LA COTE D’AZUR

Où commence-t-elle ? Où finit-elle ?
Demandons-le à son inventeur… Stéphen Liégeard. Ce dernier écrivit un livre intitulé « la Côte d’Azur », en voici un extrait :

« Allez du côté de l’aurore retrouver ces filles de la vague et du soleil qui s’appellent Hyères ou Cannes, Nice ou Menton. Reflétez, dans une suite de tableaux lumineux et mouvementés, la vie si intense de ces enchanteresses (…) Voguez le long de cette Côte d’Azur ! »

Le mot est lancé en 1887 ! Plus que le titre d’un ouvrage aux descriptions lyriques, cette côte rocheuse reçoit, ce jour-là, son nom de baptême face à l’éternité. La Côte d’Azur de ce poète, unit dans un style enthousiaste sous un ciel d’azur, des reliefs tourmentés et composites où des contrastes chromatiques accentuent la pluralité des rivages. Il marie sous un seul vocable les roches rouges et déchiquetées de l’Estérel, le bleu cobalt des grands horizons, les havres verdoyants que sont les îles de Lérins ou certaines baies du massif des Maures, les turquoises qu’amplifient de luminosité les roches calcaires du Cap Taillat, les îles d’Hyères, tempétueuses ou divinement douces qui protègent une forêt plus obstinée que les incendies. Le tableau serait bien incomplet, si l’on omettait la lumière. Celle que Matisse aimait capturer dans ses toiles.

« Quelle lumière tendre et moelleuse malgré son éclat ! » s’exclamait-il après une sieste sous un olivier. Il disait encore « Quand j’ai compris que chaque matin je reverrais cette lumière, je ne pouvais croire mon bonheur… »

Matisse habitait Nice dans les années 50, déjà, les villes étaient installées dans une expansion touristique amorcée au dix-huitième siècle. Les villes revêtaient peut-être encore un caractère charmant ? Aujourd’hui devenues de véritables mégapoles côtières, elles ressemblent à des monstres de béton, que nous évitons, pour nous consacrer exclusivement, aux rivages encore protégés. C’est ainsi que nous aurons l’audace de redéfinir les contours de NOTRE Côte D’AZUR !

Elle commence, pour nous, aux îles de Lérins et trouvera sa frontière au massif de Marseilleveyre. Notre périple évite soigneusement, les endroits dévorés par l’expansion immobilière déraisonnable. Même, si « nos îles » ne sont jamais loin des villes, elles permettent souvent à l’équipage d’un bateau de s’isoler visuellement de ce qui dérange. Bien évidemment, toutes ces balades sont à effectuer en dehors de la ruée estivale. Cela dit, de septembre à juin (si l’on trouve quelques jours non tempétueux) la côte méditerranéenne française permet de bien jolies navigations, et la découverte de coins de natures encore préservés.

Petite histoire d’un succès programmé

Si le climat de la Méditerranée n’est pas un climat idéal pour une plaisance en dilettante, c’est pourtant lui qui fut à l’origine de son succès ! En effet, au dix-huitième siècle, les Anglais attirés par ces vertus climatiques sont les premiers hivernants sur ce qu’ils appelaient la Riviera. À l’époque, l’on n’a pas encore découvert le bacille de Koch. Les médecins du Royaume de Sa Majesté conseillent, alors, à leurs riches patients tuberculeux phtisiques ou neurasthéniques de quitter, en hiver, le climat neigeo-pluvieux de leur Grand-Nord. Le soleil et les climats secs seraient à l’époque déclarés une panacée pour soigner ces infections. Ainsi, notre côte méditerranéenne voit débarquer comme première vague touristique de richissimes Anglais toussoteux et crachoteux.

