Iles de Lérins: Ste Marguerite - St Honorat

Un trait d'union entre le Var et les Alpes-Maritimes

Le croyez-vous ? À quelques encablures de Cannes, il existe un mouillage au beau milieu d’une nature préservée. Un petit archipel méditerranéen où règne des pins âgés. Chaque année, ils font un pied de nez aux incendiaires pervers du continent ! Les îles sont occupées depuis l’Antiquité par des communautés monastiques qui les mettent en valeur. Les îles sont séparées d’un bras de mer. Il se love dans un écrin de verdure, où l’eau translucide se prend à rêver de teintes émeraude ou turquoise lorsqu’elle passe au-dessus de fonds de sable blanc. Attention ! Je n’ai pas parlé de mouillage solitaire… Du moins pendant l’été, car de septembre à juin, ce mouillage est en prime désert ! Avez-vous trouvé le nom de cet éden ? Hé oui ! C’est le mouillage du Frioul… Plus connu, sous le patronyme des îles de Lérins.

Deux îlots pointent leurs éperons calcaires et désertiques à l’Est de l’archipel. L’îlot de la Tradelière et l’îlot Saint-Féréol annoncent au Nord et au Sud, l’entrée entre deux îles. La plus grande, Sainte Marguerite, postée près du rivage offre un rempart visuel, une protection pour sa sœur, plus petite, Saint Honorat. Au milieu des deux îles, coule un couloir d’eau. À l’Est le regard ne porte infiniment que sur l’horizon. Du côté du couchant, l’on devine, aveuglé la naissance du massif de l’Estérel. Au Nord et au Sud, s’érigent deux murs de verdure, fortifications contre l’urbanisme des mégapoles voisines.

L’île Sainte Marguerite

En général, vous aborderez l’île par son petit port qui se situe en face de Cannes. L’île est reliée au continent grâce aux navettes qui viennent de Cannes ou même de Saint-Raphaël. Elle accueille près d'un demi-million de visiteurs par an. Une journée bien remplie suffit à la visiter. En débarquant, vous observerez ce qui ressemble à un petit village. Il est en fait composé de petits cabanons et de restaurants. Un peu plus loin, s’érige un promontoire rocheux de 26 mètres de haut sur lequel a été construit un fort imposant. C’est le fort Royal. Une construction qui a été rénovée en son temps par Vauban. Elle est classée monument historique. Prison royale puis caserne militaire, elle abrite aujourd'hui un centre d'animation et d'hébergement géré par Cannes Jeunesse. On trouve également dans ce complexe de pierre, le musée de la mer qui regroupe d'anciens objets retrouvés dans les épaves coulées autour de l'île.

Outre ces aménagements, l’île recèle encore d’espaces naturels. L’étang des Batéguiers est un repaire fréquenté par les oiseaux maritimes et migrateurs. Sur les 170 ha que comptent l’île, 150 sont couverts par une forêt essentiellement composée de pins aménagés par l’O.N.F., elle est parcourue de long en large de chemins forestiers. Ces sentiers ont une vocation botanique, puisque des petites pancartes explicatives concernent les essences de l’île. Elles ont aussi le dessein d’éduquer le visiteur en vue de préserver l’écosystème fragile des îles. Le chemin qui la ceinture permet de faire le tour de l’île. Ce sont des chemins paisibles où l’on peut savourer la fraîche ombre des pins tout en admirant le panorama qui donne selon où l’on se trouve, sur la côte, sur l’horizon étincelant d’étoile, sur le mouillage du Frioul ou sur l’Estérel. Tout au long de ce chemin qui trace les contours de l’île, vous trouverez une foule de petits coins, petites calanques où il vous viendra l’envie de vous baigner. Cette balade est si agréable que vous vous apercevrez à peine que vous venez de parcourir une petite dizaine de kilomètres.

