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tiki
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tampon etoiledelune

Message 89 – écrit en novembre 2010
Nombres de milles parcourus : 18 188 milles
Nombre de personnes inscrites à la lettre : 920
Récit sur les Marquises Nord : Hanamenu - Ua Huka
Position de L'Etoile de Lune : Tahiti

Eloignez les âmes sensibles...
-Premier épisode -

Le PDF
Photos

"On aime ces îles avec ardeur. On les fuit parfois, déçu et amer. Mais cette désillusion n'est que l'envers de la ferveur. Aujourd'hui encore, la perception des Occidentaux varie entre ces deux extrêmes : rejet et fascination. Les Marquises broient les natures fragiles, écrasent les certitudes, jaugent la résistance des « Haoe » (étrangers) à la force du lieu " Dominique Agniel dans « Aux Marquises » Editions L'Harmatan


uahukaNouveauté sur le site etoiledelune.net :
- Un nouvel album photos sur la plus marquisienne des îles Marquises : Ua Huka

Dans le blog : etoiledelune.fr/blog
Vous vivrez, au jour le jour, notre navigation vers Tuamotu et les impressions sur les premiers atolls que nous visitons.

En fin de message :
Une liste pour y puiser le nom de votre compagnon des mers... et petit histoire des patronymes polynésiens.

Photo du mois : Cocotier bicéphale de Tahuata


tatooRésumé
Dans le message nº 88, nous vous laissions dans la baie de Hanamoenoa, au nord de Tahuata, nous y trouvions un plan d'eau presque tranquille et une belle plage.
Au mois de novembre, nous enclenchons la vitesse supérieure. Nous passons au travers d'un paysage extravagant qu'est la baie de Hanamenu. Puis, nous traçons un sillage vers l'île de Ua Huka. La gentillesse de la population, la beauté de l'île et l'accession au monde des « tupunas » (ancêtres) se méritent, car le mouillage est exécrable. Un séjour dans cette île est un vrai tour de force.
Trop de choses à vous conter pour cette fin de séjour aux Marquises, vous aurez donc la suite dans le courrier 90, que nous vous envoyons dans la foulée : Eloignez les âmes sensibles - Deuxième épisode - Nuku Hiva, Ua Pou et départ pour les Tuamotu...


Bonjour,

Nous quittons le havre de Hanamoenoa, et nous traversons pour la dernière fois, l'infâme canal du Bordelais. Cette fois, il se montre doux, des vagues de velours et l'horizon bleu sans crête menaçante. De quoi effacer tous les mauvais souvenirs dans les parages.

canal bordelais

Nous nous dirigeons plein nord vers Hanamenu. Cette baie, au nord Ouest de Hiva Oa, impressionne par son aspect sépulcral. Dans une atmosphère digne des canyons du Colorado, la pierre brute, à peine éclose du chaudron de la terre édifie des tours, des parois, des escarpements. L'océan furieux en arrache des pans entiers. Il dessine dans la pierre friable des arabesques, des grottes, soulignant davantage l'architecture chimérique. hanamenuUne pyramide tronquée jaillit hors des flots brunâtres, elle départage deux vallées, celles-ci s'évanouissent dans la frange de cocotiers tapis sur leur plage, l'une noire, l'autre d'un blond fade. Des variations rubescentes, des ocres timides se confondent au noir dominant. La houle pénètre avec fracas dans le mouillage, il n'est pas raisonnable de s'éterniser dans les parages.
Dom conclut, laconique : « Quel endroit lugubre! Mais, il est si spécial, qu'il méritait le détour. »

Une belle navigation, vent de travers de quinze noeuds, nous entraîne 65 milles plus au nord aux abords de l'île de Ua Huka. Cette île est rarement visitée par les navigateurs, la plupart du temps son mouillage principal est impraticable. Aujourd'hui, le temps est calme, la houle de sud-ouest ne se déchaîne plus sur les rivages des Marquises. Nous espérons trouver un havre acceptable.

