Les Canaries, un archipel de mauvaise réputation.

Nous n’abordons pas les Canaries, le cœur battant, espérant trouver des paysages à couper le souffle. La réputation de l’archipel est plutôt mauvaise. Les descriptions font état d’un tourisme frénétique dénué de tout sens déontologique. Les intérêts immobiliers y ont sacrifié l’esthétisme à la rentabilité se moquant complètement de la préservation du patrimoine environnemental. Le tableau est si déplaisant, que nous naviguons quasi à reculons vers l’archipel tant décrié.

Surprise ! Nous abordons l’archipel par Graciosa, petite île qui dépend administrativement de Lanzarote, mais qui de cœur se sent autonome. Nous y rencontrons une navigatrice qui a déjà effectué un tour de la planète et qui ne cesse de s’extasier devant les charmes et les beautés de cette île. Une page entière est consacrée, dans ce site, à ce morceau de paradis au milieu de l’Océan.

Ses mensurations ?

Nous découvrons en second lieu, Lanzarote, située au Nord-Est de l’archipel. Lanzarote et Fuerteventura, sa voisine sont les îles les plus proches du continent africain, car distante d’à peine 100 kilomètres des côtes de l’extrême Sud marocain. Lanzarote a une superficie de 800 km² et loge près de 100.000 habitants. Par sa taille elle est la quatrième île de l’archipel.

 

Son parcours…

L’île a probablement été habitée par un peuple venu d’Afrique. Les historiens tentent de démontrer que le peuple aborigène des Canaries regroupé sous le terme générique de Guanches, étaient des Berbères.

En 1312, un navigateur de nationalité génoise, Malocello Lancelotto, croise dans les parages, et donne son nom à l’île. La Couronne d’Espagne avide de nouvelles terres, annexe Lanzarote en 1402. Cette conquête marque le début d’une campagne de colonisation de tout l’archipel. Trois forteresses témoignent encore de cette époque, où il fallait défendre l’île contre les pirates.

Un artiste – ambassadeur…

L’île se démarque sans nul doute de ses sœurs canariennes. Car, ici, sans se positionner à l’écart de la manne touristique, les insulaires respectent des normes qui rendent l’île agréable et préservent son aspect totalement dépaysant. Un homme est à l’origine d’un paris économique courageux : César Manrique. L’enfant du pays devenu artiste de renom international, aura à cœur de permettre à son île de se développer économiquement et de s’ouvrir au tourisme, mais pas à n’importe quel prix ! Il mit tant de détermination à sauvegarder le patrimoine de son île qu’elle fut déclarée « Réserve de la Biosphère » par l’UNESCO en 1993.

Le message de cet homme : « Notre vie sur la terre est tellement brève qu’il vaut mieux la consacrer à des tâches utiles. Le rêve utopique de créer un espace idéal lanzaroténien peut devenir réalité, si tous ensemble, nous nous donnons la main. »

Tout au long de notre séjour nous comprendrons à quel point l’influence de cet artiste éclairé imprègne l’île qui gère un tourisme « intelligent »…

Ici, vous n’assistez en aucun cas à un acharnement immobilier, l’île revêt tout entière, une harmonie architecturale. Des pans entiers de l’île sont inhabités et les villes elles-mêmes sont de taille modeste. Les villes et les villages (en dehors de la capitale Arrécife) sont faits de maisons basses et blanches aux volets généralement peints en vert ou en bleu. Elles arborent souvent la petite cheminée traditionnelle aux allures de minarets. Les rues, les places, sont plantées de palmiers. Il existe peu ou pas de fausses notes immobilières pour entraver l’effet de cohérence.

Les hôtels tentent eux-aussi de ne pas dénaturer l’environnement. Certains sont d’ailleurs de pures merveilles de style hispano-mauresque.

Lanzarote … un dépaysement assuré

Outre, cette atmosphère de bienveillance environnementale, ce qui frappe le visiteur, c’est un paysage singulier. Sans doute, existe-t-il dans le monde des paysages similaires, mais nous ne sommes qu’au début de notre grande boucle, et Lanzarote a eu le don de nous surprendre. L’île se présente comme une succession de dômes volcaniques aux couleurs hallucinantes entre lesquelles s’étirent des rivières de lave asséchées.

