Tranquillité assurée à condition de ne pas se tromper à l'entrée...

Petit aparté carthaginois
Navigation de Carthagène à Baru
Entrée délicate de Baru
Le mouillage
Approche
Position du mouillage

Petit aparté carthaginois
Lorsqu'un bateau sort d'un long séjour passé dans les eaux de Carthagène, il est complètement recouvert de bernacles. Les marins pourront être surpris de voir leur bateau ne plus avancer après avoir relevé une ancre crasseuse. Qu'ils ne se posent pas trop de questions, l'hélice en général est entravée par les coquillages. Une solution, faire appel aux équipes de plongeurs du club nautique de Carthagène avant le départ. Ils vous nettoieront tout cela. Autre solution, plonger soi-même mais cela demande un esprit d'abnégation face à ce dans quoi il faut plonger. Dernière solution, se traîner jusqu'à la presqu'île de Baru ou jusqu'à l'archipel de Rosario où les eaux sont suffisamment claires pour opérer une cure d'embellissement de la coque.

Navigation de Carthagène à Baru
A la sortie de Carthagène, nous ne retrouvons l'eau claire qu'à 5 milles au large. Nous nous traînons à 5 noeuds malgré les 25 à 30 noeuds de vent. La mer est correcte, même si elle a favorisé les tendances suicidaires de deux bouteilles d'eau qui se sont précipitées du haut de la cuisinière vers le fond du carré ! Décidément l'équipage est un peu rouillé et a perdu ses bonnes habitudes de rangement d'avant navigation !

En route nous croisons des pêcheurs inoffensifs, et nous naviguons sous bonne escorte! Le bâtiment 153 de l'armée navale de la Colombie, vient nous faire les honneurs dus à une Etoile (nous a-t-il reconnus ???) Il nous tourne autour. Il doit certainement nous appeler à la VHF, mais je ne comprends absolument rien au charabia qu'ils crachouillent sur le canal 16... Nous sortons sur les passavants et faisons de grands signes amicaux. Le bâtiment poursuit son escorte, je me résous à le prendre en photo, complétant du même coup ma collection de photos de bâtiments de guerre. C'est en Colombie qu'on en aura vu le plus depuis notre départ en 2004...

Entrée délicate de Baru
Après 15 petits milles de navigation, nous voici à l'aplomb de l'île de Periquito. Jean, un copain nous avait dessiné le plan d'entrée vers Cholon, sur une serviette de table juste avant notre départ. Nous avions également la carte nautique éditée par le club nautique de Carthagène, mais les bouées ne sont pas indiquées comme elles le sont en réalité. Nous devons nous conformer aux indications de Jean. Il faut contourner la bouée verte, puis la bouée rouge, puis la verte, puis il faut se faufiler au creux d'une mangrove, la passe n'est franchement pas large, une vingtaine de mètres. On nous avait dit de viser la deuxième moitié gauche de la passe, puis tout de suite après ce passage, il fallait effectuer une courbe en forme de "S".

Nous nous présentons à la bonne heure, le soleil est haut et malgré tout on a l'impression qu'il n'y a que du sable. Traverser une barrière de sable... Au milieu de la passe, on voit un piquet ! Quand faut-il faire le "S"??? Dom pense passer à gauche du piquet, et moi je ne sais plus. À cause du "S" décrit par Jean. Dom écoute sa Pitaine...

Et... Mauvaise pioche!
Nous voici ensablés ! Les gars de la plage viennent tout de suite à nous. Ils nous disent ne pas être des "banditos", et nous demandent de monter à bord, les autres se jettent à l'eau, ils en ont jusqu'à la taille... On est bien ensablés ! Ceux qui sont à l'eau poussent tandis que Dom fait une marche arrière musclée. Évidemment, notre étoile dérive relevée a tendance à se mettre en travers du vent... Ce n’est vraiment pas le moment !!! Le vent nous pousse davantage sur le sable, il y a entre 25 et 32 noeuds de vent... On désespère, on se dit que le vent va finir "MON erreur"... Mais les pêcheurs sont déterminés, ils nous sortent de là. Ils sautent sur le pont, hèlent les gars de la plage. J'entends "Modesto", c'est le nom du chef de bande, dire à ses comparses:
"Yo soy capitan de un velero".
Il prend la barre au capitaine. Je lui tape le bras et je luis dis : "El capitan es aqui!" en désignant MON Capitaine!
Il rend la barre à mon capitaine qui ne l'avait pas lâchée...