uahukaL'approche d'une île, c'est d'abord, une silhouette. Une ombre allongée sur l'horizon. Les contours se dessinent, des îlots satellites se détachent. Les lignes s'illuminent. Là, un motu ressemble à l'îlet du Diamant de la Martinique. Ici, un obélisque en équilibre à flanc de falaise émerge dans un rayon de soleil gris-argent. Un plateau domine le demi-cratère qui s'évase vers Hane, la baie que nous visons. L'Etoile de Lune s'avance entre la falaise et le motu « diamant ». Nous pénétrons dans la baie.

Au-dehors, le temps était serein. A l'intérieur, des rafales de 35 noeuds abasourdissent notre Etoile qui pénétrait en toute confiance. Notre guindeau déclare forfait. Dom lâche 150 kilos d'ancre et de chaînes. A bout de bras, il retient les 16 tonnes de notre Etoile qui virevolte et décroche dans le vent furieux.
Trop fort mon capitaine!
haneNous nous approchons à grande vitesse des falaises qui délimitent le mouillage. Dom se crispe et joue au guindeau manuel. A la barre, je fais ce que je peux pour le soulager. Enfin, notre Etoile se stabilise.
Là, c'est un bien grand mot !
L'ancre fait son office et nous demeurons à une distance respectable des falaises. Mais pour le reste, ça tangue, ça roule, ça monte et ça descend. Impossible de comprendre comment avec des conditions extérieures si clémentes, ici, dans la baie de Hané notre Etoile cède à des convulsions erratiques. Un de nos amis québécois dirait « ça shake! ».

Parfois, je me demande pourquoi on s'impose de telles tortures.

Un regard vers le rivage nous confirme qu'il vaut mieux descendre à terre en planche de surf qu'en annexe. Les rouleaux d'écume sont réguliers et nous cachent la plage. Vu que nous n'avons qu'un dinghy, nous comptons les trains de houle. Nous pensons trouver un créneau. En une vague le dinghy, le mousse et le capitaine sont tire-bouchonnés à terre. Tel Colomb qui découvrit les premières terres amérindiennes, je tombe à genou sur le sable. Pas le temps d'entonner le Te Deum, l'annexe me suit de près. haneJ'arrive en piteux état sur le quai où je me trouve nez à nez avec 200 chèvres fraîchement abattues. Il en reste trois sur patte au milieu du carnage. Trois coups de machettes plus tard et elles rejoignent leurs comparses...

Finalement, il faut un sacré tempérament pour être navigateur!

André et Patricia réalisent notre désarroi. Ils nous entraînent à l'ombre d'un appentis. Là, ils nous expliquent que tous les hommes du village sont partis à la chasse durant la nuit. Les chèvres détruisent la flore de l'île fragilisée par une sécheresse qui s'éternise. Avant que la situation de l'île ne devienne désespérée, les insulaires se serrent les coudes pour agir.

hane uahukaPatricia se sent désolée. Elle me répète :
« Quelle impression vous aurez de nous. Vous allez nous prendre pour des sauvages. »
Nous la rassurons, nous avons assisté au même problème aux Galapagos. Patricia, le sourire bienveillant, l'expression d'une gentillesse profonde, ne veut pas que nous restions sur ces images. Elle nous dit :
« Demain c'est dimanche, venez manger à la maison. »
Voilà une invitation du bond du coeur que nous ne saurions refuser.

