Histoire de la Corse

La préhistoire

Le peuple corse s’érigerait sur un socle vieux de plus de 6500 ans. Certains archéologues tentent de prouver la présence humaine en Corse avant le néolithique.

Les témoignages de la présence humaine et de son activité durant la préhistoire, notamment pendant l’ère néolithique, sont nombreux. C’est dans le Centre, en Balagne et dans le Sartenais que l’on retrouve le plus de vestiges de la civilisation mégalithique.

 

Tout comme en Sardaigne et à Minorque, des tours circulaires, faites de gros blocs de pierre, ont été mises à jour. La période de construction de ces tours se situe entre 1500 et 1200 avant J.-C.. Rappelons, que les Talayots minorquins datent de 1400 avant J.-C. et que les Nuraghi sardes remontent à 1600 avant notre ère. Un « peuple venu de la mer » se serait-il propagé dans le bassin au deuxième millénaire avant notre ère ? Aurait-il construit des lieux de fortification et de cultes analogues sur les trois îles ? Les tours corses atteignent une hauteur de sept mètres, et un diamètre variant de dix à quinze mètres, elles sont recouvertes d’une voûte ou d’une charpente. À l’intérieur, une chambre unique a été aménagée, parfois annexée de niches secondaires latérales. (voir nuraghi et talayots)

Un scénario classique d'invasions

Ce scénario est calqué grosso modo sur celui de Minorque et de la Sardaigne. Une histoire ou la cupidité et l’arrogance des conquérants affligent des blessures profondes aux Corses semant plus souvent la désolation que la prospérité.

Les Phéniciens ouvrent le bal. Commerçants dans l’âme, ils sont soucieux de s’ouvrir des voies maritimes. Ils installent des comptoirs sur les côtes de nombreuses îles méditerranéennes dont la Corse. À cette époque, l’île abrite une population d’origine celto-ligurienne et ibérique.

En suite, ( c’est l’une des variantes avec les autres îles) les Phocéens, s’établissent en Corse. Ce sont des Grecs venus d’Asie Mineure. Ils ont pour ambition de contrôler certaines régions riches en minerais et dont la situation géographique est stratégique. À terme, les Phocéens, chassés de leur territoire par les Perses, ne seront plus représentés que dans leurs colonies fondées sur les côtes occidentales. La plus ancienne d’entre elles était Massalia (Marseille), aux environs de 600 avant J.-C.. Puis, ils créent Emporion (Ampurias) en Catalogne, et Velia en Italie du Sud, enfin Alalia (Aleria) en Corse. En 535, les Phocéens écrasent devant le port d’Aralia une coalition étrusco carthaginoise. Durant tout le quatrième siècle avant J.-C. la colonie phocéenne a une influence bénéfique sur la région. Ils mettent en culture les plaines, introduisent les techniques et la civilisation grecque. Aralia est une ville harmonieuse et prospère. Après 535, Aralia devient une cité cosmopolite où Etrusques, Carthaginois et Phocéens cohabitent.

Les Phocéens d’Alalia se replient sur Velia qui devint, avec Massalia, la principale place phocéenne en Occident, et cèdent la place aux Romains en 259 avant J.-C.. L’occupation romaine marque une des périodes de colonisation les plus longues, mais aussi les plus fécondes où les relations avec le peuple corse sont étroites. Des marchés permanents sont fondés, des routes tracées, les échanges commerciaux avec l’Italie sont actifs. La Corse vend à Rome ses granits, ses minerais, son huile d’olive, son miel, son liège… La civilisation et la langue romaines pénètrent en profondeur le tissu social corse. Aléria devient la capitale de la Corse et reste une ville prospère jusqu’en 420 après J.-C.. Au cours de la colonisation romaine, la Corse accueille une nouvelle religion, et le christianisme s’étend sur tout le territoire.

En 420 avant J.-C., les peuplades germaniques profitent de l’affaiblissement de Rome pour déferler sur le bassin méditerranéen. La Corse souffre du passage des Lombards, des Vandales et des Ostrogoths. Tribus cruelles et barbares qui sèment dans toute l’Europe la terreur et la ruine. Ils emmènent dans leurs bagages un redoutable parasite, le moustique anophèle qui sème la fièvre des marais ou paludisme pour les quinze siècles à venir. Le Corse n’a d’autre choix que de se réfugier dans ses montagnes.