Je ne manquerai pas à la tradition, qui veut que l’on entretienne le mystère qui pèse sur l’île de Sainte Marguerite. En effet, lors de votre visite, vous n’y couperez pas, il vous faudra visiter la cellule du Masque de Fer ! Hé oui, c’est ici… En 1685, la forteresse devient, sous l’impulsion de Richelieu, une prison d'état. L’homme au masque de fer y séjournera 27 ans.

Mais qui était le prisonnier au masque de fer ?
Trois siècles après, c'est toujours une énigme. Frère aîné ou même jumeau de Louis XIV ? Le fils d'un adultère entre Anne d'Autriche et le duc de Buckingham ? Un bâtard de Louis XIV ? Le Comte de Mattioli, diplomate italien qui trahit son pays en vendant aux Espagnols le contenu d'un accord entre Louis XIV et Charles III ? Les fables vont bon train. Un vrai thème de littérature ! Mais au diable l’avarice en matière d’imaginaire, car cette épopée ne se suffisait pas d’un simple masque, il y fallait une suite !

La légende raconte que le mystérieux captif, qui fut un temps détenu à Cannes, aurait eu une liaison avec une Cannoise engendrant un enfant immédiatement placé dans une famille corse. On recommanda à la famille de prendre bien soin de l'enfant qui était « de bonne part » (buona-parté). Napoléon serait issu de famille noble !

Qui trouvera plus romanesque ?

Ile Saint-Honorat

En face de Sainte Marguerite, Saint Honorat, paraît plus à l’écart. Il est vrai que les navettes débarquent en général leurs passagers sur la première. En suite, pour venir sur Saint Honorat, cela demande un peu plus d’organisation, et la plupart des touristes venant pour la première fois « aux îles » en restent là ! De plus, Sainte Marguerite a une vocation plus touristique que sa sœur. En effet, Saint-Honorat est, avant tout, une île monastique. Le domaine est privé, il appartient aux moines. Bien sûr, les visiteurs sont tolérés et accueillis, mais il leur est impossible d’oublier le respect avec lequel ils doivent se conduire sur l’île. L’atmosphère qui y règne, impose presque de marcher sur la pointe des pieds et de chuchoter pour ne pas briser le silence de cet espace de prière. Tous ces facteurs amplifient l’impression de se trouver à l’écart du temps lorsqu’on aborde Saint-Honorat.

Cette ambiance de recueillement qui envahit l’espace souligne davantage les beautés simples et sauvages de l’île. Une forêt de pins préservée est sillonnée de nombreux chemins pédestres. Le rivage tourné vers le large est sans doute le plus majestueux. Le monastère fortifié baigne littéralement dans les eaux peu profondes du récif des moines. Cet endroit, dangereux pour les bateaux, est magnifique tant la lumière réfléchie sur l’eau turquoise et les murs de pierre est captivante.

En faisant le tour de l’île, vous aurez, non seulement des vues insensées sur la grande bleue étoilée, mais en plus, vous pourrez découvrir des vestiges qui retracent l’histoire alambiquée de l’île. Sept chapelles tracent le pourtour de l’île. L’une d’entre elles est magnifiquement préservée : la chapelle de la Trinité qui date du dixième siècle. Toutes avaient pour vocation d’accueillir les pèlerins. La pratique du pèlerinage aux sept chapelles se déroulait traditionnellement entre l’Ascension et la Pentecôte. Le pèlerinage à saint Honorat se développa à partir du XIIe siècle et fut extrêmement populaire en Provence jusqu’à la Révolution.

À certaines époques, l’île fut détournée par les militaires de sa vocation monastique. Sur l’extrémité Est de l’île, le four de Bonaparte témoigne de cette reconversion. C’est un four à boulets. Il fut installé par l’artillerie de l’empereur et il servait à faire rougir les projectiles qui étaient projetés sur les bateaux. Les pancartes instructives précisent, pour que nous nous rendions bien compte de l’impact, que les bateaux d’alors étaient en bois… À vrai dire, les bateaux actuels ne résisteraient pas mieux à de telles attaques !

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