André aide ses collègues à débarquer le produit de la chasse. Les hommes se rendent dans les vallées retirées et sur les plateaux les plus escarpés à cheval pour certains, mais le gros de la troupe se rend aux endroits, inaccessibles par la terre, en barque rapide. Il y a là une vingtaine de gros bras, qui s'élancent dans les rouleaux depuis la barque. hane uahukaIls déchargent les chèvres à dos d'homme. Ils prennent garde à ce que le sang ne coule pas dans l'eau, la baie est particulièrement appréciée des requins. Nous assistons à un débarquement en force, mais également à une belle preuve de solidarité entre villageois. L'entraide est le lien qui les unit. Ils partagent la viande équitablement entre les familles. Personne ne meurt de faim dans l'île. Il suffit de bonne volonté et de courage. Puis, les plus costauds se réunissent pour sortir la barque de l'eau. Manoeuvre ô combien dangereuse, où l'on voit certains disparaître sous la coque!

André nous propose de nous conduire au site archéologique qui domine son village. Mais un grain vient troubler ses projets. Nous observons notre Etoile, elle chasse. Le vent fraîchit, les rafales blanchissent la baie. Des gros bras nous aident à remettre l'annexe à l'eau. Nous reprenons le chemin vers le bateau. Jusqu'au lendemain, j'ai le temps long à bord de notre machine à laver...

chevalQuel drôle de monde que celui des marins! Nous voilà réduits à l'état de vieux linges oubliés dans une essoreuse et je ne fais la lessive qu'à la main!

Au petit matin du dimanche, les rafales ne sifflent plus dans les haubans. Le plan d'eau est toujours aussi agité, mais sans vent, nous laissons, le coeur léger, notre Etoile à son triste sort et retournons à terre. Nous surfons sur la bonne vague pour arriver mouillés, mais debout à terre. Des chevaux placides passent sur la plage. Image mythique qu'il m'est enfin donné de voir aux Marquises. La faune des îles du Sud est quasi inexistante. Quelques passereaux, mais il n'y a plus de chevaux sauvages (« ils les ont tous mangés »). Cela donne une nature désoeuvrée où les animaux me manquent.

A Ua Huka, nous trouvons le plaisir d'observer des vols de nombreux oiseaux, d'entendre le chant des passereaux et de voir des chevaux partout. Sur les routes, dans les villages, sur les parois escarpées, au bord du rivage, pendant nos randonnées en montagne, au coeur de la forêt, je me régale à surprendre ces grandes bêtes aux yeux débonnaires.

uahukaAvant de nous rendre chez Patricia pour le déjeuner dominical, nous poussons une petite marche jusqu'au village, de l'autre côté de la montagne : Hokatu. Là, nous rencontrons l'inimitable Delphine et son mari Maurice. Delphine est la soeur de Fely que nous avons rencontré à Hiva Oa. Merveilleuse famille, un accueil plein d'humour et de simplicité, ces soeurs-là, sont inoubliables!

Delphine nous ouvre le centre culturel de Hokatu. Celui-ci rassemble toutes les oeuvres des sculpteurs du village. A en juger par le nombre, ils sont particulièrement productifs. Nous nous régalons à détailler le travail des artistes : pirogues miniatures, tikis de la taille d'un homme à celui d'un bibelot, rames, herminettes, raies mantas... Pour être sincères, avec ceux de Hapatoni sur Tahuata, les artistes de Ua Huka sont les meilleurs des Marquises.

ukuleleLe tour des oeuvres effectué, Delphine nous entraîne chez elle et nous offre une limonade et des mangues dans son patio. Jacques (un Popa'a qui vient dans l'île depuis 30 ans) et Maurice son mari, nous accueillent. Nous avons droit à une leçon de ukulélé. Pendant que Maurice joue, il dicte à son élève les notes à venir. Cela donne une scène cocasse de chants entrecoupés de « do », « fa », « sol »... Une belle ambiance, et la sensation que nous faisons partie de la famille depuis des lustres alors que nous nous connaissons à peine.

