Isla Fuerte : L’île attachante

 

Fuerte - L'escale

Notre histoire à Fuerte a failli faire long feu. Nous rallions l’île en quelques heures de moteur depuis San Bernardo. Au moment où nous jetons l’ancre, tout est parfait : une petite baie rondelette accueille « L’Etoile de Lune » et « Pierre-Gilles », le catamaran de notre ami Patrick. Il n’y a pas d’autre bateau. Heureusement, la baie ne peut accueillir qu’un nombre restreint de voiliers. L’île voit passer moins d’une vingtaine de plaisanciers par an qui, en général, ne restent qu’une nuit. Nous passons notre première soirée dans cette alcôve maritime n’entendant que le braiment lointain de quelques ânes et voyant passer le soleil qui se couche rond et rouge derrière l’épaisse végétation de l’île.
Un paradis !

Comme tous les soirs nous allons confier nos vies à Morphée. Mais quelle n’est pas notre surprise lorsqu’aux alentours de 23H30 notre Etoile prise d’une frénésie erratique nous secoue tant qu’elle nous réveille. Impossible de trouver un équilibre quelconque qui puisse stabiliser le sommeil. Les mouvements sont d’une brutalité et d’une irrégularité telle que nous cumulons roulis, tangages et tous leurs cousins... Pendant la nuit j’essaye tout : hamac ; calage de moussaillon entre coussins... Rien n’y fait, pas moyen de fermer l’oeil.
Un enfer !

Au petit matin, maussade, je déclare que je ne resterai pas une nuit de plus dans cet endroit ! Mais, je ne suis que Moussaillon, que vaut une voix de moussaillon ?

Peu de choses, si peu de choses...

Alors que je tente d’ouvrir un oeil de paupière lourde, Antonio vient flatter mon capitaine. Dehors cela chuchote et cela complote. Antonio est le garçon qui s’occupe d’une des maisons de vacance de la plage. Il est venu en kayak et il propose à Dom un tour de l’île. Dom, toujours enclin à accepter ce genre d’opportunité fixe le rendez-vous vers 10 heures. Antonio satisfait se dirige ensuite vers le catamaran, Patrick et son invité Hervé sont ravis de l’offre.

Je vous le disais : une voix de moussaillon est trop faible...
Les capitaines ont parlé.
Nous ferons donc le tour de l’île et Antonio sera notre guide! Nous lui demandons quelle est la superficie de Fuerte. Il nous répond : « mucho... es como 100 kilometros ! ». A vue de nez, sur la carte marine nous n’avions pas du tout ces dimensions en tête ! Ce garçon a une notion prohibitive des proportions... En réalité, sa superficie est de 2 kilomètres sur 3. Nous devrions en faire le tour assez rapidement.

Et bien non !

Bizarrement, si les cartes marines font mentir Antonio, la réalité lui donne raison. Il nous faudra plus d’une semaine pour venir à bout de ce monde lilliputien. Tout sur l’île devient curiosité. Un phare métallique de 24 mètres est établi sur la plus haute colline qui culmine à 41 mètres au-dessus du niveau de la mer. Par des petits chemins de terre, ombragés, qui quadrillent le paysage en bocage tropical, Antonio nous y emmène avec des expressions qui nous feraient croire qu’il va nous révéler l’emplacement de catacombes secrètes. Dominique, bon public, ne peut résister à l’ascension. Le voici dans son rôle préféré de grimpeur de point culminant pour capter d’en haut les prises de vues célestes. L’échelle qui mène là-haut n’est pas de première fraîcheur. Quel casse-cou ce capitaine ! Les gens de l’île le prendraient presque pour un « amable loco » (une gentil fou)...

En plus du phare rouge et blanc en métal rouillé, l’île possède d’autres curiosités comme « el bonga », « el arbole que camina », « el tuntun », la laguna et une grotte souterraine. Cette dernière est charpentée dans les soubassements de roche les plus résistants du coeur de l’île. C’est un tunnel de plus de 300 mètres que les habitants ont taillé lorsque les pirates sévissaient encore dans les parages. Cet abri cachait toute la population.

