L'Estérel

Lorsque nous naviguons au large du massif de l’Estérel entre Agay et La Napoule, mes yeux s’emplissent des merveilles de cette miraculeuse enclave naturelle qu’offre l’Estérel. Chaque fois, la magie se renouvelle. Je voue pour cette partie de littoral un amour inassouvi. Une perpétuelle et insatiable envie de partir à sa découverte. C’est un des rares endroits, où je préfère regarder la terre ferme, plutôt que de me repaître inlassablement de l’immense liberté visuelle que m’offre l’horizon. Ici, l’on navigue en silence et l’on admire !

Ces navigations ont le goût d’échappées vers le royaume de la Nature. La cour de sa majesté se pare de couleurs dont les mélanges sont incomparables. Ce joyau se rempare dans une massive forteresse aux donjons de roches rouges et se couvre d’un maquis et de forêts d’un vert sombre. À ses pieds se déroule le tapis étoilé de la Grande Bleue.

Bien que ce site ait des affinités avec la Réserve de Scandola, je trouve que l’Estérel montre sa propre personnalité. D’accord, cette côte est extrêmement belle, elle aussi ! Escarpée et creusée de calanques, sa roche écarlate est tourmentée et déchiquetée par l’érosion. Des murailles acérées plongent à la verticale dans les flots méditerranéens. Pourtant, il n’y a pas ici ce dénivelé gigantesque que l’on retrouve en Corse. Le plus haut sommet se situe à 600 mètres sur le continent. Alors que sur l’île on ressent un vertige spectaculaire, ici, l’on se laisse bercer par la douceur des courbes et une harmonie de couleurs.

Vu du large, l’Estérel débute à l’île d’or. Sa tour de garde fait office de porte qui ouvre sur le massif. Immédiatement au-dessus, le Sémaphore, veille sur les vies qui se risquent en mer. Le massif en contre-bas du phare est vierge d’habitation et laissé au seul règne de la forêt de pins et du maquis. Il en est ainsi du massif tout entier qui s’étend au-delà d’Agay et pratiquement jusqu’à La Napoule. En tout, l’Estérel représente 32000 hectares. Dont 13000 hectares sont classés et protégés. 6 000 Ha constituent la forêt domaniale gérée et entretenue par l'Office National des Forêts, avec 400 km de routes, de pistes et de sentiers balisés. Le reste est constitué de forêts communales et de parcelles privées.

Une flore et une faune diversifiées

Les sites où le maquis domine paraissent parfois rêches et presque uniformes en couleur pendant les mois de chaleur. Pourtant, de nombreuses variétés composent le massif. Quatre variétés de chênes ont élu domicile dans nos forêts. Les pins d'alep ou maritimes constituent avec les chênes la végétation de grande taille. Les arbousiers, myrtes, lentisques ravissent le promeneur de leurs fleurs et de leurs fruits. Les lavandes, romarins, cistes, bruyères, robiniers offrent à un étage inférieur une magie de couleurs au printemps et dont le soleil attise les fragrances, tout au long de l’année.

Pour compléter ce tableau déjà riche l’homme a introduit, au siècle dernier, des espèces tropicales, qui ont adopté, avec bonheur, le climat méditerranéen. Il en est ainsi du mimosa. Il s’est si bien implanté que sa variété sauvage forme aujourd’hui de réelles forêts aux couleurs du soleil. D’autres variétés ont suivi cet exemple. Il en est ainsi de l’aloès d’Afrique, du cactus algérien, des bougainvillées, de la glycine, de l’oranger…

Quant à la faune, il semble qu’elle soit heureuse dans ces espaces naturels. Cerfs, sangliers, tortues, lézards, tarentes, salamandres tachetées, vipères sauvages, écureuils, fouines, belettes, scarabées, papillons, nombreux oiseaux marins, migrateurs et rapaces font de ce jardin sauvage leur habitat privilégié. Sauvage, il l’est à plus d’un titre, car il dévoile à la fois une nature vierge et craintive, un caractère brut et vulnérable. Il faut peu de choses… Un feu de paille… Pour qu’il perde sa superbe pour de nombreuses années. Pire ! On a déjà vu, des parcelles entières se faire dévorer par la gangrène immobilière, après le passage d’un incendie…

 

Un peu de géologie ???

Même si l’on se sent peu ouvert aux sciences de la géologie, il suffit de naviguer tout au long de la côte méditerranéenne pour que naissent un certain nombre de questions. Comment tant de diversités de paysages ont-elles pu surgir ? En effet, de l’Estérel au massif de Merseilleveyre, (et même au-delà !) il existe une telle variété de paysages, que l’on est en droit de croire que du chaos, surgit tôt au tard des merveilles.