Après la leçon, Maurice nous ouvre son « musée personnel ». Ses oeuvres sont réunies, pour son plaisir et sa fierté. Reconnu par ses pairs, il a obtenu à maintes reprises le premier prix de son art. Au détour d'un énorme casse-tête, il nous conte la légende des « tupunas » qui ont lutté contre les injustes géants venus de Hiva Oa pour dévorer le petit-fils du chef. Quand les Marquisiens parlent des temps anciens, l'anthropophagie fait partie du décor. Ici, à Ua Huka, les insulaires sont plus enclins à parler du passé, à se souvenir des légendes et à les transmettre, que partout ailleurs. C'est un régal de s'asseoir avec eux et de les écouter.

pirogueSous le patio, Delphine nous révèle un trésor : la pirogue de l'an 2000. Construite sans plan, avec toute l'hérédité maohie qui coule dans le sang d'un oncle lointain, elle a parcouru la veille du passage à l'an deux mille les 40 milles qui séparent Hokatu de Taioahé sur Nuku Hiva l'île principale des Marquises. Une anecdote nous fait exploser de rire. Faites à l'identique des pirogues des « tupunas » (ancêtres) des tikis avaient été sculptés aux étraves. Ceux-ci arboraient des attributs sans équivoque. Mais lorsque la pirogue a été armée par le prêtre de l'île et que la Vierge fut embarquée, celle-ci se vit éperonnée par les parties trop masculines des Tiki. Le prêtre usa de la scie sauteuse pour réduire l'apanage des statuettes païennes et rendre tout le faste à l'effigie de son église.

Depuis le dix-neuvième siècle, on prend les mêmes et on recommence...

musee marineIl est temps de revenir vers Hané. Delphine nous emmène dans son véhicule à ciel ouvert. Elle s'invite au déjeuner de Patricia. Sur la table, le nombre de plats nous donne à penser que tout le village a été invité. Mais non! Patricia fait honneur à ses hôtes et nous nous prenons pour Gargantua. Le poisson cru est bien évidemment de la partie. La chèvre est cuisinée façon locale, au lait de coco. Dehors, le mari tanne les peaux qui seront fixées sur un tambour que l'oncle Joseph sculpte plus loin. A Ua Huka on prépare déjà le festival marquisien qui aura lieu en 2013. Tous les deux ans, une île accueille les groupes de danse de ses voisines. C'est l'occasion de ranimer les traditions artistiques ancestrales. Le festival des arts marquisiens est de plus en plus prisé. Et lors des réunions sur les îles principales des groupes des archipels du Pacifique (Pâques, Tonga...) viennent se mêler aux artistes locaux.

Une grande fête en perspective.

marquisiensEn guise de balade digestive, Patricia nous ouvre le petit musée de la Marine de Hane. Petit, mais tellement touchant. Des étraves de pirogues anciennes sont réunies autour du thème de la tradition nautique maohie. Des photos nous interpellent. Prises à la fin du dix-neuvième siècle, la scène, si elle n'était pas prise sur les rivages des Marquises, aurait pu représenter un village du Kuna Yala (San Blas) d'aujourd'hui. La hutte, la tenue traditionnelle, l'environnement... Tout paraît similaire.

De quoi étayer plus de suppositions encore, quant à la faculté des Maohis à se déplacer sur les océans.

Pendant notre séjour, les bonnes âmes furent légion à nous proposer des balades. Sans guide, nous nous serions perdus cent fois. Jacques, pensionnaire chez Delphine et Dominique un autre Popa'a de 73 ans, adopté par les insulaires, nous proposent des randonnées. Pour évaluer notre capacité à les suivre, Jacques nous met à l'épreuve dans une marche qui contourne les montagnes qui séparent les deux vallées de Hokatu et de Hane. Nous partons aux mauvaises heures, celles où le soleil est le plus haut. Mais nous nous enfonçons rapidement dans la forêt, la canopée nous offre un abri de premier choix.

randonneursJacques est une source inépuisable d'informations. Une encyclopédie polynésienne vivante. Il vient dans la région à raison de six mois par ans depuis trente ans. Chemin faisant, il nous dévoile l'existence d'une perruche endémique ultra-marine, aux reflets outremer et turquoise. Une pure merveille qui virevolte d'un arbre à l'autre, sifflant d'un ton moqueur sans jamais se laisser capturer par mon objectif. Jacques égrène la richesse de la nature. Ici un bouquet d'ananas, là une pousse de gingembre, dont la fleur énorme et rouge offre lorsqu'elle est pressée, le meilleure shampoing du monde. En plus de la somme de connaissance qu'il partage généreusement, il nomme tout ce qu'il désigne par le nom français qu'il traduit immédiatement en marquisien.

