Golfe de la Revellata (approche: 42°35'5N 08°43'5E)

Calvi

Nous abordons, schéma classique, la Corse par Calvi.

Au petit matin, le soleil se lève derrière la Montagne. J’y mets une majuscule, car, la Montagne est indissociable de la Corse. Toujours présente, elle impose ses lois jusqu’au-delà de ses rivages. Elle monte, elle monte, et elle s’arrête Dieu seul, sait où…Elle est si haute qu’elle a le pouvoir de dévier les vents, d’en augmenter leur force, sans parler des brises thermiques, qui, sous l’effet des dépressions causées par les reliefs, sont, ici, parfois redoutables.

Avec les rayons du soleil levant, on a vraiment l’impression d’aborder un pays vertical. Un pays si sûr de sa beauté qu’il se sent le droit de coudoyer le Ciel. Face à ce colosse chapeauté de nuages, le voilier se sent dérisoirement menu. Et lorsqu’il pénètre dans le golfe de Calvi, là, il se trouve littéralement écrasé par l’ampleur du paysage. Quasi sans transition, la montagne, aux reflets gris ardoise, grimpe plus de 2000 mètres, et atteint même le point culminant de l’île, le Mont Cinto (2710 mètres). C’est sans doute à Calvi que l’expression « une montagne dans la mer », si souvent utilisée pour qualifier la Corse révèle le mieux sa signification.

Nous nous approchons de la capitale de la Balagne. Contrée décrite comme agréable, où de rares villages perchés dans la montagne scrutent l’horizon. Leur âme est empreinte de la culture et les traditions corses. La Balagne entretient un véritable jardin d’oliviers. Des vallons verdoyants, où règne la douceur de vivre, forment un trait d’union entre la mer et les neiges éternelles du mont Cinto. Tout cela me laisse rêveur… Malheureusement, chaque année, le jardin rétrécit sous l’effet des incendies.

Tous ces détails subtils du paysage de la Balagne échappent au navigateur. La Montagne semble grimper d’un seul jet à l’assaut du ciel. Difficile de distinguer les forêts, les hameaux, les pâturages et les vallons, car le regard se perd sur une verticalité vertigineuse, déchiquetée par l’érosion, et rendue monochrome par les brumes formées par les chaleurs caniculaires de l’été.

Passée la ligne qui relie le Phare de la Révélata à la Pointe Damiano l’on pénètre dans un golfe aux dimensions impressionnantes. La merveilleuse citadelle de Calvi trône au centre, sur un promontoire qui paraît lilliputien en comparaison avec les montagnes qui tapissent tout le fond du décor.

Les Corses aiment-ils Calvi ? Ou garde-t-elle le goût amer de sa fidélité aux Génois ? Je ne sais ce que pensent les Corses de cette ville qui conserve, comme un étendard, au-dessus de sa porte d’accès, l’expression « Civitas Calvi semper fidelis » (la cité de Calvi toujours fidèle) En tout cas, pour l’étranger à l’île, Calvi est une jolie découverte. La ville loge à l’abri des tempêtes derrière ses remparts, ses ruelles paisibles, ses rues pavées de galets, ses escaliers, ses maisons, ses églises… tout respire le bonheur ici. Plusieurs fois, nous nous sommes rendus à Calvi, et chaque fois, nous y avons respiré cette odeur inimitable du bien-être. À quoi cela tient-il ? Une ambiance, une luminosité, la population,… plus que cela sans doute… Il y a quelque chose d’original, dans sa position au pied des montagnes, et en surplomb de la mer… quelque chose d’unique.

Nous choisissons de loger L'Etoile de Lune dans les mouillages à l’Ouest de Calvi. Nous nous abritons tantôt sous la Pointe Oscellucia, tantôt dans l’Anse d’Alga.

La pointe Oscellucia

Le premier mouillage est presque champêtre, les collines environnantes sont tapissées d’un maquis court et épineux. Par endroits, des coteaux entiers sont dévastés par les incendies, n’offrant plus que de lugubres tâches sombres dans le paysage. Au cœur de l’été, le maquis paraît bien pauvre, tant il est rabougri et bruni par le soleil. Par contre, lorsqu’on y vient au printemps, c’est une débauche de couleurs. La ciste blanche ou rose se marie aux bruyères, la lavande sauvage côtoie le timide myrte. Le genêt illumine le paysage de ses fleurs couleur de soleil. C’est un ravissement pour les yeux, mais aussi un régal pour l’odorat. Le maquis aux variétés infinies est le royaume des plantes du soleil… De plus, ce mouillage, peu fréquenté même en pleine saison, est également désert de béton. Autant dire que l’on s’y sent proche de la nature !

L’anse d'Alga

Pourtant, peu éloignée du premier mouillage, l’Anse d’Alga, possède ses spécificités. Tout d’abord, la couleur de ses eaux. Une pure merveille ! Translucides, elles prennent aux heures chaudes des teintes turquoise d’une luminosité absolue. L’eau y est si transparente, que la confondant avec l’air, on y voit voler les poissons. Au bord, les couleurs émeraude de l’eau se jouent des rondeurs miellées des rochers de granit.
Sur le rivage, quelques maisons offrent leurs terrasses à l’horizon. Une petite plage accueille une cahute où quelques fêtes animent les soirées, et où les boissons rafraîchissent les visiteurs tout au long du jour. Ce mouillage est parfois victime de son succès, mais en début et en fin de saison, on le trouve souvent, délicieusement désert ! C’est la chance que nous avons eue fin septembre !

La pointe de la Revellata

Notre séjour à Calvi se languit de ne pouvoir s’allonger indéfiniment. Hé oui, en Méditerranée, il y a toujours cette maudite météo, qui ne permet pas de se dire : « Ici, je suis tellement bien que j’y resterais bien, 3 semaines, un mois… ou même le temps que l’envie me quitte. » Mais, avant de quitter ce décor impressionnant, la visite serait incomplète sans un petit tour en Kayak sous le phare de la Revellata.
Ce phare me plaît beaucoup, et pagayer seule vers la pointe m’a donné la sensation de me rendre au bout du monde… De quel monde ? Je ne saurais le dire…
Bien à l'abri du phare, une université belge s’est établie. Je comprends les scientifiques, travailler dans un tel décor est sans nul doute plus motivant que de se retrouver au cœur de leur plat pays, enfermé dans des laboratoires. Leur infrastructure n’est pas franchement jolie, mais assez discrète pour ne pas gâcher le paysage.
Ce petit port « scientifique » dépassé, je me retrouve seule au pied de la falaise. Les teintes de roche rose, d’ocres et de miel resplendissent sous le soleil. L’écume lèche la base de la paroi. Sur les flots, l’azur le dispute à l’émeraude. L’eau est si claire qu’elle trahit une pureté presque originelle. Un groupe d’îlots se détache de la pointe. Je musarde dans cet endroit dont l’exiguïté protège ma solitude que je ne partage qu’avec les cormorans. Ils plongent et cueillent leur nourriture au sein de bancs de petits poissons qui brillent sous le soleil. Un paradis !!! Si j’étais cormoran, je choisirais également cet endroit.
À quelques encablures, deux ailerons caressent la surface de l’eau. Un couple de dauphins croise dans les parages. J’espère que les cormorans ont l’esprit partageur…

 

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