Les premières villes qui accueillirent ces touristes-patients furent Hyères, et Nice. Cette dernière était encore sous le joug des Ducs de Savoie et donc du Royaume sarde. (Voir l’histoire de la Sardaigne). Hyères était une ville plus accessible que Nice, mais elle était aussi plus exposée au mistral. Pour mériter les douceurs hivernales de Nîzza, il fallait se soumettre aux exigences d’un douloureux voyage qui nécessitait, au départ, de Londres une bonne quinzaine de jours. Arrivés sur le rivage méditerranéen, ces aventuriers du « nouveau monde », n’étaient pas au bout de leur peine, car il fallait encore franchir le Var et surtout l’Estérel, véritable repaire de brigands. Cela se faisait à dos de passeurs, les premiers voyageurs de l’extrême arrivent ainsi à Nice en 1731.

En 1763, naît une nouvelle mode : celle du bain hivernal. C’est sir Tobias Georges Smolett qui en est à l’origine. L’effroi des habitants devant une telle pratique fut tel, et le souvenir si vivace, que ce monsieur reçut une rue à Nice ! Dès lors, Nice reçoit la visite annuelle des Inglese, terme, qui aux yeux des Niçois englobent tous les visiteurs : Anglais, Français, Russes. Ainsi, les touristes qui aiment à se balader et à se rencontrer en bordure de mer reçoivent leur promenade : « la Promenade des Inglese. »

Comment, ces nouveaux visiteurs, pouvaient-ils résister à notre côte ? Elle ne recelait alors que quelques villages de pêcheurs où l’on vivait chichement. A l’exception de quelques villes réputées depuis l’Antiquité, comme Fréjus, Marseille, Hyères, Nice ou Antibes, le paysage est naturel. Le rivage présente des forêts touffues de pins maritimes, les plages naturelles sont encombrées d’herbes de posidonie, de troncs d’arbres et de tout ce que la mer rejette par temps de tempête. Les habitants des petits villages sont heureux dans une vie simple où la mer, le blé, l’olivier, la vigne, l’oranger fournissent tout ce dont ils ont besoin. Ils fabriquent un peu d’artisanat à base des essences qu’offre la nature autour d’eux. Ils se sentent peu concernés par ce nouvel engouement pour leur région.

Pourtant, un événement vient bouleverser définitivement le relief de nos côtes. En 1834, une épidémie de choléra empêche nos bons « Inglese » de se rendre à Nice. Lord Harry Brougham and Vaux, s’arrête dans un hameau où quelques habitations sont réunies autour d’un escarpement fortifié. Notre Lord se balade et pénètre dans l’unique auberge du sieur Pinchinat. Ce dernier lui fait goûter un plat à base de poissons, arrosé d’un vin gouleyant… Il venait de déguster la bouillabaisse. Le Lord, achète un terrain immense y fait construire une non moins grandiose villa… Il y revient chaque année en hiver. Il fait des émules, un quartier d’« Inglese » se constitue. Une route est tracée en bordure de mer, ainsi naissent Cannes et sa future croisette…

À cette époque, le trajet en diligence entre Marseille et Nice mettait encore vingt-quatre heures, dans les meilleures conditions ! En 1864 une merveilleuse invention, vient dynamiser le flux des touristes et par voix de conséquence dynamiter nos roches ! Le chemin de fer dessert Nice. En 1869, c’est au tour de Menton. Le paysage en sera à jamais bouleversé !

À partir de 1860, une rivalité commerciale s’insinue entre les deux grands pôles de la Riviera. Nice devenue française, et Cannes se disputent les rois, leur cour, et les aristocrates de tout poil et de tout horizon. Ils viennent d’Angleterre, d’Autriche, de Prusse, de Russie, de Belgique, de Suède, du Danemark, de Roumanie… Tous ces hivernants, de mieux en mieux-portants, et pas du tout effrayés par cette nouvelle République qui massacrait ses nobles il y a encore peu, se montrent sur notre Côte d’Azur. Ils apprécient sa lumière d’hiver, le climat doux (du moins plus que chez eux !), et relativement plus sec. Nos Inglese aiment la végétation perpétuellement verte de cette côte découpée.