Un vrai bonheur ! Une leçon champêtre...

petroglypheIl nous entraîne du côté des pétroglyphes. Originellement, ils avaient été gravés dans le lit d'une rivière aujourd'hui asséchée. Pour parfaire son discours, il humecte les tikis gravés dans la pierre. Leur figure ressort, hilare ou inquiétante. Les gros yeux ronds surveillent les allées et venues. Dissimulés dans les remous, ils étaient les garde-fous, ceux qui permettaient de ne pas transgresser les tapus (tabous).
Ah! les Tapus!
Les tupunas (ancêtres) en usaient et en abusaient. Tout était tapu! Dans une société sans lois écrites, le tapu était la règle suprême qui régentait le quotidien des Maohis. Lorsqu'ils disparurent, sous l'impulsion des colonisateurs, il en résulta une telle désorganisation que la société marquisienne, déstabilisée par l'incompréhension du nouvel ordre moral occidental, faillit disparaître.

Un autre jour, en compagnie de Dominique (le Popa'a), Jacques nous entraîne à l'assaut des crêtes. Une randonnée vertigineuse vers des sommets qui offrent un panorama superbe. Pour y arriver, pas de sentier, la trace friable empruntée par les chèvres.

creteQuatre pattes valent mieux que deux jambes.

Lors de cette journée mémorable, les trois garçons : Dom, Jacques et Dominique sont particulièrement patients avec le moussaillon qui s'accroche à son bâton pour obtenir son entrée dans un décor saisissant. Sur le chemin, nous passons au travers d'un lieu de culte abandonné. Dans l'interstice des pierres colossales, deux crânes humains se laissent voir. Jacques nous murmure :
« Les Tupunas ».
Personne ne touche à ces ossements. Ils renferment un trop puissant « mana » pour les défier. Le mana est le grand esprit des ancêtres. Lorsque les guerriers capturaient vivants des adversaires. Ils étaient sacrifiés, et mangés par les hommes combattants. Par cet acte, ils pensaient s'approprier la force de l'ennemi, son mana.

cranesAujourd'hui encore, les « Tupunas », le « mana » et les « tapus » sont craints. Récemment, un tas colossal d'ossements a été trouvé en creusant le centre du village de Hane. Cette découverte a ébranlé les esprits des insulaires. L'endroit est devenu « tapu ». Mais on nous chuchote que les insulaires craignent d'avoir, par ignorance, profané un endroit sacré. Avant la mise à jour du site, les hommes qui faisaient la bringue, y jetaient leurs bouteilles de bière et urinaient. A présent, le site a été nettoyé. Outre les croyances, le nombre d'ossements réunis confirme que les anciens de Ua Huka étaient particulièrement voraces.

Gare aux étrangers qui abordaient les rivages en temps de sécheresse et de famine! Et si les étrangers ne se pressaient pas aux portillons, les vallées se déclaraient la guerre. Les Mokuoho, tribu de Hokatu partaient faire des raids sur les vallées voisines. Ils volaient les femmes de leurs adversaires, pour « rafraîchir le sang ». Ils ramenaient des prisonniers pour garnir le garde-manger. Les tribus de l'ouest, les Naiki de Vaipaee, revenaient à la charge et vengeaient les leurs. Au coeur de tout cela, la tribu de Hané, la plus pacifiste de l'île, regardait passer les belligérants et offraient leurs femmes pour amadouer les troupes.