Je dois dire que dès leur arrivée par réflexe j'avais rangé appareils photo et GPS portable et fermé aussi l'accès intérieur au bateau. Les deux gars montés à bord, restent jusqu'à ce que nous ayons mouillé l'ancre.
Une fois arrivés et mouillés, aux deux qui sont à bord, et qui manifestement ne descendront pas comme ça de l'Etoile, nous demandons :
"que necissita por ayudar?"
Ils disent, "somos 7, 100 dollares!".
Je leur dis: "no tengo dollares, no necessita otros?"...
Il se ravise et dit: "120 000 pesos" (60 dollars) .
Il nous reste 140 000 pesos en tout. Nous leur en donnons donc 120 000. Il nous dit que demain, il nous apporte 2 langoustes, contre 50 000 pesos, et là je lui dis qu'à bord j'ai encore à manger et à boire, mais je n'ai plus assez d'argent pour me payer une langouste, ce qui est vrai...

Ce n'est pas que nous ne voulions pas les récompenser de nous avoir aidés. Mais ils nous ont aidés, ils ont été payés pour dix minutes d'efforts, c'est normal, mais il faut qu'ils comprennent que les bateaux qui viennent ne sont pas des coffres-forts ambulants ! Nous sommes au même titre qu'eux des humains qui veulent être respectés. Ils sont autochtones, ils connaissaient la passe. Pas un n'a signalé notre erreur par des signes alors qu'ils étaient à quelques mètres de nous. Il leur aurait été facile de nous faire des appels et de nous signaler notre erreur. Ils ont préféré nous laisser nous ensabler et par la suite, faire leur cinéma. Ce n'est pas humain tout simplement. Mais je ne referai pas le monde. C'est ainsi !

Au mouillage

Avec cette expérience et le manque de vélocité de notre Etoile, nous réalisons à quel point, il est urgent de nous occuper d'elle. Trente-trois jours à Carthagène, et notre étoile ne se ressemble plus. Du bout de la dérive, en passant par l'hélice, les bernacles ont pris possession de notre coque et du même coup de notre vélocité. Au niveau de la flottaison, un immonde dépôt noir macule notre jaune. Sur le pont, du haut du mât jusqu'aux cadènes une poussière gluante gaine les bouts, la bôme, les chandeliers, le filet, les voiles... Notre Etoile ne brille plus, elle n'est plus que l'ombre d'une souillon mal embouchée.

A bord, le partage des tâches s'organise. Le Capitaine magnanime s'attribue les tâches sous la ligne de flottaison (ouf!). Il me reste le pont, à hauteur d'homme, ou de toute petite femme que je suis. Le reste attendra une bonne pluie! C'est toujours comme ça, il souffle à bord comme un air de favoritisme pour les moussaillons...

Le capitaine frotte et bichonne notre Etoile pendant 4 bons jours.

Le mouillage de Baru est vaste. La passe minuscule ne laisse pas entrer la mer. Le vent peut souffler fort le clapot se lève derrière la mangrove mais le bateau reste à plat. Mouillage confortable donc. On peut mouiller partout sous le vent de la playita. Le plan d'eau est interrompu par de petits îlots sur lesquels des maisons de type traditionnel sont bâties. Ce sont des maisons sur pilotis qui n'utilisent que des matériaux naturels. Maisons de bois aux toits de palmes tressées. Elles sont parmi les plus belles que nous ayons vues. Un charme bucolique, une conception intelligente, une climatisation naturelle, car les toits s'ouvrent aux quatre vents. Leur autonomie doit être totale, ils fabriquent leur eau et leur énergie pour un confort maximum à l'abri des regards sur un îlot particulier. Les plus belles maisons de la presqu'île de Baru appartiennent aux milliardaires colombiens. L'un d'entre eux possède des galeries d'art à Bogota.

