La Thaïlande : du rêve à l'honnêteté.



Lettre de voyage 107– écrite en avril 2013
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Le tuk-tuk traditionnel

"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas." Victor Hugo



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En fin de lettre :

Photo du mois : Pas évident de se tenir informé...




Résumé


Nous sommes arrivés en Thaïlande avec l'intention de nous y installer lorsque le bateau sera vendu. Et nous en sommes repartis convaincus qu'elle ne sera pas notre terre d'asile. Nous nous sommes laissé le temps de visiter le pays le plus largement possible (8 semaines) afin d'en dégager une vue d'ensemble. Et une conclusion sévère et rapide serait : que ce pays bénéficie d'une image "liftée", du moins en tant que pays préféré des retraités expatriés. En ce qui concerne les voyageurs de courte durée, le pays offre encore quelque dépaysement.




Bonjour,


Le scooter omniprésent

Nous avons tous nos idées préconçues sur tout. Et notre arrivée en Thaïlande était guidée par un souvenir de Dom datant d'il y a 35 ans. Il y avait passé des moments si extraordinaires qu'il poursuivait depuis tout ce temps l'envie d'y vivre. C'était le but du voyage en bateau : arriver en Asie pour s'y établir. Au bout de notre quête, nous nous retrouvons comme Pénélope, et nous remettons notre métier sur l'ouvrage...


Tout change et il est probable que nous sommes partis en mer, au moment où le monde a le plus changé. Songez que Skype n'existait pas au jour de notre départ, les tablettes non plus, le WiFi inexistant...Tout ce qui fait votre quotidien aujourd'hui et ces petites choses qui vous accompagnent dans les recoins les plus intimes de vos vies n'étaient pas là. Le voyage en mer protège du monde, et rend son équipage "décalé" (je parle de ceux qui, comme nous, n'ont vécu que la mer, sans vraiment rentrer au pays, toujours sur les "routes" de l'océan sans pause dans cette vie de SDF). Et encore... au bout de 9 semaines de trip, le mot "décalé" me paraît être un euphémisme. Nous sommes arrivés sur terre, après une longue déconnexion. Avec un regard sur le monde qui vous semblera tellement éloigné du vôtre, d'emblée pardonnez-moi, si je suis trop sévère.


Bangkok du XXI ième siècle

Nous n'avons pas suivi l'évolution du monde. En Thaïlande plus qu'ailleurs, nous subissons un choc! Nous tombons en plein 22e siècle! J'en veux pour preuve, les "téléphones 5G" vendus à l'étalage et les "caaon MP3" (je n'ai pas fait de faute), tandis qu'en France la 4G s'installe à peine. Rien ne les gêne comme dit Dom, pas même de copier ce qui n'existe pas encore. Tandis qu'au niveau du quotidien (les toilettes, ou les salles de bain) ils en sont encore au Moyen-Âge. Impensable! A voir, ce grand écart entre la révolution de la technologie copiée et l'immobilisme de l'hygiène, l'inconscience de l'environnement! Comment les blâmer? Ils développent, exploitent ce qui marche et les enrichit, font ce que l'Occident a fait depuis plus de 100 ans, mais avec les technologies du 21e siècle... Les dégâts seront plus rapides, un point c'est tout.


Au rythme de nos déambulations, nous nous rendons compte à quel point nous sommes "à part" de la plupart des visiteurs venant directement en avion depuis leur pays d'origine. Ils passent du froid au chaud. De la ville à la plage. Du quotidien au dépaysement. Des humeurs grises aux "sourires" d'ici, de la morosité aux "full moon party". En général cela suffit à faire passer de bonnes vacances à 99% des touristes du monde. La deuxième raison de "passer de bonnes vacances" est de "tout payer pas cher". Voilà les buts premiers des touristes.


Bangkok au quotidien

La mission est accomplie par la Thaïlande, qui fait vœu de dépasser les 14 millions de visiteurs l'année prochaine.


J'aurais envie de jouer mon Cyrano et de dire "Ha non c'est un peu court!"


