Bolivar guide nos pas dans Santa Marta

Santa Marta à la sauce Bolivar...

Santa Marta est une ville étonnante. Elle est notre première expérience urbaine de Colombie, nous nous y rendons depuis Guairaca en taxi. Pendant que nous visitons la ville, Reinaldo nous rassure : il veillera sur nos bateaux comme sur un trésor. Captain Punch et L'étoile de lune sont en de bonnes mains, nous partons l'esprit "completamente tranquilo" en compagnie du timide Alex, notre guide et taxi.

Pauvre voiture, elle franchit la montagne sur des routes qui ont oublié depuis longtemps la couleur de l'asphalte! Le taxi n'est pas de toute première fraîcheur. Il toussote, il crachote mais il arrive à gravir la montagne et il vient à bout des innombrables bosses et trous de la route qui nous dévoile des points de vue grandioses sur les sommets de la Sierra Nevada. Nous sommes cernés de monts qui atteignent plus de 5000 mètres. Les montagnes dégringolent en cascades de vallées verdoyantes vers la ville.

Santa Marta est une ville de bord de mer. Étendue, elle est faite de dédales de ruelles arborées. Des maisons basses, sans étage bordent chaque côté des rues. Si ces petites rues sont souvent tranquilles, les boulevards en revanche, grouillent de voitures, de motos, de vélos... Aux carrefours les genres se mélangent et l'on voit circuler au milieu d'un brouhaha de klaxons des carrioles tirées par des ânes qui se frayent un chemin dans les embouteillages.

Au centre de la ville, un dédale de ruelles étroites, où les maisons de style colonial exhibent parfois des balcons de pierre pompeux, mais les plus jolis sont en bois. Elles sont plus hautes qu'en périphérie. Au bord de la caraïbe, le charme du centre ville cède sa place à des immeubles modernes qui prennent de l'altitude. Parfois des bateaux de croisières, comme le "Sea Cloud" y font escale. C'est l'occasion pour les vendeurs de souvenirs de faire du commerce. Ils nous abordent discrètement, et nous confient presque en chuchotant que nous ferons l'affaire du siècle en acquérant ce magnifique masque Tayrona. Ils ajoutent sur le ton de la confidence "no imitacion, esta autentico".

Une mise en garde ! Les Colombiens sont de redoutables vendeurs. Ils vous abordent avec tant de sourires et de gentillesse, que pour leur faire plaisir vous achèteriez n'importe quoi. Ils ne sont pas agressifs dans la grande majorité, ils sont fair-play et acceptent qu'on ne leur achète rien.

La première visite de la journée est réservée à la cathédrale de Santa Marta. Elle couve en son sein la tombe du Senior Bolivar. El Libertador, en personne! C'est à dire, l'initiateur de l'unité panaméricaine, le pourfendeur du pouvoir colonial hispanique. Par hasard, nous arrivons à Santa Marta le jour de la commémoration de sa mort. Le grand homme marque d'un fil rouge toute la journée. Nous ressentons au sein de la population une attitude de profond respect à l'égard de Simon Bolivar. Dans la cathédrale, sa tombe se situe au centre, reléguant "presque" toutes les figures de la religion au second plan.

A quelques pas de la cathédrale, le musée de la ville mélange la culture actuelle, l'art précolombien et l'histoire de la libération du pays par Simon Bolivar. Une demeure blanche aux balcons noirs garnis de bougainvillées multicolores abrite une cour intérieure où pousse un arbre à pain qui diffuse une ombre rafraîchissante. Dans les escaliers de bois qui sertissent la cour intérieure, des groupes de touristes colombiens se succèdent. Ils se précipitent tous au premier étage. Là, ils se recueillent devant une feuille d'or qui rassemble toutes les signatures des responsables militaires qui ont fait l'unité de l'Amérique du Sud. Tous les visiteurs adoptent une attitude de profond recueillement autour de l'effigie del Libertator. Ils font poser les enfants, la grand-mère et la tante pour une photo mémorable autour de sa statue. Et, ils n'accordent qu'une importance secondaire au musée de l'or qui est juste au-dessous. Pourtant, ce musée recèle des bijoux façonnés dans la plus pure tradition de l'art précolombien Tayrona !

Partout dans la Colombie les grandes villes possèdent leur musée de l'or. Si le plus somptueux est celui de Bogota, Celui de Santa Marta vaut le coup d'oeil. Ce musée n'est pas grand, mais les bijoux exposés ont de quoi surprendre. Plastrons en or, en grenat ou cornaline, ils sont exceptionnels de beauté.

Au sortir du musée, Alex nous conduit au "Quinta de San Pedro Alejandrino" (le village de San Pedro Alexandrino). Sur plusieurs hectares, à la sortie de la ville nous trouvons un jardin riche en essences d'arbres gigantesques plus que centenaires. Le jardin abrite les restes d'une hacienda (grande propriété rurale) érigée en 1608. Elle était alors spécialisée dans la production de produits dérivés de la canne à sucre. Il reste aujourd'hui, une distillerie, des écuries et la demeure des propriétaires. La propriété revêt une importance particulière en cette journée de commémoration. En effet, c'est là que Simon Bolivar, accueilli par le propriétaire de l'époque Don Manuel Julian de Mier, passa les derniers jours de sa vie. L'atmosphère de fidélité nous ramène en ce 17 décembre 1830. L'horloge indique l'heure du trépas : 7 H 05. Le lit recouvert du drapeau colombien semble ne plus avoir été touché par quiconque depuis cette heure-là. Les meubles de la chambre, de la bibliothèque, du salon ou de la salle à manger ne sont plus approchés que par l'encaustique qui a pour mission quotidienne d'entretenir le mythe. Ne comptons plus les tableaux ou les statues représentant El Libertador. Nous croyons avoir tout vu, mais Alex nous conduit vers le summum commémoratif. La Colombie salue ici son héros par un mémorial grandiose, digne d'un arc de triomphe napoléonien.