Plus loin, au fin fond du coeur de l’île, une grande marre, est nommée lagune. C’est la réserve d’eau de l’île. Elle est alimentée par les bienfaits du ciel qui ouvre les vannes pendant plus de 6 mois par an. Mais, de manière intelligente, puisqu’il pleut la nuit et qu’il fait beau le jour. Cela n’empêche pourtant pas l’île de ressembler à un bouillon de boue du mois de juin au mois de novembre.

Outre la grotte et la lagune, trois grands arbres remarquables s’éparpillent sur ce petit monde qui flotte. Les habitants ne se formalisent pas tant avec les termes scientifiques. Ils baptisent les espèces comme bon leur semble. Avec Antonio nous ouvrons le grand dictionnaire « fuertien » de la nature.

Le « Bonga » fait partie de la famille des baobabs. Il est sans doute le plus grand parasol de Fuerte et dispense une ombre salutaire sur une zone vaste comme un terrain de football.
« L’arbre qui marche » appartient à la famille des ficus. Il se régénère en avançant des branches qui s’enracinent, ces appendices adventifs constituent des nouveaux troncs. Les natifs de l’île y voient une progression qui l’on fait appelé « el arbole que camina ».
Enfin, voici l’arbre préféré des enfants : El Tuntun ! El Tuntun est un fromager gigantesque, et comme les deux précédents, c’est un arbre plus que centenaire.

En plus des trois arbres remarquables, l’île est tapissée d’une épaisse végétation faite de cocotiers, de manguiers géants, de bananiers, d’avocatiers, de calebassiers, de papayers... Dans les pâturages, des zébus paissent tranquillement. Des poules, des coqs, des chiens, des cochons se baladent, imperturbables, sur les chemins. Fuerte est si parcellisée, parcourue de tant de chemins biscornus qu’il faudra plusieurs journées pour découvrir tous ses points d’intérêts.

Mais en fait, je ne pense pas que ces « curiosités » nous auraient retenus si longtemps, si il n’y avait pas eu LA rencontre !
La première, et toutes les autres...

Au détour d’un chemin, deux enfants perchés sur un âne trimbalent des bidons. Ils sont tout sourire. Ils s’arrêtent alors que je m’arme de mon appareil photo. Au moment de décocher la première prise j’ai droit à un sourire qui me plonge dans une espèce de béatitude contemplative. Les capitaines entraînés par Antonio poursuivent leur chemin tandis que je flotte littéralement transportée par l’extase procurée par tant de charme. Plus nous nous approchons du village, plus nous croisons d’enfants portés par des ânes. L’âne est le moyen de locomotion privilégié. Il y a aussi quelques rares vélos.

Lors de notre première visite, nous sommes samedi. Il n’y a pas d’école. C’est le jour de la corvée d’eau. Mais le mot corvée n’a vraisemblablement aucun sens ici. Nous ne croisons que de gentils sourires, heureux d’accueillir des nouveaux venus. Les plus hardis d’entre eux s’arrêtent et demandent de voir le résultat du cliché sur l’appareil. Ils sont si prévenants, si polis que je leur propose de revenir avec la photo papier. Il faut moins d’une heure pour qu’ils se passent le mot. Lorsque nous arrivons au village, des enfants se précipitent vers nous, et prennent la pose.

Voici comment en toute spontanéité naissent des vocations de mannequins et de photographe. Nous apprenons nos métiers respectifs ensemble. Il faut dire que les sujets mettent une telle application dans la pose qu’ils m’enseignent rapidement comment faire. Ici, pas besoin de hautes études d’art, leur imagination est incommensurable, chacun y met sa touche personnelle. C’est l’euphorie de clichés ! Rapidement la première batterie de l’appareil déclare forfait, puis, une carte mémoire, et la deuxième (4 gigas quand même !!!) Rien ne vient à bout du zèle de mes petits amis. Pourtant à bout de munitions, je dois trancher, il faut laisser l’électronique se reposer. Nous reviendrons un autre jour.

Je passe une partie non négligeable de mon dimanche à trier et à imprimer les photos des bambins.