Ne nous jetez pas la pierre, en Europe vous êtes abreuvés d'émissions et de reportages prônant les bienfaits d'un déménagement en Thaïlande, témoins à l'appui qui disent tous la même chose. Il n'y a pas eu, bizarrement de reportage sur ceux qui, inspirés par la télévision, et son flot d'images et de sons, sont revenus fissa dans leurs pénates, déçus des goûts de paradis : "trop chaud", "trop de moustiques" (avatars de tous les pays tropicaux!), "barrière de la langue INSURMONTABLE", "affluence touristique et autochtone", "pollution", saleté chronique, "disparition de la nature sous l'impulsion du lucre", "marre de se faire "arnaquer avec le sourire", "fossé entre les cultures". Voilà les arguments entendus et glanés ci et là.


Je vous rassure, tout n'est pas aussi noir.


Le massage s'installe dans la rue

Je n'évoquerai pas ici les clichés du commerce du "massage divin" à tous les coins de rue (ou de plage) et des filles que les célibataires du monde entier prennent ici pour compagne d'un séjour ou d'une vie. Ce n'est pas mon rôle, ne comptez pas sur moi.


La Thaïlande n'est pas à compter dans les "pays pauvres" comme je le vois dans vos réactions sur le blog et la page FaceBook. La Thaïlande est un pays "émergeant" qui s'est complètement démarqué des pays en voie de développement. Elle est une sorte de "petite Suisse" de l'Asie (toutes proportions gardées, car selon les régions la population s'en sort plus ou moins bien). Ce pays n'a jamais subi la colonisation occidentale, il a échappé aux conflits d'Indochine et du Vietnam et reçu l'appui des Américains dans ces années confuses, ou la diplomatie a permis au grand frère à bannière étoilée d'installer sur la Thaïlande ses bases arrière de bombardiers qui ont détruit les pays voisins.


Bangkok moderne et fleuve Chao Praya

Aujourd'hui la Thaïlande se veut un pays moderne, plongé dans l'hyperconsommation symbolisée par la démesure des panneaux publicitaires, grands comme des terrains de foot, qui défigurent les abords de Bangkok. Le pays ne compte qu'un pour cent de chômeur et une croissance de 6,4% en 2012 (malgré les inondations qui ont paralysé le pays plusieurs semaines, dès fin 2011, rares sont les pays à rebondir aussi vite). De quoi rendre jaloux les pays englués dans la morosité occidentale. La Thaïlande compte, comme tous les pays du monde, son lot de classes économiques différenciées: opulente, moyenne, pauvre. La première arbore une attitude hautaine, voire méprisante pour les deux autres. La dernière n'est pas aidée par des allocations. Elle joue de la débrouille et de petits métiers : tout le monde s'installe au bord des routes et fait commerce de tout, se courbant en sawasdee devant les classes plus élevées... Les castes n'existent pas, comme en Inde, mais ...


Nous sommes au "pays des mille sourires" prôné par les agences de voyages. Une caricature aussi grosse que si je vous disais : "La France est le pays des râleurs". Autant pour moi... mauvais exemple (!)


Costume traditionnel

Puisque nous en sommes à les comptabiliser, les pays dont nous venons : Polynésie, Québec et Amérique latine sont plus accueillants et chaleureux. Néanmoins, je dois adoucir mon propos. Le peuple thaï n'est pas désagréable. Tant s’en faut, au-delà du détail, et dans l'ensemble on les trouve aimables. Mais les regards changent rapidement aussitôt qu'il faut parler "affaires". Et là, ils sont redoutables. Attention à l'arnaque, elle est facile au pays du "pas cher". A tous les niveaux du commerce, on se fait gentiment gruger sans possibilité de réagir. En effet, les Thaïs savent dire en anglais "thank you", "Hello", et le prix de ce qu'ils vendent, toujours indexé à la tête du client étranger, ramené à un petit "discount" qui rend tout le monde "content". Ni vu ni connu, le prix pour l'étranger est inévitablement majoré, comme cela se passe dans bon nombre de pays tropicaux.


Voici donc un des rares pays, où j'ai été frustrée de ne pouvoir communiquer autrement qu'avec un billet de 100 baths à la main. Depuis dix ans, même au coeur de populations ne pratiquant que leur langue vernaculaire, nous sommes arrivés à établir de véritables contacts, des échanges de point de vue, à apprendre une autre manière d'envisager le quotidien, à comprendre le monde au travers de leur regard, à percevoir ce qu'ils pensent de l'étranger. Ici, je ne suis pas parvenue à traverser le mur. Ils sont restés imperméables. Et moi qui suis une vraie éponge à émotions, je me suis littéralement desséchée. Ce n'est pas de leur faute... c'est simplement une sorte "d'incompatibilité".


