Anse Sainte Barbe (approche: 41°51'2N 08°46'E)

Le golfe d’Ajaccio

Les îles sanguinaires

Tout touriste s’étant documenté sur la Corse, a dans la tête des images des Îles Sanguinaires. C’est certain, sur photos, elles portent bien leur nom. Lorsque vous y passez comme nous, pour la première fois, en pleine journée… Le décor a de quoi décevoir parfois…
La pointe de la Parata se termine bel et bien par quelques cailloux imposants, posés là, à quelques encablures de l’île. Véritables points de suspension, comme pour continuer une île qui n’aurait pas envie de céder sa place, si vite, à la mer ! La plus grande des Sanguinaires est chapeautée d’un phare qui marque l’entrée du golfe d’Ajaccio. L’une de ses voisines, l’île à une pointe, abrite une vieille tour génoise. Ce sont des amers formidables pour les marins, surtout lorsqu’on décide de couper la route entre les îles, plutôt que de les contourner. Ceci n’est possible que par temps relativement calme, car lorsque les vents dominants se déchaînent, les remontées de fonds lèvent une mer ingérable entre les îles.

Donc, notre premier passage, ne révèle absolument pas les couleurs rougeâtres tant ventées par la littérature. Et du coup, nous sommes déçus… C’est bête, car si nous n’avions pas eu cette référence « sanguinaire », nous aurions admiré le paysage en tant que tel !

Pourtant, quelques jours plus tard, la véritable originalité du site nous fut dévoilée. Nous étions ancrés, en face, à Sainte Barbe. Bloqués par une tempête de sud-ouest, nous avions en ligne de mire, le coucher de soleil sur les Sanguinaires. En général, le marin, n’aime pas voir le ciel s’empourprer et dessiner des lenticulaires élancés. Ce sont les signaux du mistral. Pourtant, les couchers de soleil en Méditerranée pendant les périodes de grands vents, sont somptueux. Aux Îles Sanguinaires, ils sont mirifiques !

Ces îles grises le jour, s’empourprent à mesure que le soleil décline derrière elles. Le couchant les habille de teintes insoupçonnables. Les crêtes rocheuses dardent le ciel, dans un ultime combat entre la terre et le ciel. Mais la nuit gagne à mesure que les flots répandent leur sang. Les îles, d’aspect si sévère, se laissent envoûtées par le soleil. Elles se dévergondent et cèdent enfin à une débauche de vermillons flamboyants ! Des éclaboussures incandescentes incendient la roche. Des nuages, s’évade une chevelure d’ambre. Des spectres de feu envahissent le ciel. Des dentelles safran tapissent les zones laissées libres jusque-là. Le regard ébloui, il est impossible de se détourner d’une telle exhibition. Seule la nuit y mettra fin. À ce moment, la Lune effacera l’or du ciel. Elle viendra par ses rondeurs et son éclat d’argent apaiser l’esprit enfiévré du spectateur.

Sainte Barbe

La petite île de la Pointe de Sette Nave a été reliée à la terre par un muret, engendrant ainsi un abri contre les vents de sud-ouest. Une colline surmontée d’une très jolie tour génoise domine l’Anse de Sainte Barbe. Nous y sommes restés plusieurs jours, le coup de vent de sud-ouest duquel nous nous abritions, ne voulait plus se calmer. Les premiers temps, le mouillage était confortable. Mais, en s’éternisant et en se renforçant, les vents ont levé une houle qui passait par-dessus les rochers qui nous abritaient. En fait, si nous avions pu nous approcher du rivage nous aurions été protégés. Mais une foultitude (bien légitime) de bateaux locaux aux corps-morts, empêche la manœuvre. Au bout de quelques jours, nous subissions avec philosophie un roulis qui nous entraînait d’un bord sur l’autre. Pendant plus de 24 heures, les rouleaux qui se formaient sur la plage étaient tels que nous n’avons pas pu débarquer. Pauvre moussaillon aux grandes oreilles !
Les ancres des voisins leur ont fait faux bon. Plusieurs fois, nous avons dû prévenir tel ou tel bateau qu’il dérapait. En quelques jours : 1 Allemand, 3 Français ont ainsi été graciés de la peine capitale : se retrouver sur les cailloux ! Dominique avec son système de 2 ancres et 60 mètres de chaîne, ne craint plus les mésaventures de Tuara ! Alors, nous surveillons, les bateaux autour de nous.
À terre, ce petit village a un charme indéniable. De jolies résidences se sont construites au bord de l’eau. Lorsque le temps permet, une balade en kayak s’impose. Au sud de la Pointe Sette Nave, le décor est sublime. C’est une presqu’île rocheuse qui s’élève à une soixantaine de mètres au-dessus de l’eau. Un chaos de pierres polies tout en rondeur offre ses couleurs miellées au soleil. Entre les roches, les eaux d’émeraude se faufilent et s’illuminent d’étoiles d’argent. J’avoue avoir, quelque peu, envié les habitants des divines propriétés qui ponctuent le rivage.

 

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