Le lundi, nous retournons au village. Nous sommes directement accueillis par une ribambelle d’enfants. Quatre garçons nous proposent d’être nos gardes du corps. Neslon, Luis Alfredo, Luis et le petit Leinard nous accompagnent sur les chemins pendant toute la matinée. Ils ne débutent l’école qu’à une heure de l’après-midi. Ils nous entraînent vers leur arbre : El tuntun. Ils nous emmènent à la lagune... C’est que six kilomètres carrés, on en a vite fait le tour ! Le retour au village se fait d’abord par la maternelle. Avant 5 ans, les enfants sont accueillis dans des garderies privées. Nous sommes invités dans la garderie du petit frère de Luis-Alfredo : Raphaël-René. La maîtresse nous ouvre les portes de l’atelier d’art plastique. Les tout-petits assis autour d’une table en bois, apprennent le dessin. Le plus petit a 2 ans... Ils sont sages comme des images.

Puis, Nelson et Leinard sont fiers de nous montrer leur collège. Leurs copains qui ont classe font les caïds devant l’objectif. Juan Carlos un homme affable est le gardien de l’école. Tout en vérifiant les sorties des élèves en uniforme, il nous explique le fonctionnement de cet institut établi dans l’île depuis près de 40 ans. Vingt-et-un professeurs natifs de l’île ou venant du continent assurent les classes pour 500 élèves. Les plus petits ont 5 ans. Les classes sont assurées jusqu’au « Major », ou le BAC. L’école est publique et d’accès gratuit. Les parents doivent cependant acheter les fournitures scolaires et l’uniforme. Le collège assure les classes 5 jours pas semaine. Les grands travaillent le matin, les petits ont classe l’après-midi.

La quasi-totalité des enfants de l’île va à l’école. Si parfois, des enfants restent dans les rues, c’est par négligence. Certains parents n’y pensent pas. On nous donnait l’exemple de telle femme partie à Bogota pour travailler. Elle a laissé sa fille de 8 ans sur l’île, sa grand-mère s’en occupe, plus ou moins. Et du coup, la petite traîne dans les chemins. D’autres parents sont plus préoccupés par la fête du week-end et mettent la semaine entière à se remettre pour recommencer le week-end d’après. Leurs enfants, témoin du laisser-aller général ne sont pas très motivés à se rendre sur les bancs de l’école. Cependant, ces cas sont relativement rares, la majorité des enfants suivent les cours. Par contre, le problème se situe au niveau des débouchés.

Très peu d’enfants à la sortie de l’école trouvent un métier sur l’île. Il y a la fierté de tous : l’infirmière, qui est native. Mais elle paraît être la seule personne qui ait pu, à force de travail scolaire, trouver un métier sur l’île. Ceux qui travaillent bien à l’école et qui poursuivent leurs études partent sur le continent, mais ceux-ci sont excessivement rares. La plupart du temps, les gens restent sur leur île. Ils sont attachés à leur mode de vie. L’organisation sociale y est telle que les adultes se débrouillent bien avec ce que leur offre la nature. Ils mènent une vie naturelle où la végétation pourvoie fruits et légumes, où la mer fournit le poisson. Autour des maisons, des basses-cours, poules, cochons, zébus prodiguent la viande. Ils se contentent d’un confort que nous trouvions dans nos villages d'Auvergne ou de Normandie au début du 20e siècle. Pas de luxe inutile, pas de voiture, que des ânes et des vélos pour moyens de locomotion.

Cette nature qui offre tout pour tout le monde incite peu de monde à s’expatrier sur le continent. L'île est pourtant proche, en 15 minutes de vedette rapide on se rend sur les côtes du pays. Mais ce trajet est cher 80 000 à 120 000 pesos (40 à 60 dollars). Cela représente le budget d'une famille nombreuse pour 15 jours. Hé oui, car si la nature fournit de quoi manger, les billets de banque ne poussent pas sur les arbres, même dans le pays le plus fertile du monde. Alors, pour se faire un peu d’argent. Chacun se débrouille. Il y a les familles « riches ». Les propriétaires de "tiendas", petites épiceries. Elles se rendent sur le continent pour l'approvisionnement de leur magasin en produits de première nécessité. Au retour des lanchas, les îliens viennent aider au déchargement, c'est ainsi qu'ils gagnent leur sac de riz.