Hors Bangkok on dialogue par signes

Très peu de Thaïs parlent suffisamment d'anglais ou toute autre langue pour s'exprimer clairement, et ne comprennent pas les quelques mots que vous leur adressez, tandis que je ne comprends pas ce qu'ils tentent de me dire (si tant est ...). Quant à ceux qui parlent correctement, nous n'avons sans doute pas eu de chance, car nous n'avons eu avec eux que des rapports commerciaux. Le résultat est qu'il manque une composante à notre voyage, pour réellement en parler. Nous n'avons perçu que le "superficiel", ce "qui se voit" et donc notre regard est forcément tronqué, car nous interprétons sans doute mal les signes visibles... (?)


Nous avons vécu dans notre monde de "visiteurs" et eux, dans le leur au sein de leur pays, sans possibilité de partage. Sans doute un choix, pour eux, à respecter.


Venons-en donc à ce que nous avons "vu".


Le brouhaha omniprésent

Les premiers jours sur le sol thaïlandais sont très dépaysants. Les oreilles... venant du Pacifique calme, paisible et serein (je joue les récidivistes de l'adjectif à dessein!) les oreilles donc doivent s'accoutumer au brouhaha permanent, rien n'est jamais silencieux sous le ciel d'Asie. Tout est sujet au bruit, et quand il n'y en a pas assez, on rajoute de la musique par dessus. Autant vous en parler tout de suite, mais dans l'art musical, il faut être connaisseur! Sans quoi vous en viendriez comme moi à la conclusion que le chef d'orchestre a un problème grave à régler avec ses casseroles contre lesquelles il fomente une colère telle qu'il en fait profiter tout le monde. Pour accentuer l'effet, les chanteurs imitent les cris des chats dont on écrase la queue... Un supplice pour les pauvres oreilles occidentales qui ne parviennent pas à saisir toute la subtilité de cet art. Les Thaïs émergent vers d'autres formes d'art acoustiques : ils ont pris l'exemple des sonos occidentales, des basses, des basses, des basses et toujours cette voix de queue de chat qui ne veut pas se coucher. Dès qu'ils ont pris le micro, on en a jusqu'aux aurores!!! Je comprends pourquoi Bouddha arbore cet air calme. Et sans doute que le jour où, il me poussera de longues oreilles, et ce sourire serein, je pourrai endurer des nuits entières de ce vacarme.


Le Tao est un long chemin à parcourir... (oui je sais c'est Confucius et il est Chinois!)


Les Thaïs, tout comme leurs voisins cambodgiens sont, par contre, très doués dans d'autres arts, dont ceux de la sculpture qu'ils partagent avec leurs voisins cambodgiens, nous y reviendrons, dans une autre lettre.


Le bouddhisme: religion d'état

Le dépaysement ressenti ne se fait pas qu'au niveau acoustique et linguistique, il s'exerce également au niveau culturel et religieux. Dès notre arrivée à Bangkok, nous sommes plongés dans l'univers royaliste et bouddhiste du pays. Quoique nous devons cependant noter la présence soutenue de la communauté musulmane. La Thaïlande est affichée comme un royaume démocratique où le bouddhisme est religion d'État, mais elle accueille, dans les plus grandes agglomérations, dont Bangkok de grandes mosquées. Les femmes enveloppées d'étoffes noires dont ne dépasse que le regard déambulant dans les centres commerciaux de la capitale attestent d'une pluralité sur le plan religieux. Je n'évoquerai pas ici, les quelques soucis sévissant dans le sud du pays, et les 4 Provinces interdites au public, où régulièrement sous l'effet des bombes des militaires perdent leur képi.


