Golfe de Girolata (approche: 42°20'8N 08°37'1E)

La rèserve de Scandola
La marine d'Elbo

Nous avouons, et rendons justice à notre copain « Trinidad » que sans lui, nous n’aurions jamais pensé à aller jeter l’ancre à cet endroit là. Des fonds de 15 mètres, une falaise à pic, et un mouillage qui se transforme en patinette de haute voltige aux moindres sautes de vent ou orage imprévu. Voilà ce qui fait partie, pour nous, d’une liste de risques à ne pas prendre. De plus, nous n’aimons pas mouiller et dé-mouiller l’ancre plusieurs fois par jour. C’est ce que font en général les gens pressés. Ils petit-déjeunent au mouillage A, déjeunent au mouillage B et rentrent le soir au port ou tentent un troisième mouillage pour la nuit. Notre ami, partisan de ce type de comportement, nous persuade d’y goûter. Nous y allons à contrecœur, nous ne sommes pas pressés… Mais, dans la Réserve de Scandola, la loi est la loi, et celle-ci ne permet pas de rester la nuit au mouillage.
Nous ne regretterons pas cette escale !

Nous ne logeons pas exactement dans la Marine d’Elbo, mais dans une cassure à peine dessinée dans la falaise ocre-rouge, non loin de la pointe Palazzo. Dans un pan de paroi écroulé, une colonie de pins s’est établie, donnant une réponse végétale à l’univers minéral ambiant. Ici, l’âme est écrasée de vertige. La roche fait une ascension fulgurante, jaillissant littéralement de l’eau. Par temps calme, on devine que la mer ourdit un complot contre les fastes de ses majestés rocheuses. Les flots, écrasés par tant de somptuosités ne pensent qu’à faire vaciller ces superbes en leurs bases. Preuves de ces combats incessants : les grottes.
A peine avons nous jeté l’ancre, que nous mettons l’annexe à l’eau, nous embarquons, palmes, masques, appareil photo, et toutou (il n’y a pas de raison qu’elle se passe d’un tel spectacle !) Direction les grottes. Le temps est calme et idéal pour cette visite. Nous longeons la falaise à la toucher, à la recherche de la moindre cavité. Puis, nous nous engouffrons dans chacune d’elle. L’une d’elle, la plus grande, est creusée en V inversé. Tout au fond, nous devinons, une mini-plage de galets. Au rythme où nous avançons la lumière nous quitte, laissant la place à une pénombre fraîche, bienvenue en ces heures caniculaires. La roche est imprégnée de teintes façonnées par les mélanges de minerais et les écoulements d’eau. C’est un camaïeu extraordinaire. Lorsqu’on pénètre dans ces grottes marines, un sentiment d’aventure naît infailliblement.

 

Tuara - Girolata

Nichée au creux du golfe de Girolata, au Sud de l’anse de Girolata , je ne peux penser à cet endroit sans de vives émotions. Et pour tout dire mes sentiments sont si opposés qu’ils vont de l’effroi au ravissement. En effet, c’est à Tuara que nous eûmes une expérience particulièrement désagréable. Un orage d’une violence extraordinaire a dégommé L’Etoile de Lune. Cette fin de mois d’août prévoyait des instabilités.