Au début du VIe siècle après J.-C., l’Empire romain centré à Byzance tente de reprendre ses anciennes provinces. La Corse est conquise sous Justinien, mais la domination byzantine, avec les exactions des collecteurs d’impôts, n’apporte que la misère, ce qui entraîne l’intervention du pape. Les correspondances pontificales de l’époque témoignent de la situation misérable de l’île.

Cependant, la papauté ne peut pas empêcher les incursions sarrasines, qui submergent l’île épisodiquement à partir du VIIIème siècle. Des libérateurs venus d’Italie (Bonifacio vers 830) ou des chefs locaux improvisés (Arrigo Bel Messere, mort en 1000) mènent la lutte durant deux siècles ; beaucoup d’insulaires se réfugient en Italie. De cette période mal connue il restera des noms d’origine sarrasine, beaucoup de ruines, une influence sur l’art et la formation d’une féodalité batailleuse dont les luttes de clans achèvent de ruiner l’île.

La papauté, toujours légitime propriétaire, intervient, et Grégoire VII confie l’Administration de la Corse à l’évêque de Pise (1077) La protection de Pise assure une période de paix et de prospérité, pendant laquelle sont construites de nombreuses églises.

Gênes jalouse la suprématie de Pise en Corse. La Corse pâtit des hésitations pontificales. Elle est tiraillée entre les ambitions des deux puissantes cités. Gênes s’appuie sur les rivalités qui opposent les Seigneurs locaux pour déstabiliser Pise et instaurer son hégémonie. Il y a aussi cet épisode lugubre, ou Gêne et l’Aragon se disputent la Corse comme une vulgaire part de gâteau convoitée par deux enfants gâtés. Tous ces épisodes divisent un peu plus les Corses, où les seigneurs agissent plus contre leur île que dans le sens d’une pacification générale. Au fil du temps, la Corse s’épuise totalement et se soumet de mauvaise grâce aux Génois. De la conquête génoise, il reste une centaine de tours (mal-aimées) de fortification qui sillonnent le littoral. Mais, également, le goût âpre d’une cohabitation difficile, d’exploitation et de misère, marquée par les assassinats et les famines, les abus et les exils. Les départs sont nombreux. Les Génois tentent de les combler par une colonisation, telle l’installation des Grecs à Paomia.

La rèvolte

Il faut attendre 1729 pour qu’enfin, la Corse se libère du joug génois. Commence alors une insurrection qui durera 40 ans. Les causes profondes sont l’exclusion des Corses de la haute administration, l’exploitation économique et fiscale de l’île, le mauvais exercice de la justice. Ce qui met le feu aux poudres : la décision prise par le lieutenant génois de Corte de maintenir une taxe exceptionnelle qui avait été établie en 1715 pour compenser la suppression du droit autorisant le port d’armes à feu.

Un roi en Corse…

Une deuxième révolte éclate en 1734 et prend aussitôt un tour plus sérieux ; L’indépendance est proclamée, une Constitution démocratique rédigée, qui donne le pouvoir à trois chefs (Hyacinthe Paoli, Giafferi, Ceccaldi) assistés d’une junte élue. Ici, prend place l’épisode de Théodore, baron de Neuhof. Il est d’origine allemande, exilé en France, puis à Florence. Là, il rencontre des Corses émigrés qui lui ont laissé espérer une aventure facile en Corse. Il débarque à Aleria le 12 mars 1736 avec des vivres, des armes et de l’or. Le 15 avril, il est proclamé et sacré roi au couvent d’Alesani. Le roi exerce dès lors sa souveraineté, crée un ordre de noblesse, une Cour, bat monnaie, forme une armée régulière. Puis ses ressources s’épuisent très vite et, ne recevant aucun secours de l’extérieur, il quitte l’île en novembre dans l’indifférence générale.

L’enfant vénèré du pays

La période paoliste (1755-1768)