ruinesNous sommes entraînés dans le monde des ancêtres maohis, nous oublions notre peine à grimper les sommets et voltigeons par-dessus l'Histoire de ce peuple qui livra aux Occidentaux, contre de la verroterie, de la ferraille, de l'alcool et de l'opium, ses femmes, son autonomie, sa liberté, sa culture et ses traditions. Mais ces moeurs si particulières, qui choquèrent les « âmes dites civilisées », étaient leur art de vivre. Leurs sociétés fonctionnaient à merveille avant la venue de Haoé (étrangers). Ces derniers imposèrent des lois morales, oubliant d'où ils venaient eux-mêmes! Les orgies et les jeux de Rome étaient-ils plus convenables? Les extravagances et les atrocités commises par la Sainte Inquisition étaient-elles plus louables que les actes maohis? Les Maohis n'auraient-ils pas été choqués s'ils avaient débarqués en Europe?

Nous resterions volontiers plus longtemps à Ua Huka, mais la résistance humaine a ses limites. En randonnée le jour, la nuit, en combat perpétuel avec notre Etoile remuante, nous manquons de sommeil. Nous partons pour Nuku Hiva, où nous devrions trouver le « meilleur mouillage des Marquises ».

uahukaAu petit matin, nous longeons la rive ouest de Ua Huka. A l'extrémité de l'île, la végétation disparaît, laissant la roche s'exprimer dans un caléidoscope de teintes dont l'éclat explose sous les rayons naissants du soleil. Un paysage d'une variété chromatique saisissante. Entre ombre et lumières, le décor façonne des édifices, des animaux, voire des personnages.... Le relief s'empourpre et sur une toile de fond forestière, une chapelle aux parois safran joue les vedettes de premier plan. Soudain, une plate-forme blanche apparaît. Elle abrite une colonie de sternes blanches et de fous. Ses falaises immaculées tranchent, sur mer indigo, avec l'île voisine en forme de caniche couché. Derrière, elle, un promontoire dessine la tête hideuse d'une sorcière au sourire sarcastique. Elle s'efface, et laisse apparaître sur l'horizon, un ours blanc allongé. Au détour d'un morne, la tête d'un rhinocéros plonge ses naseaux dans l'écume.

uahukaPure imagination?
Voyez par vous-même... et vous trouverez  bien d'autres personnages dans ce décor fantasque que nous vous livrons dans les derniers albums photo.

A très bientôt pour la suite et la fin de notre séjour aux Marquises

Amitié marine
Nat et Dom de L'Etoile de Lune

Petite histoire des patronymes polynésiens

Voici des idées de noms de bateaux que j'ai puisées tout au long de notre séjour auprès de la population marquisienne...

image enfantBaptiser en langue polynésienne : une belle tradition

En Polynésie, baptiser son enfant révèle une poésie où rejaillit toute l'identité ma'ohie.
Lorsqu'on demande le nom d'une personne, selon la génération, elle vous donnera soit son nom marquisien, soit son nom français. En général les plus de quarante ans, vous donnerons leur nom français. Tandis que les enfants seront fiers d'annoncer leur nom marquisien.

Depuis les années 1980, la tradition polynésienne refait surface à tous les niveaux (tatouages, art sculptural, et langue). Pendant de nombreuses années, les Polynésiens baptisaient leurs enfants d'un seul prénom souvent issu du calendrier liturgique. Le prénom français était le seul nom pris en considération sur les papiers officiels. Puis, les lois se sont assouplies et les noms traditionnels ont pu figurer sur les papiers d'identité.