Comme rien n’est jamais parfait à leurs yeux… Pour perfectionner ce tableau idyllique, ils décident d’implanter un arbre qui répondrait à la luminosité du soleil permanent : le mimosa. En effet, avant que l’homme ne touche au milieu naturel de la Côte d'Azur, cet arbre, qui aujourd’hui symbolise la douceur d’y vivre en hiver, en était complètement absent, puisqu’originaire d’Australie. Il ne sera pas le seul à s’enraciner sur la côte : le bougainvillée, le figuier de barbarie, les diverses sortes de palmiers, les agaves, l’eucalyptus viennent sous l’impulsion de nos chers « Inglese » enrichir la flore endémique.

En 1887, les diverses villes balnéaires de la Côte d’Azur accueilleront vingt-deux mille hivernants. En 1914, ils seront cent cinquante mille visiteurs entre novembre et mai ! Les guerres, les bouleversements politiques, donneront des années de répit à la Côte d’Azur, du moins, par périodes…. Mais, à chaque regain d’espoir sur le terrain politique et économique européen, le tourisme repart de plus belle. Plusieurs fois abandonnée, mais chaque fois reconquise par une nouvelle clientèle. Pendant les années folles, les stars de la littérature américaine adoptent la Côte d'Azur pour leurs séjours d’été. Elles bouleversent les habitudes de l’hôtellerie qui fermait, jusque-là, ses portes dès le 15 mai. L’ambiance très aristocratique des hivers sur la côte devient dès lors beaucoup plus décontractée et estivale.

Plus tard, en 1936, la région se démocratise et offre des possibilités diverses de séjours pour la nouvelle génération de touristes. Pour s’adapter à ces nouvelles recrues, le béton succède à la pierre, et des campings ouvrent leurs portes. La côte échappe à sa nature sauvage, et se laisse envahir par des projets immobiliers de plus en plus démesurés et rarement du meilleur goût. Une sorte d’inconscience flotte et laisse faire, comme si tout cela n’était pas irréversible.

Certains amateurs décident cependant de s’éloigner des villes trop « chargées ». Ils découvrent des havres de paix, des villages qui ont su conserver leur charme : Saint Raphaël. Mais aussi, au pied d’une presqu’île, quelques curieux découvrent un village de pêcheurs un vrai trésor préservé de la folie qui a envahi les cités balnéaires : Saint-Tropez ! Chaque découverte ne fait qu’étendre le mal urbanistique… Que dire ??? Tout le monde a le droit de profiter de cette manne touristique, qui blâmer ? Laissons s’exprimer Prosper Mérimée qui en 1859 prononçait déjà ces mots universels. Car l’homme est un récidiviste assidu :
« On bâtit et on détruit les jolis bois et les prés. Il y a de vilaines maisons aujourd’hui dans les endroits où on trouvait les plus belles fleurs du monde. La civilisation fait un grand dégât parmi les arbres et les roches. »

Heureusement aujourd’hui, l’homme, conscient de ses erreurs passées, protège un peu plus son environnement. Est-il trop tard ? De nombreux terrains font partie du conservatoire du littoral. Partout, l’on tente d’endiguer l’exploitation immobilière.

Par contre, il est une loi, que bien des gens d’ici ont du mal à comprendre. C’est cette fameuse autorisation qui est donnée de bâtir après qu’un terrain ait été dévasté par des incendies. Pourquoi, une telle réglementation ? Que le terrain devienne constructible 10 ans ou 20 ans après un incendie peu importe, cela attisera toujours l’envie de rendre ces terrains exploitables. Un terrain inconstructible doit le rester, incendie ou pas !!! Et nous sommes nombreux à dire qu’une telle correction de la loi protégerait efficacement les forêts de notre littoral ! Ces forêts qui doivent résister à la folie des hommes, et aux incendies meurtriers !

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Une page est dédiée au massif de l'Estérel et une autre à notre navigation de retour d'un périple de 110 jours en mer Méditerranée.


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