Un combat ingénieux contre la sécheresse

Partout sur l’île, la végétation ne pousse qu’au prix d’une lutte dantesque contre l’aridité. Dans les zones agricoles, nous avons assisté, médusés, au labourage de champs de lave. En fait, les agriculteurs, répandent du rofe (cendre volcanique) sur leurs lopins cultivables. Cette technique agraire se nomme l’enarenado. Le paysage se trouve ainsi découpé de parcelles noires, entourées de murets de pierres volcaniques. La cendre sert à la fois de filtre solaire efficace et d’humidificateur, car les précipitations sont rares sur l’île. L’air marin, apporte une humidité, qui si elle est catalysée rend certaines cultures possibles. Les fruits, légumes frais, verts et secs constituent l’essentiel des cultures de Lanzarote.

En outre, les paysans et vignerons protègent les plans d’arbres fruitiers ou de vigne, des vents violents qui balayent toute l’île, par des murets de pierre volcanique. Dans la région de La Geria, le paysage viticole est vraiment particulier. Chaque vigne est logée dans un trou, creusé dans le sol volcanique et entouré de petits murs. Travail harassant de patience qui donne naissance à des vins aromatique aux parfums exotiques.

Tour rapide ou approfondi ?

Vu la superficie de l’île, une à deux journées suffisent à en faire le tour. Mais en prenant son temps… combien de jours vous faudra-t-il pour apprécier pleinement son atmosphère inimitable ?

Les Incontournables du Nord de l’île

El MIRADOR DEL RIO
C’est un site touristique aménagé autour d’un des plus beaux panoramas de l’île. L’infrastructure est fondue dans le paysage, car cachée au sein même de la roche. Une très belle réalisation de César Manrique qui date de 1973 ! La terrasse construite en arc de cercle culmine à 600 mètres à flanc de falaise, à ses pieds des marais salants côtoient le chenal qui sépare l’île de la Graciosa et Lanzarote. Nous jouissons d’une vue imprenable sur tout l’archipel préservé de « Chinijo » et au-delà des îlots désertiques, le panorama s’étend jusqu’au bout de l’horizon océanique.

CUEVA DE LOS VERDES
C’est une balade organisée au sein d’un vestige de rivière de lave générée il y a plus de trois milles ans, par l’imposant volcan de la Coronna. Le tunnel est recensé comme l’un des plus longs et des plus grands au monde. A certains endroits, la Cueva de Los Verdes, aux courbes tourmentées et aux couleurs inquiétantes, se divise en plusieurs niveaux. Toutes ces particularités font que ce site est régulièrement étudié par les vulcanologues du monde entier.

Sensations inoubliables que d’arpenter ce couloir souterrain. Curieux, presque voyeurs, nous pénétrons dans les arcanes de notre planète. Ce boyau et ses congénères sont à l’origine de cette Terre qui palpite au-dessus de nos têtes. Nous marchons, là où la lave torrentielle s’écoulait vers la mer, un peu comme le sang circule dans nos veines. Cette découverte est envoûtante. Tout au long de cette exploration, nous pensons aux origines de notre Planète ; à ces combats chaotiques de matières qui engendrèrent ce que nous sommes aujourd’hui. Sentiments contradictoires de paix et d’appréhension… La sérénité est accentuée par cette acoustique ambiante parfaite. Ici, la roche absorbe tous les sons parasites, le silence est parfait. C’est une transe merveilleuse baignée de mystère et d’extase. Pourtant, un petit coin de la conscience ne cesse de persifler. L’imaginaire bouillonne et reconstitue chaque instant de cette ère volcanique, à la fois créatrice et destructrice.

JAMEOS DEL AGUA
Non loin de CUEVA DE LOS VERDES, nous partons à la découverte de ce deuxième pôle du tourisme volcanique. Jameos était une onomatopée aborigène qui reproduisait le bruit sourd de l’effondrement du plafond d’une grotte volcanique. Les grottes souterraines ont été aménagées en une oasis extraordinaire. Des jeux d’ombres et de lumières, des piscines resplendissantes, un aménagement habile de la végétation font de cet endroit un lieu paisible dont le charme reste évident, malgré une fréquentation touristique importante.