Le merveilleux palais royal de Bangkok

Ceci étant dit, il ne faut pas partir de Bangkok sans avoir vu le palais royal et le grand bouddha couché du Wat Pho. Attention, cependant autour du palais royal. Vous serez accompagné de "bonnes âmes" qui vous diront que le palais est fermé, qu'ils vous rendent service et vous emmènent le temps de la réouverture ailleurs. Écoutez les haut-parleurs du palais qui vous disent "don't trust anybody". Ces voix vous annoncent qu'il n'existe qu'une seule entrée au palais. Les "bonnes âmes" vous attendent à toutes les autres entrées, et elles sont prêtes à vous balader dans tous les sens du terme. Non seulement elles vous proposent pour 1000 baths (ça vous paraît raisonnable, 25 euros) un tour sur le fleuve, mais en plus elles vous ramènent à l'heure de fermeture au Palais royal, et tout est à recommencer le lendemain. Pour info, traverser le fleuve coûte par les transports locaux 3 baths!


En dehors de ce folklore commercial, les temples autour du Chao Praya sont réellement les merveilles de Bangkok. Pour bien profiter du Palais Royal, il faut s'y rendre dès l'ouverture afin, pendant une première demi-heure de se sentir moins cerné par la foule. Au-delà de 9 heures du matin, nous sommes carrément engloutis sous le flot des visiteurs qui ne se réduit qu'à l'heure de fermeture. Par contre, le Palais royal par son clinquant est une merveille époustouflante.

L'artère fluviale de Bangkok: le Chao Praya

Je n'ai pas eu assez de mes yeux et des centaines de clichés faits sur place pour tout capter. Quant au Wat Pho, on s'y sent un peu moins oppressé par le monde, mais néanmoins pour prendre le bouddha couché sans une tête qui dépasse, il faut déployer des trésors de patience. Traverser le fleuve Chao Praya en bateau est également une expérience trépidante, tandis que d'emprunter, sur les canaux, les navettes fluviales rapides évite non seulement les bouchons chroniques qui engluent le trafic routier, mais permet de découvrir des pans entiers de la vie quotidienne de la capitale. Bangkok se révèle, comme toute la Thaïlande, un immense restaurant doublé d'un centre commercial à ciel ouvert. A chaque pas on trouve de quoi manger et de quoi se délester de quelques baths. En parlant des "bath" la monnaie locale, nous avons été surpris de voir à quel point les billets de 100 étaient liés à la "religion" d'État. Bouddha aurait préféré le mot "philosophie". Dans tous les temples, les fidèles se délestent de billets à l'effigie du roi. C'est ainsi qu'ils accompagnent leurs "prières". Une façon sans doute (?) d'acheter "leurs indulgences". Le commerce autour de la religion bouddhiste suffirait à lui seul à faire grimper le PIB.


Sortis de Bangkok, je ne saurais que trop déconseiller les tours vers Kanchanaburi (le pont de la rivière Kwai, les rivières et cascades, le marché flottant, le temple des tigres) tout cela n'est que déception, et perte de temps et d'argent. Le pont ne vaut pas la peine d'être vu, le marché flottant n'a plus rien d'authentique et n'est qu'un immense piège à touriste. Les cascades bondées de monde. Quant aux tigres...


L'éléphant n'a plus qu'une vocation touristique

Je voudrais faire ici, un arrêt sur image sur les conditions des éléphants et des tigres. Le battage médiatique a engendré deux désirs incrustés dans l'esprit des touristes du monde entier (y compris dans le mien) : monter à dos d'éléphant et caresser les tigres. Si j'avais su, avant d'y aller, le sort réservé à ces animaux, jamais je n'aurais contribué à cette industrie. Je me suis largement expliquée dans le blog sur la question. Mais sachez que les tigres sont drogués et maltraités, même dans les temples qui en font leur gagne-pain. Les éléphants sont sous-alimentés et maltraités. Il existe sur place quelques associations qui défendent les éléphants, mais là encore, le mobile devient rapidement touristique et l'on ne sait jamais où se trouvent les vraies bonnes intentions, noyées dans le flot des avidités commerciales. (De grâce, ne m'écrivez plus ces phrases toutes fabriquées par les guides touristiques : "les tigres sont dociles parce qu'il fait chaud et qu'ils sont repus..." Vous avez déjà essayé de caresser un tigre sauvage en pleine forêt en plein midi et après un repas plantureux? Bon alors, il faut arrêter de justifier "sa caresse au gros minou", ils sont drogués un point c'est tout! )


Concernant les animaux de compagnie, nous avons été favorablement étonnés. Là encore depuis des années, je ferme les yeux sur la conditions de nos amis chats et chiens dans les pays traversés. En Thaïlande, je n'ai pas vu de "pauvre bête". Ils sont chouchoutés, et j'avais la fausse idée qu'on les servait au repas. Les Thaïlandais ne sont pas friands de ces choses là, et ne ressemblent donc pas à leurs voisins sur ce point là.