Des mouvements géologiques sont nés des paysages aussi différents que les chaînons calcaires de Sainte-Baume ou Sainte-Victoire, des massifs de porphyre écarlate comme l’Estérel, des versants aux pentes douces et couvertes d’un manteau forestier comme dans le massif des Maures, des plateaux calcaires qui finissent en falaises accidentées ou qui s’ouvrent en gorges étroites comme à Cassis. Plus à l’est, on trouve également des remontées montagneuses derrière Cannes, ou des zones de transitions marquées par des tables calcaires comme dans le Lubéron. Plus spectaculaires encore, sont les montagnes portées à proximité du rivage niçois. Beaucoup plus loin, vers l’ouest, on assiste à l’effondrement du paysage, et à la formation des plaines alluviales du Rhône, s’étalent, alors, les longs paysages monochromes de la Camargue.

Mais revenons à l’exubérance chromatique de l’Estérel. L’extravagance des formes et des couleurs de l’Estérel ne méritent-elles pas que l’on s’y arrête ?

Une telle majesté ne pouvait que jaillir du plus profond des entrailles de la Terre. Le chaudron s’est activé, il y a environ 300 millions d’années. Lorsque l’on revient de Corse vers Agay par la mer, on obtient une vue d’ensemble du massif. Des eaux bleu sombre, émerge un éperon rocheux et tortueux où l’étrange camaïeux écarlate témoigne du bouillonnement originel. C’est le massif de l’Estérel proprement dit. Situé à tribord, il comprend le Pic de l’Ours, et le Pic du Cap Roux entre Saint-Raphaël et Mandelieu. Mais l’on remarque aussi à bâbord le Rocher de Roquebrune. Celui que nous appelons « le Rocher de la Femme Couchée » Erigé telle une table, il paraît excentré par rapport au reste du massif. Il est, pourtant, issus de la même activité volcanique.

À la fin de l’ère primaire, il y a 280 millions d’années, les phénomènes volcaniques se sont généralisés en Provence. Les premières manifestations volcaniques dans l’Estérel correspondent à des coulées de rhyolite amarante appelée aussi porphyre rouge de l’Estérel. À la fin de cette période d’intense activité volcanique se produit l’effondrement de la partie centrale du massif de l’Estérel. Cette période de volcanisme voit la formation de volcans comme ceux de Maure Vieille, de la Baisse des Charretiers et des Collets Redons.

Au début de l’ère secondaire, les eaux commencent à envahir la région qui s’était surélevée pendant l’ère primaire. Deux cent trente-cinq millions d’années plus tard, le volcanisme refait son apparition dans l’Estérel avec l’intrusion du fameux « porphyre bleu » décrit par E Saussure en 1796. Cette roche apparaît notamment au Dramont. L’estérellite, nom donné à cette nouvelle roche, a été exploitée depuis l’Antiquité. Les carrières du Dramont existent toujours !

Il y a 7 millions d’années, la Provence va subir un énorme cataclysme. Dans un mouvement de bascule la région appelée « Tyrrhénide » se jette dans les profondeurs de la Méditerranée. Seule la Corse, la Sardaigne, le Massif des Maures et l’Estérel qui faisaient partie de la même Tyrrhénide subsistent. Au Nord se produit l’inverse : les reliefs de la Provence calcaire et des alentours de Grasse, émergent du fond de la mer.

En suite, l’érosion fait son œuvre et émousse les montagnes des Maures. Certaines vallées et chaos éboulés s’ouvrent vers la mer pour former des baies profondes. Il en est ainsi du Golfe de Saint-Tropez, des rades de Bormes ou de Cavalaire. Certains effondrements font apparaître des caps aux pointes aiguisées : Lardier, Bénat. L’Estérel quant à lui a la tête dure. Fait en majorité de porphyre écarlate, il se casse, se fendille, se crevasse, mais ne recule jamais face aux intempéries qui s’attaquent à lui sans relâche.

Quant à l’origine de la couleur de l’Estérel, les spécialistes émettent des avis divergents.
Pour certains, la couleur rouge viendrait de la cristallisation d’oxydes de fer libérés par une oxydation lors de certaines conditions climatiques.
Pour d’autres, il s’agirait des rhyolites qui se seraient dévitrifiées au cours de très longues périodes de temps géologiques.
Points communs des diverses théories : la présence de rhyolite et de fer.

Nous l’avons dit, l’Estérel ne revêt pas uniquement la couleur rouge. En effet, en face de l’île d’or le spectacle est magnifique. Un mélange unique de rouge et de vert. Non pas le vert de la végétation, mais celui de la roche… Le vert est la conséquence directe de la réduction du fer. Les couleurs noires ou brunes sont le résultat de sédimentations.

En bref, assommons-nous avec les composants de la roche de l’Estérel…

L’Estérel se compose de roches volcaniques acides, rhyolithes ignimbritiques écarlates, riches en silice, de pyromérides, de rétinites, de tufs, de roches volcaniques basiques (noires ou brunâtres), de roches magmatiques (de couleur grise bleutée) appelées porphyre bleu de l’Estérel ou esterellite et enfin de roches sédimentaires détritiques, de grès (sables consolidés), de pélites (de couleur lie de vin).

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