Sur la playita 7 familles se partagent un bout de sable sur lequel elles ont aménagé des aires de pique-nique et des parasols aquatiques. Les Carthaginois viennent ici le week-end pour patauger jusqu'à la taille dans une eau claire tout en sirotant un "gaseosa" (une limonade). Le week-end, il y a de l'animation et de la musique. Par contre, en semaine, nous nous sommes retrouvés complètement seuls dans ce vaste mouillage.

Nous n'avons pas ressenti d'insécurité. La guarda costa opère des rondes depuis Rosario. Les gardes-côtes viennent quasiment tous les deux jours. Ils sont adorables, ils ne demandent jamais de monter à bord, ils prennent le nom du bateau, le nom du capitaine. Ils sont là pour notre sécurité et ils ont un comportement très agréable. C'est la première fois qu'on voit tant de militaires, mais ils font ça avec beaucoup de tact... et vraiment avec de bonnes intentions.

Lorsque nous partons pour Rosario. Notre Etoile a compris la leçon et en sortant de Baru, elle passe du bon côté du bout de bois qui indique le milieu de la passe. Elle s'ébroue et repart fièrement à l'assaut d'un léger clapot. Nos coeurs chantent de la voir si alerte!

Approche

Comme dit précédemment, la carte nautique affichée au Club Nautique de Carthagène signale un chenal de 10 bouées. Cinq rouges, cinq vertes pour rentrer dans Cholon-Baru. En réalité, il ne reste que 3 bouées (en 2008). Je vous donne ici, les points GPS des bouées restantes et donc les points par lesquels nous sommes passés.

En venant de Carthagène visez un point sous la petite île de Periquito : 10°14N - 75°40W

10°10.556N -75°40.407W
Première bouée verte
Bouée à laisser sur le bâbord du bateau en entrant vers la baie.
Passer près de la bouée, il y a là 5,3 mètres d'eau

10°10.530N - 75°40.403W
Bouée rouge à laisser sur bâbord
Proche de la bouée, il y a 3,2 mètres d'eau

10°10.316N - 75°40.318W
Bouée verte à laisser sur bâbord
8,2 mètres d'eau à la bouée

A ce dernier point vous êtes face à l'îlot de droite de la passe. Il faut viser la maison aux trois toits rouges. Lorsque vous êtes à hauteur de la moitié gauche de la passe, vous pouvez bifurquer vers la passe. Vous viserez une grande maison blanche bâtie sur la colline d'en face. C'est une maison défraîchie faite comme deux rectangles blancs. Dans la passe restez dans 5 mètres d'eau au moins.
Point GPS du côté gauche de la passe :
10°09.853N - 75°40.185W

Donc dans la passe, si vous voyez un bâton au milieu, il faut passer à gauche du boout de bois affleurant. Si le bâton a disparu de toute manière mieux vaut passer pas loin de la playita où vous verrez des tentes dans l'eau. Le banc de sable de l'îlot de droite de la passe déborde largement vers l'intérieur de la passe. Une fois à l'intérieur de la mangrove, donnez un large tour à la playita et mouillez sous le vent de celle-ci ou à sa droite.

Position du mouillage
Latitude: 10°09.734N
Longitude: 075°40.024W

Sources et bibliographie : aucune, il n'existe pas de guide nautique concernant la région.

Toutes les informations ont été mises à jour en Mars 2008
Texte : Nathalie Cathala - Photos : Dominique et Nathalie Cathala. Tous droits réservés.
www.etoiledelune.net