Rade d'Agay

Au creux du bouillonnant et flamboyant Estérel se trouve notre fief : Agay !

Agay aux deux visages, surpeuplé l’été et désertique l’hiver. Lorsque vous croisez un habitant de Saint-Raphaël hors saison, et qu’il vous demande : « Où habitez-vous ? »
Vous répondez fièrement : « Agay »
Il vous répond l’air presque dégoûté : « Ho, Agay … C’est le bout du monde ! »
Vous n’avez plus qu’à rentrer la tête dans les épaules, et à vous en retourner, l’oreille triste tel un cocker, là-bas, au bout de la route de la corniche, après le boulevard du 36ème Régiment du Texas, là où démarre le boulevard de la Plage. Pourtant, l’été, ils l’aiment bien, la plage d’Agay… Et le week-end, ils aiment bien se balader au creux de l’Estérel. Si vous répétez ce raisonnement à un Parisien qui voit notre région de là-haut, il serait bien incapable de comprendre. Vivre à Agay paraît une idée saugrenue à plus d’un ! Calme, trop calme, hors saison… Cela dépend des goûts, et heureusement qu’il est une saison où Agay retrouve sa sérénité d’antan ! Celle de l’époque des Comtes d’Agay…(voir Agay d'hier et d'aujourdhui)

Saint-Exupéry nous fait l’honneur de jeter ces quelques mots, pour un village qu’il affectionnait :
« Jamais la nature n’a creusé plus amoureusement un port, ni dans des conditions meilleures. Le mistral y est proscrit, le souffle de l’Est y arrive brisé. »
C’est vrai, Agay est une baie qui s’ouvre amplement vers le sud. Appuyée sur la muraille de porphyre écarlate du Rastel, elle ouvre ses deux bras généreux vers le large. Chaque bras protège le village des vents dominants. Ils viennent tour à tour d’est ou d’ouest pour la tramontane et de nord-ouest pour le mistral. Déjà, aux époques antiques, les navigateurs connaissaient cet abri naturel. Le Sémaphore, qui se dresse fièrement sur sa rive Ouest, offre un rempart efficace contre le Mistral et la tramontane. Alors qu’il souffle et rugit à Saint-Raphaël, formant une mer abrupte et blanche dans son golfe, il s’efface et n’est plus qu’un souffle dans la baie d’Agay. A croire que la plupart du temps, il fait volte-face à cet endroit précis où les gens d’ici appellent le cap Dramont, le « Cap du Vire-vent » !

Bien entendu, cette fortune n’est pas systématique ! Certaines tempêtes sont si déterminées à passer le Cap Dramont, qu’elles forcent le barrage de l’Estérel et s’écrasent dans la baie d’Agay. A l’automne, nous en avons fait la triste expérience. Des vents de force 8 se sont abattus pendant trois longs jours sur le mouillage. Il faut dire que dehors, les vents soufflaient à force 10 et qu’ils ont même atteint force 11 sur la Corse !

Le souvenir de Saint-Ex…

Au XVIIème siècle, Vincent Le Roux, lieutenant d’artillerie de marine fit construire un château dans la baie d’Agay. Il acquit également les droits seigneuriaux d’Agay. Ses descendants prirent ensuite le titre de Comtes d’Agay. La vie s’écoula normalement pour cette famille devenue noble, jusqu’à ces maudites années de guerre.

A l'époque d'Antoine de Saint-Exupéry, Agay était en pleine campagne. Il s'y rendait à bord de sa Bugatti afin de retrouver sa soeur qui avait épousé le Comte d’Agay. Lui-même se maria à Agay en 1931 avec Consuelo originaire du San Salvador. Il profitait de ses séjours à Agay pour écrire. Il y débuta les récits tels que "Terre des hommes" et "Courrier du Sud".

Lors de la seconde guerre mondiale, les occupants du vieux château furent expulsés par les Allemands qui le transformèrent en blockhaus et s’y installèrent. Triste fin…

Dès le 4 juillet 1944, l’activité aérienne s’intensifia au-dessus de la région. Saint-Exupéry, alors âgé de 44 ans, était basé à Borgho, en Corse, dans une escadrille de Lightning P-38. Le 31 juillet, il partit en mission de reconnaissance. Son objectif maximum était Grenoble, car il ne disposait que de six heures d’autonomie. Au moment où il préparait cette mission, il ignorait qu’un débarquement dont l’axe principal se situait dans les environs d’Agay aurait lieu quinze jours plus tard. Saint-Ex ne devait jamais revenir. Il s’abîma corps et bien en mer…
Sa mort prématurée engendra une foule d’hypothèses. Régulièrement un plongeur, remonte à la surface avec un morceau de carlingue, voire une gourmette ayant appartenu au commandant héroïque. On le crut perdu dans les profondeurs agatoniennes. Des légendes racontaient qu’il avait voulu s’assurer de l’état du château et qu’il survola Agay. Plus tard, on crut l’avoir retrouvé en rade de Marseille. Le mystère de sa mort reste enfoui dans les profondeurs de la Méditerranée. Un jour, peut-être, livrera-t-elle son secret…

Aujourd’hui, un ensemble de maisons, occupées par les descendants de la famille d'Agay, ont été bâties sur l'emplacement et les fondations du vieux château.

Fermer la fenêtre