Les tuk-tuk taxis s'insinuent partout

Sortir de Bangkok se fait en train, en bus, en taxi, en avion... Nous avons, en 8 semaines, emprunté tous les moyens de locomotion des plus lents aux plus rapides, des plus inconfortables aux plus "acceptables". Nous avons testé "la Thaï attitude au volant" et ma conclusion est que nous avons plus risqué notre vie sur les routes d'Asie que sur les Océans.


Incroyable manière de conduire!
La seule règle en vigueur est "on roule où ça passe".


On ne freine que rarement, et tout le monde est à fond sur les pédales, quel que soit l'état de la route. La bande d'arrêt d'urgences est pratiquée pour le dépassement, ce qui fait que l'on double aussi bien par la gauche que par la droite. Au risque de basculer dans les bas-côtés. Quant aux lignes jaunes continues, elles sont tracées, mais c'est une dépense de peinture inutile. En Thaïlande, les voitures sont censées rouler à gauche de la route. Et je vous assure que plusieurs fois j'ai cru que nos divers chauffeurs étaient tous ambidextres du volant. Combien de fois avons-nous roulé à droite, dépassant un camion, une mobylette, une voiture voire les trois à la fois et frôlant le parechoc avant de celui qui venait en sens contraire, sur sa propre bande? Nous ne les comptons plus! Avec deux bandes de circulation à sens contraires, ils parviennent à faire 4 voies.


Une voie ferrée bien encombrée !

Pendant des centaines de kilomètres, nous n'avons pas eu la sensation de sortir de la ville. Bangkok s'étale sur 400 km en dehors de son centre. Partout, le béton s'installe au bord des routes, partout des constructions peu heureuses, noircies par l'humidité permanente. La campagne est un vaste pays plat qui ne se sépare jamais de sa brume de chaleur, amplifiée dès le mois de mars par les brûlis dans les champs. La forêt paraît malade... et pour cause. Nous apprenons sur place que 70% à 80% des forêts ont été vendues aux multinationales de l'ameublement. Il ne reste plus que 10% de forêt primaire. Cette avidité à tout vendre mène le pays vers des conséquences dont les Thaïs ne semblent pas du tout conscients. La première est que l'habitat d'une faune exceptionnelle s'est réduit à peau de chagrin. Les premiers à en souffrir sont les éléphants, les seconds sont les grands félins (tigres, léopards), et puis toute la multitude de singes, de reptiles et d'oiseaux. Les autorités définissent des réserves nationales, mais elles sont peu respectées et les Thaïs continuent de capturer les animaux sauvages afin de les acheminer vers les nombreux zoos et "temples". Outre la disparition de la faune, toutes les composantes de la déforestation sont là, dont les fameuses inondations.


Phimai le plus grand temple Khmer de Thaïlande

Néanmoins, il reste des antres de nature, et des centres d'intérêt à ne pas manquer. Vers le nord-est nous avons beaucoup aimé Phimai, ville impériale khmère et l'un des plus beaux exemples de cette période présent sur le sol Thaïlandais. Ce temple est en dehors des sentiers battus par le tourisme de masse, nous y avons croisé que peu d'étrangers, mais beaucoup d'écoliers thaïs, espiègles, ils tenaient absolument à nous prendre en photo. De beaux moments éphémères.


Pak Chong est une ville comme toutes les autres en Thaïlande: dénuée de tout intérêt. Mais à proximité, le parc national de Kao Yai nous a offert de très belles découvertes de la faune en liberté, observant à l'envi un grand éléphant mâle se gavant littéralement de racines de gingembre. Nous sommes restés un long moment avec lui, ainsi qu'avec les gibbons qui se balancent de branche en branche et s'interpellent de chants mélodieux d'arbre en arbre. Les macaques, gourmands et curieux, se donnent en spectacle à tout moment de la journée. Les biches, et cervidés sont bien représentés. Rencontre furtive avec un cobra royal qui s'est faufilé dans la forêt, où nous passons un long moment en compagnie de calaos, oiseaux étranges tant par leur taille que leurs couleurs.