Sans être riches, quelques familles possèdent un téléphone cellulaire. Ils vendent quelques minutes de communication à ceux qui en ont besoin. La minute de téléphone représente 200 pesos (10 centimes de dollars). Quel mélange de genre de voir sur une feuille écrite à la main et punaisée sur un mur de case en bambous où il est inscrit : « minutas ». Certaines maisons possèdent une réserve d’eau. Pendant la saison sèche, ils vendent le bidon à 200 pesos à ceux qui n’ont pas la possibilité de stocker l’eau. D’autres louent leur âne. Certaines familles sont employées à garder les maisons de vacances des continentaux. Les plus hardis abordent les touristes pour se faire la pièce en les baladant dans l’île. Au retour vous serez « invités » à manger chez eux. Petite restauration qui remet du beurre dans les épinards. Ceux qui possèdent une barque vont pêcher et vendent leur poisson. Les familles qui possèdent une maison assez grande organisent la garde d’enfant en dessous de 5 ans. Bref, sans parler de métier, chacun s’organise pour gagner plus ou moins d’argent. Chacun vit selon ses moyens. Il y a peu de télévisions, seule la radio est écoutée selon l'état des batteries. Il n'y a pas de système de poste, le courrier est totalement inutile sur l'île. A quoi bon recevoir du courrier ? De qui ??? En voilà une bonne question. Cela dit, si jamais il vous prenait l’envie d’écrire à un Fuertien, la missive resterait en poste de Montéria, une agglomération de l’état de Antioqua qui est en face. Si un jour, un Fuertien passait par là et qu’il lui prenait l’idée d’aller à la poste de Monteria il ramènerait le courrier...

Un pays sans aucun état d’âme...

Les jours se suivent et se ressemblent sur Fuerte. Pourtant aucune lassitude ne nous atteint. Depuis que nous sommes sur Fuerte, ce sont les enfants qui décident de notre emploi du temps. Un jour, ils décident de nous emmener chez celle qu'ils nomment "la Française ". Sylvie vit sur Fuerte depuis 13 ans. Elle est arrivée en vacances et n'est jamais repartie. Tombée amoureuse d'un natif, deux enfants sont nés de cet amour. Aujourd'hui, Sylvie les élève seule, son mari est mort l'an dernier. Elle est courageuse et affronte une vie qui nous paraît paradisiaque lorsque nous ne sommes que de passage, mais qui au quotidien représente une lutte permanente. Elle vit exactement "à la Colombienne". Cette femme est admirable. Sa porte est toujours ouverte pour les enfants du pays. A l'intérieur de la maison peu de choses, l'essentiel et encore... Elle vit chichement. Et ne s'en plaint pas, elle veut en revanche nous offrir des légumes, des fruits...

Elle nous parle avec admiration de l'ouverture d'esprit des Colombiens. De la facilité avec laquelle elle a été adoptée comme une enfant du pays. Les gens de l'île ont d'ailleurs peur qu'elle les quitte et qu'elle retourne dans sa famille "de sang". Mais sa place est ici, sur la terre de ses enfants. Ce matin encore, elle nous parle longuement de son île, de la Colombie. Ses yeux sont humides, elle aime sans frontière cette île d'adoption. Elle nous ouvre le fruit de son expérience et nous parle de tout sans fard : du beau côté mais aussi de l'envers du décor (dont il faudrait peut-être que j'apprenne à parler, moi aussi, avec autant de naturel). Elle est impressionnante... Le pardon et la tolérance au bord du coeur, elle se sent investie d'une mission auprès des gens du pays qui l'écoutent lorsqu'elle donne quelques conseils aux enfants ou aux parents.

Les jours où nous ne venons pas au village, ce sont les villageois qui viennent nous voir. Parfois, ils nous vendent leur production, comme de délicieuses grosses crevettes... Un pagre... L’eau est trop trouble pour chasser la langouste pendant notre séjour. Parfois, les Fuertiens viennent à nous pour discuter ou pour un renseignement. Yvan passera ainsi sa matinée avec nous dans le cockpit. Un Américain de passage lui a donné un GPS. C’est un vieux Magellan de chez Pionneer. Yvan est très embêté il ne comprend pas l’anglais et sa machine ne lui parle qu’anglais. Notre ancien GPS était exactement le même et nous avions gardé (miracle !) la notice à bord. Notre mauvais espagnol et une grande détermination ambiante viennent à bout de ce GPS récalcitrant. En une matinée, Yvan sait enregistrer une position et la suivre ! Un autre jour c’est Raphael qui passe. Il est tout fier de nous montrer son moteur 15 chevaux flambant neuf ! Il est venu avec ses frères et soeurs et vient « tailler » une bavette à bord de l’Etoile....