L’immanquable parc de TIMANFAYA

LAS MONTANAS DEL FUEGO
Ceci est sans doute le paysage le plus fascinant et le plus dépaysant que nous ayons vu jusqu’à présent. Paysage didactique également, car il retrace en grandeur nature, les origines de notre chère Planète.

Lanzarote a surgi du fond des Océans il y a plus de 19 millions d’années. Elle fait partie des chaînes de montagnes sous-marines qui parsèment l’Atlantique Nord. Lanzarote présente plus de 300 volcans, sur plus de 200 km². Ceux-ci n’ont jamais cessé d’être actifs. Les dernières éruptions volcaniques datent du dix-huitième et du dix-neuvième siècles. Cette dernière phase d’activité volcanique a engendré le parc de Timanfaya.

Le 1er septembre 1730 le curé de Yaiza raconte :
« Entre 9 et 10 heures du soir, la terre s’ouvrit soudain près de Timanfaya, à deux lieues de Yaiza. Durant la première nuit, une énorme montagne s’est levée du sein de la Terre (…)Les flammes qui se sont échappées depuis sa cime ne cesseront de brûler durant dix-neuf jours… »

Jusqu’au 16 Avril 1736, et pendant plus de six ans, Lanzarote fut le théâtre de la plus longue et de la plus forte activité en terme de matières volcaniques éjectées jamais enregistrée. Les habitants assistèrent impuissants à une pluie pyroclastique qui recouvrit une vallée entière de cendre volcanique. Aujourd’hui, cet endroit se nomme la vallée de la tranquillité. Décor inquiétant et chimérique qui engloutit la plaine céréalière la plus fertile de l’époque ainsi que 13 villages et 420 maisons. Miraculeusement, il n’y eut aucune victime. Outre cette vallée une immense mer de lave émergea. De hauts volcans aux cratères fantastiques saillirent en alternance avec de profondes crevasses. Certains effondrements de tunnels volcaniques accentuent aujourd’hui, l’aspect inégal et chaotique du terrain. C’est un imbroglio inextricable de scories, de cendres et de masses de lave pétrifiées aux formes fantasmagoriques.

En 1824, la nature remet ça pendant trois mois, de juillet à septembre.

Des études récentes ont recensé plus d’une centaine d’espèces différentes de lichens. Ceux-ci se développent naturellement sur un sol d’apparence stérile. Ces espèces endémiques poussent au ras du sol, leur croissance est sans doute ralentie par les alizés qui soufflent en permanence sur les flancs des monts volcaniques. Ils sont en tout cas à l’origine des couleurs extravagantes qu’arborent les cratères du parc de Timanfaya.

Tout au long de la découverte de Timanfaya, le visiteur ne peut rester de marbre. Très vite, il se sentira submergé par une émotion intense. On se sent, ici, plus qu’ailleurs solidaires de la Terre. Le paysage dégage à la fois une atmosphère de solitude et de quiétude. C’est vraiment une expérience incomparable.

 

Autres curiosités de Lanzarote

LOS HERVIDEROS
C’est une promenade charmante aménagée en bordure de mer, là où une rivière de lave se jette dans l’Océan. C’est un endroit magique où se fondent les éléments. L’océan butine sans relâche la lave, creusant des cavités où l’écume s’engouffre bruyamment.

EL GOLFO
Un cratère à moitié englouti offre un amphithéâtre, de concrétions de sables mêlées de cendres rouges, ouvert vers le large. Au creux de l’hémicycle, un plan d’eau vert bouteille tranche avec les autres couleurs.

Conclusion

Lanzarote est une île à ne pas manquer, c’est sûr. Certains y déplorent un tourisme trop paternaliste. Il est vrai que le parc de Timanfaya qui offrirait une randonnée extraordinaire, ne se visite qu’à dos de dromadaire pour une toute petite visite ou en car avec guide multilingue pour le reste. Mais, si le touriste n’est pas autorisé à se balader seul, cette méthode permet néanmoins de préserver cet environnement unique des indélicatesses de certains visiteurs.

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