Le parc historique de Sukhothaï

Après cette pause dans la nature encore préservée, nous sommes pleins de courage pour visiter les grandes villes historiques que sont Ayutthaya et Sukhothai. Ayutthaya est célèbre pour sa tête de bouddha enchâssée dans les racines d'un figuier étrangleur. J'avoue avoir une préférence pour Sukkhotai. La ville historique est séparée de la ville actuelle par l'enceinte royale au sein de laquelle nous nous baladons à vélo sans crainte des voitures, scooters et tuk tuk! Le silence et la paix qui règnent d'un temple à l'autre sont divins et rares en Thaïlande.


Chiang Mai est une ville qui avait beaucoup impressionné Dom, lors de son premier voyage. A présent, hyperdéveloppée, je l'ai classée au rang des villes les plus kitchs du monde. Certains temples affichent sur leur "parvis" des Donald Duck, et autre animal de cartoon. C'est là que nous croisons le plus de moines dans les rues. Ils ne cessent d'étonner Dom qui se souvenait que les moines ne devaient rien posséder. A présent, il n'est pas rare de les voir bandoulière d'appareil photo sur l'épaule, clope au bec, avec le dernier téléphone tactile qui sonne dans la besace!


Le monde bouge, tout change, pourquoi ne pas projeter nos bons moines dans le 21e siècle, ils auront toujours un siècle de retard sur la Thaïlande !


Réfugiée Birmane de la région de Chiang-Mai

L'intérêt de Chiang Mai se trouve dans la visite des artisans et la démonstration de leur dextérité à traiter la peinture sur soie, sur ombrelles, les sculptures sur bois, sur pierre, sur argent...


Hors de Chiang Mai, nous avons poussé jusqu'à Pai et Mae Hong Son aux frontières de la Birmanie. Il faut faire attention lorsqu'on désire rendre visite aux tribus montagnardes de ne pas se retrouver dans un "zoo humain". A certains endroits, les communautés sont rassemblées afin d'en voir le plus possible en peu de temps, ce qui pousse les Thaïs à les "parquer" dans un coin accessible. Mieux vaut privilégier la visite de villages éloignés. Ceux-ci vivent du tourisme, seule ressource pour ces personnes qui ne bénéficient pas de la nationalité thaïe et n'obtiendront jamais que le statut de réfugiés, souvent méprisés par les autochtones. Tandis qu'ils n'ont aucun espoir de retrouver leurs terres dont ils ont été chassés en Birmanie, au Népal, en Chine... pour des raisons ethniques et de discrimination.


Les parcs nationaux du Nord réservent quelques belles surprises, comme de magnifiques cascades sorties d'une forêt épaisse et dense, devenue trop rare dans le pays, ainsi que des grottes aux formations calcaires magistrales dignes de celles que l'on trouve en Dordogne.


Plage de la région de Krabi (océan Indien)

Descendons vers le sud et retrouvons la mer.


Pour les amateurs de plages, j'avoue que j'aurai du mal à conseiller un endroit plus qu'un autre. Tout dépend de ce que l'on cherche. Nous avons délibérément évité Pattaya, sa réputation, son affluence nous ont d'emblée persuadés que ce "n'était pas là", du moins selon nos critères. L'extrême sud du pays soit, les quatre dernières provinces avant la Malaisie sont déconseillées en raison de nombreux conflits qui éclatent à tout moment entre les musulmans et l'armée thaïe. Les premiers désirant obtenir une indépendance, les seconds défendant les frontières établies.


Du côté de Krabi et Phuket, tout le monde vit en paix, les musulmans tenant les commerces côté Krabi. Par contre, la réputation du sud de la Thaïlande est telle que la plupart des touristes en reviennent complètement dégoûtés par le bruit, la saleté et l'affluence. A moins de chercher à faire la fête en permanence et de s'éclater à bon compte, la foule de touristes gâche réellement le paysage qui eut pu être idyllique. Le summum a été atteint à Kho Phi Phi, ce paysage si célèbre des cartes postales! Nous n'avons pas vu la plage de Maya Bay, car dissimulée derrière un rideau de bateaux et ensevelie sous une "horde" de touristes. C'est déplaisant! On nous dit qu'il faut loger à Kho Phi Phi et s'y rendre au petit matin pour voir l'endroit (non pas désert) mais avec moins de touristes. La rançon à payer : nuits blanches, car ces îles paradisiaques au visuel, sont infernales d'un point de vue acoustique la nuit. Les îles sont transformées en discothèques où les touristes boivent toute la nuit, laissant derrière eux des montagnes de canettes et de bouteilles cassées sous les cocotiers.


