les repérer est de surveiller les fichiers grib. Lorsqu'on observe un infléchissement des flèches de vent au Nord, voire au Nord ouest et même si la prévision n'annonce que des vents de 15 noeuds. Il faut se méfier, et anticiper les conditions en changeant de mouillage pour se placer sous le vent d'un atoll abrité du Nord. Ces coups de vent à force 5 voire 6 peuvent durer 12 à 24 heures.

Le balisage existe, mais ne comptez pas dessus
Un balisage est prévu dans la plupart des passes des plus grands atolls. Parfois un chemin de bouées mène jusqu'au village principal. De toute manière, la navigation dans le lagon devra se faire à vue, avec le soleil dans le dos ou au zénith. Les récifs de corail ne sont pas les seuls dangers sur la route, les nombreux po'ito (bouées de fermes perlières) sont autant de pièges sur votre parcours. Certains éclairages de bouées ne fonctionnent pas.

Quadrillage sur GPS pour séjours longue durée
Pour les navires ayant le projet de séjourner dans les Tuamotu, un bon conseil est celui du quadrillage. Lorsque vous pénétrez dans un « nouvel atoll », de jour, dans de bonnes conditions, au lieu de vous précipiter vers le mouillage de votre choix, un bon conseil est celui de quadriller la zone tout en laissant votre GPS traceur allumé. Vous pointerez sur votre logiciel les pâtés de corail à éviter, et tout écueil que vous repèrerez.

Si un mauvais coup de vent devait vous surprendre, vous pourriez vous fier à vos traces sur le GPS afin de trouver une solution de repli en toute sécurité.

Meilleure saison pour fréquenter les Tuamotu
Octobre et novembre. Entre la saison des coups de maramu et celle des cyclones, les mois d'octobre et de novembre sont réputés plus calmes question vents et pluies.

Ahé : 14°32.179S 146°21.43W

L'atoll de Ahé est un bon entraînement pour les débutants dans les Tuamotu, la passe, sous le vent n'est pas l'une des plus difficiles de l'archipel, lorsqu'on y pénètre à l'étale (attention dans certaines conditions, le courant peut atteindre 5 noeuds)

Par temps calme, à l'étale et avec le soleil au zénith, l'atoll de Ahé est facile d'accès. Depuis la passe vers le village, un chemin marqué par des bouées rouges et vertes est tracé. Devant le village, le mouillage dessine une piscine encerclée de récifs. Elle peut accueillir 3 à 5 bateaux.

Attention deux à trois fois par semaine des « goélettes » viennent livrer les habitants, elles s'amarrent au quai. Laissez libre le passage entre les bouées vertes et rouge. On peut mouiller en dehors de ce que nous nommons la piscine dans 10 mètres.

A l'intérieur du mouillage, la chaîne se prend rapidement entre les pâtés de coraux. Elle dessine des arabesques sous-marines qu'il n'est pas toujours aisé de « dépatouiller » en relevant l'ancre.

Au village :
Une poste (pas de distributeur de billets). A la poste il n'est possible de retirer de l'argent que sur un compte postal polynésien, voire la Socredo avec un RIB et des papiers d'identité.

Deux petits magasins d'approvisionnement sommaire. Du pain selon arrivage.

Le gaz : lors de la venue de la goélette, il est possible d'échanger ou d'acheter une bouteille de gaz tahitienne. Pas de remplissage possible.

Attention, en saison, c'est à dire d'avril à août, les bateaux de passage sont nombreux. Ils mouillent parfois à plus de dix bateaux devant le village.

Photo du mois

Perles à déguster sans modération

Texte écrit par Nathalie Cathala et mis en page par Dominique Cathala en février 2011 - Tous droits réservés
Pour toute utilisation de cet article ou des photos contactez-nous à l'adresse suivante :
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