Aujourd'hui, le livret de famille comporte un nom français par enfant et quantité de noms polynésiens. Les enfants, selon qu'ils aient un grand-père dans l'archipel de la société, une grand-mère dans les Australes, un oncle dans les Tuamotu et le reste de la famille aux Marquises porteront des noms venus des quatre coins de la Polynésie. Et... par un curieux hasard (est-ce pour simplifier le tout?) le nom par lequel tout le monde l'appellera ne sera noté nulle part, sur aucun papier officiel!

image enfantsChaque famille possède des noms qui retrace leur généalogie. Les grandes familles marquisiennes sont fières de leur nom et appartiennent à des lignées de guerriers, d'anciens notables... Devant le nom de famille, ils pourront ajouter la lettre "O", cela signifie tout le respect que l'on doit à la descendance d'anciens Ma'ohis qui se sont distingués. Ainsi, il reste l'étiquette de "O Tiu", la famille des Tiu dont faisait partie notre ami Gaby Heitaa. D'ailleurs, cette lignée n'est pas toujours retranscrite dans les papiers officiels. La famille Motaiki est une famille d'anciens guerriers...

D'une vallée à l'autre, les villageois sauront qui appartient à tel village rien qu'en entendant leur nom.

Pour vous donner une idée de la magie que recèle cette pratique, voici quelques prénoms :

image enfantFatuiva :
Vai Tiare : Fleur d'eau
Metani : le vent
Ohotu Nui : pleine lune
Noho Ani : l'île et le ciel
Turiana : (le fruit du Durion)
Hei Pua : couronne de fleurs

Hiva Oa :
Mata Hei Pua : le regard sous la couronne de fleurs
Ani Hei Tiki : La couronne de tikis dans le ciel
Manuhiti O Motaiki
Vahi Ani O Temetiu : Le ciel cassé par le Mont Temetiu (le nom d'un petit garçon qui habite sous la montagne haute de 1276 mètres qui casse les nuages du ciel)
Tamatoa Te vaiaanui : grande ligne d'orages

image enfantsTahuata :
La famille O Tamatai : enfants de la mer
Mauiotopa : qui tombe en bas (une petite fille avec les genoux égratignés tant elle tombe facilement)
Matuu : m'a donné
Terii : roi
Tehia : princesse
Teii : la force
Hei Moni : la couronne d'argent
Te Poea Nui : le plus beau garçon
Poe Hei Kua : Grande couronne de perles superbes
Here Nui : qu'on aime beaucoup
Vai Here : Aimer l'eau
image enfantVae Taha : Choisir le chemin
Teupootue : la tête
Maupoo: Deux têtes
Teoho : L'aurore
Teata : l'image
Hana Tea : petite île
Tepeiu Fiti Ani : La vierge marie qui monte au ciel

Ua Huka
Te toa O Te Tai nui : le guerrier du grand océan
Te Poea O Mataiki : la beauté de la plaïade
Uti Hiepani : la déesse des esprits
Mata Ohu : le regarde qui cerne tout
Totake : oiseau blanc
Teima Poevai : la main perle d'eau
Kakeva : sterne moine
Kokapeka : hirondelle
image enfantKomako : oiseau endémique marquises
Anua Anua O Tetai : arc-en-ciel de la mer (l'arc-en-ciel qui naît dans l'étrave d'un bateau)

Nuku Hiva
Manou Tavaié : L'oiseau blanc (paille en queue, oiseau sacré chez les ma'ohis, dont les longues plumes étaient utilisées dans la couronne des chefs)

Te Moana : l'océan (nom du dernier roi de Nuku Hiva)
Atahi meama : le temps d'une lunaison

Tahitien
Irona : homme courageux
Vai Miti (l'eau et la mer)
Ani Miti : le ciel et la mer

Tous ces noms sont si jolis, qu'ils donnent envie de les utiliser et pourquoi pas, pour un compagnon des mers?

Photo du mois

A Hanamoenoa, notre étrave était plantée devant une particularité rare de la nature : un cocotier à deux têtes. Il n'est pas né en siamois, il a acquis son statut bicéphale en grandissant.

cocotier a 2 tetes

Texte écrit par Nathalie Cathala et mis en page par Dominique Cathala en Novembre 2010 - Tous droits réservés
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