En une poignée de minutes, une brise légère établie de WSW se métamorphosa en une violente rafale d’est de plus de 50 nœuds. Elle nous catapulta dans une rotation de 180 degrés à quelques centaines de mètres de notre point d’ancrage ! Il fallut agir à l’instinct dans la nuit noire où seule la foudre lance d’insaisissables flashs dans un chaos de pluie verticale et de tonnerres. Il fallait arrêter le bateau à tout prix. Des rochers qui ceinturaient l’entrée de la baie. Où étaient-ils, nous ne pouvions plus les localiser. La nuit, le décrochage, la pluie, la dérive, les courants, tout jouait en notre défaveur ! Par miracle, L'Etoile de Lune passa entre les cailloux. Nous arrêtâmes sa course par 15 mètres de fonds bien loin de l’entrée ! Nous nous sommes rendu compte de notre chance au petit matin.
Groggy nous quittâmes l’endroit, dont la beauté, tant vantée, nous échappa !
Fin septembre, nous retentons l’expérience. Et là, l’éblouissement est au rendez-vous ! Nous venons du golfe de Porto, où nous connaissions la sérénité des brises légères. Le Cap Cénino dépassé, Girolata a reformulé notre expérience passée… Nous trouvons une brise de force 5 à 6 dans le golfe. L’anémomètre monte et se stabilise à 29 nœuds. La mer est blanche et courte. Bien sûr le vent est de face ! Et là, pour la première fois, nous faisons une chose opposée à notre éthique de marin. Nous continuons notre route au moteur. C’est lamentable. Je l’avoue. Mais, la Méditerranée, nous avait tant joué de mauvais tours, que cette fois, nous n’avions plus envie de lui céder une once de terrain, et de tirer des bords carrés jusqu’au-delà du crépuscule, pour atteindre le mouillage, tant mérité !
Nous tentons d’abord, l’anse célébrissime de Girolata. Une dizaine de bateaux logent déjà sous la tour. L’été il n’est pas rare d’y trouver une centaine de bateaux. Comment font-ils ? Les rafales s’écrasent sur l’étrave et nous dérapons, une première fois. Nous tentons un deuxième mouillage. Nous sommes quasi en dehors de l’anse. A ce moment, une navette de visiteurs venus de Porto secoue L’Etoile de Lune à peine installée. Les rafales sont toujours aussi violentes. D’autres navettes attendent que nous nous établissions pour nous ballotter de plus bel. Un regard… Le Cap a compris, ça ne me plaît pas du tout ! Il semble déçu lui-aussi ! Nous levons l’ancre, et au risque de remuer des souvenirs douloureux, nous retournons à Tuara. Le vent est toujours établi à 25-30 nœuds. Forts de la précédente expérience, nous mouillons une première ancre, nous reculons, une deuxième ancre, nous lâchons de la chaîne et nouvelle marche arrière. Tout s’apaise à bord… Le vent semble se calmer peu à peu. Le ciel vierge de tout cumulo-nimbus ne nous fabriquera pas de fâcheux orages. L’endroit est désert et sauvage. Le maquis, suave, embaume. Il est notre seul voisin.
Le moussaillon aux grandes oreilles se réveille, il remue… Il sent la terre… cette plage, là-bas… il n’y a personne… Et si on y allait ! Heu … Personne ? Et la bébête, là-bas ? En effet, un taurillon, a pris possession de la plage, et ne semble pas prêt de la partager. L’air déterminé, il fixe tout ce qui passe sur son territoire. Nous choisissons, la petite plage sur le côté… après tout, elle est bien aussi ! Hein, Lune ?
Luxe suprême, nous nous réveillons le lendemain, par mer d’huile. Le temps est si calme, que l’air et les flots se confondant, le bateau semble voler au-dessus de l’horizon. Fait rarissime, nous restons 3 nuits dans un mouillage réputé pénible par vents dominants. Nos deux ancres jetées par des temps troubles paraissent ridicules. Mais nous sommes seuls à le savoir ! Et puis, lorsqu’une mer est capable de se lever aussi vite que la Méditerranée et qu’on a le projet de laisser son bateau seul une journée. Aucune précaution n’est superflue…
Lune reste à bord, son grand âge ne lui permet pas de nous suivre. Nous partons à l’assaut du maquis, pour une randonnée qui nous mènera vers Girolata. Pendant ce temps, notre moussaillon-gardien, discutera avec l’unique bateau candidat au voisinage.
Nous prenons le temps de vivre à l’heure corse. Ce temps qui rend l’âme sereine à celui qui sait l’écouter. Il comble de joie de vivre, et il ouvre les yeux différemment !
Depuis la petite plage où nous laissons l’annexe, la colline habillée de maquis grimpe. Il fait déjà chaud en ce petit matin de septembre. A chaque coude du chemin, je regarde en arrière. J’essaye de deviner ma Lune à l’abri de son taud. Je forme des vœux, pour qu’elle ne tente pas de nous suivre et d’entortiller le bout, qui la retient attachée, autour du winch ou pire de restée suspendue le long de la coque, en tentant une virée sur le passe-avant. Un chien à bord, c’est du souci. Et pourtant, c’est ma compagne de quart. Je me vois mal, seule là-haut, la nuit à surveiller les cargos qui ne sont d’ailleurs pas du tout dans les priorités de ses angoisses… Mais, moi, je lui parle, et sous le ciel noir au milieu du grand disque d’eau, j’aime bien, qu’elle soit là, à côté de moi… Bon, OK, tout cela n’a rien à voir avec Girolata. Un dernier regard. Elle paraît sage. L’Etoile veille sur Lune, et Lune garde son Etoile.
Au-delà de la crête, le panorama est époustouflant ! Le golfe rouge de toute part est majestueux. Les mots ou les superlatifs les plus habiles euphémisent trop pour un tel spectacle. C’est une des plus belles randonnées que nous ayons faite. Et pourtant, nous nous sommes balader, dans de nombreuses régions du Continent et d’ailleurs !
Les pigmentations de la roche évoluent tout au long du jour. Selon l’angle des rayons du soleil, la lumière se joue de la pierre. Le jour égraine ses heures sur les variations du relief, déclinant ses nuances d’heure en heure. Cette côte est la plus grande inspiratrice de lyrisme c’est sûr ! Son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO était inévitable ! Cette réserve est unique !!!

Nous trouvons Girolata animée. Cet endroit a un succès indéniable, même en basse saison. Nous ne regrettons pas d’avoir préféré Tuara, la solitaire. Nous sommes heureux après une journée de marche dans le maquis de retrouver notre anse. La baie baigne dans un calme bouleversant. Nous sommes étourdis par ces moments de sérénité rarissime. Nous vivons le silence sauvage de la Corse, nous fabriquant des souvenirs à tout jamais marqués de la plénitude parfaite.

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