L'archipel des Hongs (rocher James Bond)

Néanmoins, il faut voir la baie de Phangnga, et les îles Hongs, moins accessibles et donc moins touristiques. C'est un enchevêtrement d'îlots aux formes rebondies qui jaillissent hors de flots opaques densifiés par la brume. Impressions d'étrangeté et ici, dans cette brume épaisse où le soleil dessine des silhouettes rocheuses sur un plan d'eau lisse et vert-de-gris l'on comprend pourquoi les tableaux d'artistes locaux sont si bien inspirés par les "ombres chinoises".


Côté mer de Chine, l'île de Kho Samui réserve encore quelques antres de quiétude, dont la plage de Lamai qui a été classée par les guides touristiques "has been". Cela nous convient très bien. Quoiqu'il y ait un peu de monde, les quelques formations rocheuses dont les célèbres "grand-père" et "grand-père" qui font rire tout le monde sont cocasses. L'ensemble est assez calme et la plage longue de sable blanc belle . Les plages sont propres à condition d'éviter comme partout en Thaïlande, les lagunes stagnantes où l'eau est nauséabonde. Malgré sa réputation, on y trouve encore des plages raisonnablement fréquentées. Ne rêvez pas à la plage déserte, seuls les logiciels de retouche de photo le permettent. Deux belles cascades au centre de l'île. En résumé, Dom trouve que Kho Samui ne mérite pas sa réputation. Quant à moi, après tout ce que nous avons vu, j'ai trouvé que ce n’était "pas trop mal".


Paysage granitique de Ko Samui

L'île de Kho Phangan a failli être notre préférée. Arrivés au petit matin, nous trouvions une forêt préservée, des montagnes, de la fraîcheur et une plage de pêcheurs dans le Nord-Est. Mais nous tombions lors de la fête de l'école, et une nuit blanche (spécialité de l'île qui accueille la "full Moon Party") nous attendait. Veuillez excuser cette incartade, mais "on a passé l'âge de ces conneries". Une île qui pourrait être préservée du tourisme de masse, qui pourrait avoir un caractère authentique. Mais une seule nuit blanche par mois ne leur suffit pas, alors, ils mettent en place la "half moon party", et la nuit noire, le quart de lune... et j'en passe. Du bruit, du bruit... tout est bien à condition de faire du bruit. Ce qui donne une population diurne relativement amorphe, voire absente. Certains aiment cela, c'est sûr, vu le succès de la destination. Cela dit, entre les "nuits blanches", dans le nord-est de l'île, nous avons trouvé un coin sympa, une plage où l'eau était presque claire.


Pour finir ce tour d'horizon, allons à Ko Tao, petite île aux formations rocheuses qui pourraient faire penser aux Seychelles, côté nature. Cependant, chaque formation est "utilisée" par un hôtel qui y appuie des bungalows, des terrasses, une piscine, un restaurant. Dom y a eu cette réflexion: "on dirait que plus rien n'existe en dehors du tourisme".


La Thaïlande en résumé...

J'espère que tout ceci n'est qu'une fausse idée de la Thaïlande et que nous nous sommes trompés. Que ... débutant "à terre", nous sommes passés à côté de ce qui existe vraiment, c'est sans doute ce qui s'est passé. Il n'y a rien de parfait sur cette planète, et seule une capacité d'adaptation permet d'être heureux où que l'on soit. Nous faisons donc nos classes, dans ce mode de voyage. La Thaïlande n'est pas meilleure ou pire qu'un autre pays. Elle est elle-même à accepter telle que. Je vous ressasse depuis tant d'années, qu'il faut passer d'un pays à l'autre sans jamais les comparer. Philosophie que nous avons appliquée le plus honnêtement possible. Ici, notre avenir était en jeu, et nous n'avons pas voulu jouer les amnésiques! Tout dépend ce que l'on cherche, et cela n'appartient qu'à chacun de nous.


Nat et Dom

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