Pascal Paoli est le fils de Hyacinthe, qui avait été l’un des chefs de la révolte de 1729. Le 29 avril 1755, il débarque en Corse. Il est alors choisi comme général en chef, pour une guerre qui doit conduire à l’indépendance.
Son œuvre est double, militaire et politique. Ayant choisi Corte comme capitale à cause de sa position centrale et des facilités de défense, il y convoque en novembre 1755 une assemblée par laquelle il fait approuver une Constitution démocratique.
Paoli entreprend une œuvre de rénovation économique, faisant assécher les marais, construire des routes, prospecter mines et carrières. Il crée le port de l’Île Rousse, pour remplacer Calvi aux mains des Génois, et se donne une marine de commerce qui porte le pavillon national à tête de More. Une Monnaie frappe des pièces d’argent et de bronze. Il fonde en 1765 à Corte une université ouverte à des étudiants boursiers. Une imprimerie publie un journal officiel (Ragguagli) et des ouvrages de polémique. Ces réalisations, conformes à l’esprit des philosophes, provoquent l’admiration des contemporains et incitent Rousseau à entrer en correspondance avec Paoli, en 1764-1765, pour lui proposer un projet de constitution.
Sur le plan militaire, Paoli crée une force permanente. Il parvient dès lors à confiner les Génois dans les places maritimes, notamment Calvi et Bonifacio restées fidèles aux Génois. C’est alors que la France entre en piste. Appelées comme arbitre entre Gênes qui désire protéger ses derniers bastions et Paoli, maître de la presque totalité d’une île dont l’indépendance a été proclamée. Mais, ce dernier refuse de reconnaître aux Génois la moindre autorité. Les Français craignant que Paoli fasse appel aux Anglais occupent Calvi, Saint-Florent et Ajaccio.
De cette situation confuse sort le traité de Versailles, signé entre la France et Gênes le 15 mai 1768. Gênes cède à la France ses droits sur la Corse. Paoli n’a pas accepté le traité, pour lequel la Nation corse n’a pas été consultée. L’assemblée décide la guerre contre la France. La guerre, à laquelle participe Charles Bonaparte, secrétaire de Paoli, est dure, mais courte. La faiblesse des forces de Paoli, l’importance du parti français conduisent au désastre de Ponte-Novo le 8 mai 1769, après lequel Paoli s’embarque le 13 juin sur un navire britannique pour l’Angleterre.

Et aprés ?

En 1789, la Révolution intègre la Corse au patrimoine national français. Au nom de l’Egalité, maître mot en ces temps climatériques, l’amnistie est proclamée pour les patriotes, et les exilés sont autorisés à rentrer au pays. Ainsi, Pascal Paoli revient dans sa patrie.
La France commet une de ses premières erreurs en démantelant, en accord avec les nouvelles lois républicaines, les structures religieuses auxquelles les Corses étaient attachés. Suivent des agissements impardonnables aux yeux des natifs : augmentation des impôts, arrestation des prêtres, de notables, de nobles. Ainsi, Paoli qui doit son retour à la République se retrouve rapidement aux côtés des patriotes irrités par la tyrannie continentale.
Pendant ce temps, la Corse retrouve un autre de ses enfants : Napoléon Bonaparte revenu comme lieutenant de l’armée régulière. En 1792, il pose sa candidature en tant que député de Corse.
Le territoire est trop petit pour compter sur son sol deux personnalités aussi fortes, servant des buts diamétralement opposés. Paoli refuse la candidature de l’ambitieux militaire.
Paoli tente une dernière fois de sauver la Corse des griffes des Révolutionnaires sanguinaires de Paris. En 1794, il fait appel aux Anglais qui l’ont « hébergé » pendant plus de vingt ans. Cette fois, il parvient à vaincre la flotte française et reprend les rennes de son pays. Instituant une nouvelle constitution pour une Corse « libre et indépendante ». Un vice-roi : Sir Gilbert Elliot prend la « couronne » corse. Il en vient à exiler Paoli, influencé par des clans rivaux.
Ce roi éphémère baisse bien vite pavillon devant la hargne de Napoléon Bonaparte devenu le chef des armées du directoire en 1796. Bonaparte déclare « Il faut que la Corse soit une bonne fois française ! »

Il règle le sort des Corses en quelques maximes

« Pour que l’île soit irrévocablement attachée à la République, il faut :

1. y maintenir toujours deux départements
2. n’y employer dans les places à la disposition du gouvernement aucun Corse
3. choisir une cinquantaine d’enfants et les répartir dans les différentes maisons d’éducation, (sur le continent) où ils puiseront l’attachement les plus excessif pour la France. »

En voyant la Corse aujourd’hui, on a l’impression que Napoléon a scellé son destin pour du bon, car peu de choses ont changé. La Corse s’est vidée de ses habitants. L’économie corse est chancelante. Le pouvoir applique toujours les lois de la Républiques, complètement aveugles aux particularités insulaires. Enfin, les rivalités de clans et le tapage que l’on en fait contribuent à lui faire mauvaise presse…

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