Au village l’accueil est chaleureux à chacune de nos visites. Dona Terressa fait chauffer ses marmites quand on arrive. Elle nous concocte des plats très simples de poissons grillés.

Puis, les enfants de l’école qui ont reçu leur photo sont fiers de les voir exposés dans la cour de l’école. Les autres enfants qui ont été pris en photo devant leur maison ou au cours de nos balades ont affiché dans leur chambre le portrait. Nous avons droit à des journées entières de bonne humeur communicative. J’ai même droit aux visites quotidiennes de celui que je finirai par appeler « mon petit fiancé ». Il vient nous chercher au ponton en face de L’Etoile de Lune. Il crie à tue-tête « Natalia... Domingo ! ». Quand ils nous appellent nous reléguons tout au second plan et nous passons les chercher en annexe. La mer est souvent houleuse... Peu importe, les trois "rambolitos" sautent dans l'annexe lorsque nous approchons le quai. C’est ainsi que bien gardés, nous arrivons avec nos fiers-à-bras au « pueblito". Arrivés au village, le petit Leinard ne me quitte plus. A chaque coin de ruelle, il me demande inlassablement de faire une photo de lui. Au moment de partir, il en aura une sacrée collection.

Vous comprendrez que dans ces conditions, les nuits houleuses n’ont plus eu aucune incidence sur mon humeur. Capitaines et enfants déterminés ont eu heureusement raison de ma petite voix de moussaillon. Par contre, l’envers du décor... C’est qu’il est très difficile de tourner le dos à ce petit monde et de continuer le voyage. Nous comprenons Sylvie, elle a su choisir de rester... Au dernier jour, Leinard, sa famille et la moitié du village ont investi le ponton en face de l'étoile. Ils crient fort fort... Notre coeur se serre pendant que nous préparons le bateau pour partir. Décidément, nous aimons ce pays. Mais si les enfants s'y mettent pour nous déchirer le coeur pendant que nous partons...

Fuerte en pratique

Position gps du mouillage

Latitude: 09-23.15N
Longitude: 076-10.44W

Approche

Elle d emande de l’attention. La cartographie du coin se limite à une routière qui va de Carthagène à Isla Tortuglia. Cette carte couvre 100 milles. Attention, les cartes électroniques sont faussées (au mouillage vous vous retrouvez sur la terre depuis la carte)
Fuerte ressemble à un minuscule caillou encerclé de corail dont il est difficile de définir le point d’entrée exacte.

En venant de San Bernardo il suffit de suivre le Cap 223° pendant 24,1 milles pour rallier le 9°22.4N – 76°09.7W (à ce point vous serez à l’est, au large de Fuerte, votre prochaine escale)

Autre point GPS : 9°23.140N 076°10.450W

Ce point se situe en face de la pointe NE (Olis), il vous permettra d’éviter le banc corallien qui couvre toute la partie Nord de l’île. Cette pointe Nord Est de l’île doit être contournée pour entrer dans une baie évasée. La pointe n’est pas franche, il y a de nombreux rochers qui s’avancent vers le large. Vous prendrez donc garde aux fonds.

En passant par ce point et en visant directement depuis ce point la partie Sud de la baie nous n’avons pas eu de problème. Par contre, ceux qui contournent largement la pointe et qui vise le centre de la baie trouvent des fonds de 2 mètres et moins par endroits. Ce sont des remontées brutales de roches. Elles sont très difficiles à repérer, l’eau est trouble et en général on arrive le soir avec le soleil dans le nez. Il n’y a aucun balisage et les cartes ne les recensent pas. Nous avons percuté l’un des écueils à 500 mètres du rivage en partant du centre de la baie vers l’Est. La dérive était basse, notre tirant d'eau est alors de 2,6 mètres. Seule la dérive a touché se rétractant un peu...

La plus grande prudence s’impose donc autour de l’île.

