Les îles du Frioul

La Rade de Marseille

Je craignais de pénétrer dans cette rade. Je pensais que Marseille était, comme la plupart des agglomérations, laide vue du large. Hé non !

Je serais tentée, bien que Marseille ait dû changer depuis son passage, de reprendre à mon compte les mots de Mme de Sévigné : « Je suis ravie de la beauté singulière de cette ville. »

A quoi cela tient-il ?

A beaucoup de choses. Et pas une en particulier… Marseille, le saviez-vous ? Est la plus ancienne ville de France. La première en somme ! Son origine remonte à 2600 ans ! Elle valait bien le détour non ?

En même temps, comment oserais-je dire que nous nous sommes arrêtés à Marseille ? Car à l’inverse d’un voyageur « terrien », le navigateur n’aura qu’une vue incomplète des endroits qu’il visite. Il possède le luxe du choix ! Il trie à son gré, ce qu’il désire voir ou, au contraire, rejeter. Nous avons agi de la sorte tout au long de la côte que nous venons de parcourir. Nous avons évité soigneusement toutes les agglomérations qui nous paraissaient trop bétonnées ou trop industrielles, voire les deux ensemble... C’est facile, il suffit de s’éloigner vers le large et de regarder l’horizon.

Il en fut tout autre de Marseille. Nous venons de visiter les calanques, et nous avons quasiment le nez dessus. Alors, la curiosité aidant, nous nous en approchons. Mais pas trop, comme intimidés par le monde des hommes… Nous sommes ravis, car les îles qui barrent la route à notre regard inquisiteur n’offrent qu’une vue exhaustive de la cité phocéenne. Seuls des morceaux choisis sortent du lot. Le plus légitime d’entre eux est sans doute la butte de Notre dame de la Garde.

Quelle élégance ! On ne voit qu’elle ! Si d’où je suis, je ne peux deviner les harmonies de détails qui la composent, ses lignes sont si pures, quelle apostrophe le regard et attise la curiosité. Les architectes ont commis l’exploit de lui dessiner, dans un style romano-byzantin, à la fois des rondeurs gracieuses et une silhouette élancée. Elle s’adresse au ciel depuis le dôme de sa colline. Je comprends les Marseillais qui y sont attachés, elle a quelque chose de bienveillant dans sa position. Entre le Ciel et la ville, elle paraît être à l’écoute des phocéens et ne répéter au Ciel que ce qui est susceptible d’intercéder en leur faveur.

Les Iles de la Rade

La rade de Marseille partage la mer avec des îles et des îlots. Tels des bateaux ancrés en permanence, ils offrent au Marseillais des possibilités de promenades infinies. Mais elles eurent un rôle beaucoup moins ludique au cours de leur histoire, qui débuta 600 avant Jésus-Christ avec l’invasion de Phéniciens. Les principales îles sont celles du Frioul : Tiboulen, If, Pomègues et Ratonneau.

Marseille, née de la mer, s’en protège par des îles qui referment la rade. Ces barrières naturelles ont longtemps été de véritables sentinelles. Ainsi, le château d’If, fortifié dès la fin du seizième siècle, a formé la première ligne de défense militaire de la cité. Par contre, l’île Ratonneau constitua la première ligne de défense sanitaire. Les navires venant de l’étranger y étaient mis en quarantaine. Il subsiste de cette époque, l’hôpital Sainte Catherine construit à la fin du dix-neuvième siècle et la digue qui relie les deux îles.

Ces îles sont accidentées et désertiques, faites de la pierre blanche que l’on retrouve dans les calanques toutes proches. Mais l’aspect en est presque lunaire, tant la végétation y fait défaut. Dans les anfractuosités de la roche, des mouillages se sont formés au rythme des coups de boutoirs de la mer et du vent. Nous sommes surpris de trouver ici, une multitude de petites calanques qui offrent autant de possibilités de mouillages ! Nous choisissons, dans ce relief tourmenté, l’une d’elle, au hasard. Elle est ouverte vers l’ouest. Nous ne pouvons que deviner les trépidations de la ville cosmopolite qui nous est totalement dissimulée. L’île nous cache, le port et ses cargos, le port et ses paquebots. Nous ne voyons rien de l’activité intense qui régit cette gigantesque agglomération. La lueur de la ville transperce à peine les ténèbres. Ici, nous sommes blottis vers le large, totalement seuls…
Ce sera notre dernière nuit en mer.

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