Golfe de Porto (approche: 42°16'25N 08°34'5E)

Golfe de Porto

Lors de notre descente vers le Sud de la Corse, le golfe de Porto était plongé dans une brume épaisse qui masquait complètement ses atouts. Par contre, lors de notre remontée vers le Nord, notre sensation fut tout autre. A l’instant précis, où nous virons le Cap Rosso, une magie prodigieuse nous envahit. Le golfe saisit d’abord par ses proportions colossales. De plus, nous avons eu la chance d’y pénétrer en fin d’après-midi. J’ose penser que c’était l’heure où les rayons du soleil adoptaient l’angle idéal qui révèle à la roche ses plus belles couleurs. Des fragments de porphyre mêlent leur camaïeu de mauve violacé aux granits tortueux et aux roches incandescentes.

Ici, il flotte un air de démesure. Une impression de vertige permanent. Les teintes exagèrent et flirtent avec l’irréel. Il semble improbable que ces falaises monumentales aient pu jaillir de l’eau. En pénétrant dans le golfe, nous plongeons de plein pied dans une fable grandeur nature. Où le gigantesque se marie à une gracieuse virtuosité ! Seule la nature est capable d’une telle réalisation, poussant son art jusqu’à exécuter une sculpture herculéenne. Un cœur marque le sommet des calanches de Piana. Don de la nature aux Corses qui signifie à jamais qu’ici, « même les pierres ont du cœur ! »

Nous logeons, face à la plage de la Marine de Bussagna. Lorsque le soleil se couche, pas un autre bateau est en vue dans tout le golfe de Porto. Nous avons franchement la sensation de vivre des moments privilégiés, et nous les imprimons comme nos meilleurs souvenirs en ces 110 jours de mer. Le décor est si parfait, la sérénité et le silence si présents, que l’éternité nous paraîtrait accessible. Cet endroit est sur le seuil du Paradis ! Le cœur piqué aux philtres du bonheur, l’âme choutée aux délices de la douceur de vivre. Nous y passons des moments divins !
Ici, nous prenons la pleine mesure d’une maxime de Dumas :
« L’isolement à deux est encore mieux qu’un isolement solitaire. L’isolement à deux, c’est le rêve. »
Le lendemain matin, le kayak me murmurait de l’emmener faire une balade. Tout en ramant, je me disais, que les films à sensations n’allaient pas me manquer au long du périple que nous envisageons de faire autour du monde ! En effet, le monde et ses merveilles tiendront lieu de parc d’attraction capable de nous faire frissonner. La côte escarpée qui sépare l’anse de Bussagna de la tour de Porto, est un chef-d’œuvre du genre.
La roche dévale à pic vers l’eau. Lever les yeux et regarder cette cascade minérale est un véritable défit pour toute personne souffrant de vertige ! Ici, c’est le vertige à l’envers… Les roches malaxées par le vent et la mer offrent un chaos inextricable, qui semble prêt à s’effondrer sur ma tête à tout instant. Je me surprends en pénétrant dans une grotte à rentrer la tête dans les épaules. Je m’entends même marmonner une prière en jetant un coup d’œil aux molosses de pierre tombés dans l’eau translucide ! Le son sourd qui s’échappe du fond de la cavité semble sorti des entrailles d’un monstre, qui vient de me gober moi, et mon kayak! L’ogre, heureusement garde sa bouche béante et je ressors bien vite à la lumière rassurante du soleil. Pourtant, ses ronflements me poursuivent dehors. Maintenant le suspens… Plus loin, je gagne enfin le répit, et ne suis plus entourée que de la respiration douce du flux de l’eau qui caresse les pieds de la créature.
Aujourd’hui, enfin, dans ce décor féerique où les falaises se laissent coloniser par le maquis se révèle à moi l’exhalaison dont tout le monde m’avait parlé. Ce parfum que Napoléon disait reconnaître les yeux fermés. Je semblais la seule « aficionado » de la Corse à en être privée. Aujourd’hui enfin le maquis m’appris ce parfum fort et sauvage. Il fallait sans doute que je le mérite !
Avant de quitter Porto et de passer le Cap Cenino, un couple de dauphins suit une route parallèle à L’Etoile de Lune. Leur aileron caresse la surface de l’eau, lisse comme un miroir. L’odyssée que nous a comptée Porto ne pouvait finir mieux…

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