Mouillage

Bonne tenue, mais houleux (roulis, tangage au programme)
Surveillez la météo avant de planifier un séjour à Fuerte.

La baie est mal protégée quelque soit le vent. Le mouillage est rouleur même par temps calme car l’île est ronde et l’ancrage est évasé vers le large. Par vent d’est pur ou à tendance nord ou sud le mouillage n’est absolument pas protégé.

Climat

Les vents, à tendance Est, soufflent en général pendant la saison sèche : de novembre à avril. Pendant ces périodes venteuses le mouillage est intenable, voire dangereux. Néanmoins nous avons pu remarquer que les vents forts venant de NE soufflent tout le long de la côte Nord de la Colombie, jusqu’à Carthagène et même jusqu’à l’archipel de Rosario, par contre, dès San Bernardo le temps change et les alizés sont déformés par la situation de fond de golfe et par les cordillères qui sont à l’Est. Le plus souvent ce sont des brises thermiques qui sévissent dans les parages. Il est donc possible de trouver pendant la saison sèche un moment où il est agréable de séjourner à Isla Fuerte.

De jour vous aurez droit à du vent de Sud, Sud Ouest. La nuit vous vous orienterez vers le Nord Est. De jour donc, le bateau sera mieux protégé que la nuit, ce qui donne les nuits mouvementées de Fuerte. En règle général ce seront quand même des vents d'ouest à tendance nord ou sud.

Progressivement la pluie démarre en mai. Dès juin, il pleut tous les jours (du moins toutes les nuits) jusqu’en novembre. En été les habitants redoutent les « tourmentas » et les « mar de leva ». Les orages lèvent des vents de Sud-ouest, la mer se cabre et déferle. Les Fuertiens redoutent ces périodes erratiques. Les vagues sont si fortes que les habitants les entendent jusqu’au milieu de l’île.

Pour se rendre sur le continent

Les habitants qui possèdent une lancha vous proposeront de vous emmener sur le continent. Les prix varient entre 80 000 et 120 000 pesos selon la rapidité de la lancha. Cela dit, 80 000 pesos est bien payé. Un ami a fait le trajet, départ du bateau à 7 H 30 le matin pour se rendre à Carthagène, voici ce qu’il nous a écrit à l’arrivée. « Après 20 minutes de lancha rapide , 1 heure de 4x4 ( land rover ) en très mauvais état , 4 heures de bus, 15 minutes de taxi et surtout une fouille au corps ( sans toucher rectal ) je suis enfin arrivé à 13 H à Cartagena »

Niveau de sécurité

La guardia costa opère des tours de ronde réguliers depuis Tolu. Il n’y a eu aucun problème recensé sur l’île par les plaisanciers aucun vol, aucune agression sur les bateaux ni à terre.

Je dois cependant mentionner un événement qui s’est produit en 2000. Un habitant menait un trafic illicite de cocaïne. Les paramilitaires, qui n’ont rien à voir avec les forces de l’ordre régulière, plutôt considérés comme une milice payée par les riches propriétaires terriens, ont semé la panique sur l’île en débarquant 40 gros bras, armés jusqu’aux dents, pour régler leurs comptes avec le trafiquant. Certains habitants mettent donc la sécurité de l’île en péril au travers d’activités peu recommandables...

Depuis quelques années la guardia se fait plus présente décourageant un peu les trafiquants et rassurant la population.

Approvisionnement

Partout dans l’île vous trouverez des habitants prêts à vous vendre des fruits (coco, bananes, pamplemousses, oranges...) et légumes (ignames, bananes plantains). Vous trouverez aussi de délicieux « mameï », gros fruits ronds, dont la chaire orange tient à la fois du melon et de la mangue.

Les pêcheurs vous proposeront poissons, calamars et crevettes. Attention, ils poussent souvent les prix à la hausse. Le calamar et les crevettes valent 10 000 pesos la livre. Souvent le poisson est échangé contre des produits dont ils ont besoin. Au moment de notre passage, ils cherchaient des rapalas verts et rouges.

Dans le village des « tiendas » vendent les produits de première nécessité. Mais également ce sont des débits de boisson.