Dans l'après-midi, nous sortons des "bolivarades" et notre guide Alex, nous emmène au dispensaire des Indiens. Cela nous rend tous mal à l'aise. Ces gens descendent de leur montagne vers la ville pour se faire soigner. Alex, nous certifie que c'est là un privilège octroyé par le gouvernement colombien que de leur donner accès aux soins médicaux. Mais, ils ne sont pas soignés dans la belle clinique flambant neuve de Santa Marta. Ils doivent se rendre dans une ruelle à l'écart. Ils sont là, comme reclus derrière de hautes et épaisses grilles. Ils parlent à peine l'espagnol et ils semblent mal à l'aise. Notre guide ne comprend pas bien que nous ne prenions pas de photos. J'en serais totalement incapable, et mon espagnol n'est pas suffisant pour lui expliquer ce qui me chagrine dans cette situation.

Pour clore cette journée, et vu la réputation du pays, nous avons à coeur de signaler qu'à aucun moment nous n'avons ressenti la moindre insécurité. Cela nous change beaucoup du Venezuela où nous n'avons jamais osé nous balader avec un appareil photo. Les Vénézuéliens nous le déconseillaient eux-mêmes. A Santa Marta, j'ai porté toute la journée mon Canon numérique en bandoulière. Nous aurions hésité à le faire, si Reinaldo ne nous avait rassurés sur ce point. L'appareil n'est pas discret, c'est certain, mais il ne semblait vraiment pas attiser une quelconque convoitise. Dans les rues nous avons croisé bon nombre de policiers et de militaires. Ils n'ont pas une attitude agressive, ils semblent rassurer la population et les touristes par leur présence. Ils ont un comportement bienveillant et répondent aux "buenos dias" et aux sourires !

Franchement, il est dommage de passer dans la région et de se priver d'une telle visite!

Informations complémentaires sur la région de Magdalena

Population et superficies

Les cinq baies et le parc de Tayrona se situent au nord du département de Magdalena. Le chef-lieu est Santa Marta. La population du département représente 2,5% de la population nationale et s'élève à 1 500 000 habitants. La densité de population est de 38 hab./km². La superficie totale du département est de 23 188 km² ce qui représente 2,03% du territoire national.

Un peu d'histoire

Des traces de civilisation métallurgiques précolombiennes témoignent de l'occupation de la région, 500 ans av. J.-C.. Lors de l'arrivée des colons espagnols, dix tribus indigènes se partageaient le territoire, elles étaient les descendantes de familles linguistiques arawaks, Caribe et Chibcha.

La région a pris le nom de Tayrona, qui s'écrit aussi Tairona. Ce nom découle des Indiens Tairos, leur cité était Taironaca. Aujourd'hui, Tairona désigne l'ensemble d'un parc naturel de 15 000 hectares.

C'est dans la Sierra Nevade de Santa Marta que se regroupent les populations indigènes. Elles se sont réfugiées dans la montagne à de hautes altitudes à l'arrivée des conquistadores, elles y sont restées depuis. Les tribus les plus importantes sont les Indiens Koguis, Arhuacos et Wiwuas descendants en ligne directe des Indiens de langue arawak.

En 1499 Alonso de Ojeda débarqua sur le territoire. La région fut la première division administrative de la future Colombie.

La ville de Santa Marta a été fondée en 1525 par Rodrigo de Bastidas. Elle est la première ville des conquistadores. Depuis, Santa Marta s'est toujours imposée comme le centre administratif et commercial de la région. Aujourd'hui, le ville concentre 29% de la population de la région.

Economie

Magdalena participe à 1,15% du PIB national. L'économie est basée sur un développement important du secteur primaire : pêche, agriculture de la banane, du maïs, aloès, palme, ainsi que l'élevage de vaches.

Intérêts touristiques

Le secteur du tourisme tente à se développer chaque année un peu plus. Santa Marta attire les visiteurs pour son architecture et le souvenir laissé par Bolivar.

Curiosités de la ville : La Casa de La Aduana (avec le musée de l'or), Plasa Bolivar, la Cathédrale, Paseo de Batista, Liceo Celedon, Quinta de San Pedro Alejandrino, ruines du fort El Morro, .

Un tourisme vert se met en place dans le Parc du Tayrona. Écotourisme développé dans un site exceptionnel qui abrite les plus hauts sommets de la Colombie : Monts Simon Bolivar et Colon de plus de 5770 mètres. A noter que la région recèle de nombreux sites archéologiques précolombiens. Certaines excursions dans le parc demandent aux participants de se surpasser. Il en est ainsi pour ceux qui partent à la découverte de "la ciudad perdida". Six jours de marche si difficiles qu'il n'est possible de progresser que de 6 kilomètres par jour. D'autres excursions beaucoup plus douces sont aussi possibles dans ce parc gigantesque où seuls les Indiens ont le droit de vivre. Partout, des sites précolombiens restent encore à découvrir.

Sources et bibliographie : voir menu général

Toutes les informations ont été mises à jour en Mars 2008
Texte : Nathalie Cathala - Photos : Dominique et Nathalie Cathala. Tous droits réservés.
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