Attention, le samedi et le dimanche, les hommes ont tendance à boire du rhum. Nous n’avons pas rencontré d’agressivité parmi eux, mais l’alcool et la chaleur aidant, il peut se produire des rixes (sans grande conséquence) entre villageois le week-end.

Restauration

Sur la plage Dona Teressa préparera à la bonne franquette du poisson grillé. L’accueil est spécial surtout lorsque les gros bras ont décidé de ne pas trop bouger. Mais lorsque la maîtresse des lieux est là tout rentre dans l'ordre. Antonio, gardien d'une maison de vacances dans la baie du mouillage vous proposera de vous guider pour une promenade à terre qui se finit chez lui en déjeuner de poisson ou de poulet cuisinés par sa femme. Le repas vaut 24 000 pesos pour deux.

Antonio a tendance à protéger son petit commerce en disant qu'il faut impérativement se balader avec lui, sinon, les touristes se font détrousser au détour des chemins. C'est ridicule cette manière de faire. On le lui a fait remarquer, s'il dit ça c'est dans l'espoir de se faire quelques sous en promenant le touriste. Mais en même temps il contribue à donner mauvaise réputation à cette île.

Tour de l’île

Dans la baie, Antonio ou Roberto viendront vous voir dès que vous serez ancrés, ils vous proposent un tour de l’île. Une promenade. C’est leur manière de faire un peu de commerce. Ils ne sont pas malheureux ils sont employés comme gardiens dans l’une des maisons de vacances des Colombiens. Sincèrement, il n’est pas nécessaire d’accepter le tour de l’île. Vous pouvez le faire par vous-même en vous rendant en annexe au village. C’est à vous de voir, si vous avez envie d’être pris par la main.

Annexe au ponton
Antonio, qui viendra certainement vous voir vous proposera de laisser votre annexe au ponton de la maison qu'il garde. Ne le faites pas, les pontons de la baie du mouillage sont en mauvais état. Vérifiez avant de laisser votre annexe qu'il n'y ait aucun clou, aucune barre de fer qui pourrait endommager votre annexe. Nous avons laissé la nôtre ainsi que celle de notre ami Patrick. Résultat deux rustines par annexe pour un beau trou qui s'est façonné pendant que nonchalamment nous nous baladions dans l'île.

Annexe au village

Si vous vous rendez au village. Vous déposerez votre annexe sur la plage de Limon, les pêcheurs vous y aideront. Ils vous demanderont la propina (pourboire) pour garder votre annexe. Là aussi, ça fait partie du jeu, car je ne pense pas qu’on vous volerait l’annexe ici. Demandez de voir Sylvie la Française. Les enfants du village vous y mèneront. Sylvie, est arrivée en 1995 sur l’île. Ses enfants ou elle-même se feront une joie de vous faire découvrir l’île. Sylvie tente une reconversion, dans cette île où il est bien difficile de trouver un petit métier. Elle propose aussi le gîte et avec le temps le couvert viendra peut-être aussi. Elle fait des petits bijoux artisanaux.

Comportement avec les enfants

Les enfants vous accueilleront toujours avec spontanéité et gentillesse. Ils sont au courant de tout ce qui se passe dans le monde, ils sont intelligents, mais prenez garde à ne pas les « pourrir ». Cette île est encore préservée du grand tourisme, elle n’est pas encore très fréquentée par les plaisanciers. Prenez garde à ne pas leur proposer de l’argent par exemple, c’est une attitude déplorable qui les inciterait à ne plus aller à l’école. Cela bouscule leurs valeurs. Une famille vit avec 150 dollars par mois. Si vous proposez d’un coup 10 ou 20 dollars à un gamin cela représente un dixième du budget familial. Vous aurez la sensation de les avoir aidé, mais vous n’êtes que de passage. Que feront-ils après ?

Si vous voulez leur laisser quelque chose, faites-le en fin de séjour en laissant des fournitures d’école et des vêtements.

Si vous faites des photos, les enfants seront friands de poser devant votre objectif. Pensez à ramener des versions papier de vos clichés.

Sources et bibliographie : aucune il n'existe pas de guide concernant la région

Toutes les informations ont été mises à jour en Mars 2008
Texte : Nathalie Cathala - Photos : Dominique et Nathalie Cathala. Tous droits réservés.
www.etoiledelune.net